Pères au foyer : témoignages
Par Grandir Autrement, mardi 18 mars 2008 à 23:55 :: Témoignages :: #161 :: rss
« J'ai pris un congé parental pendant 6 mois. Ma fille avait 4 mois lorsque cela a commencé et 10 quand s’est fini mon congé. Elle en a 15 actuellement. Moi, j'avais 31 ans lors de mon congé. La décision de prendre ce congé s'est faite tout naturellement. Nous venions de déménager, donc nous n’avons pas trouvé de nounou de disponible. J'avais une situation professionnelle moins intéressante que ma compagne : travail en 3x8 et un plus faible salaire.
Être père au foyer pendant 6 mois m'a apporté beaucoup de satisfaction. J'ai pu profiter de ma fille, la voir grandir... Je pense que ma fille a apprécié ce congé, car elle a eu le temps de prendre confiance en elle avant d'aller chez la nounou.
Cependant, ce mode de vie ne me conviendrait pas à long terme, car on a tendance à perdre contact avec ses collègues. De plus, je craignais que rester sans camarade à la maison limite un peu le développement de ma fille. Depuis qu'elle va chez la nounou, elle a des camarades, donc plus de contacts avec le monde extérieur. Je pense néanmoins qu'une période de 6 mois est idéale.
Dans l'ensemble, tout le monde a trouvé ça bien que le père s'investisse dans la relation avec l'enfant. On m'a souvent dit que j'ai bien fait de prendre ce congé. Mais, au niveau de l'employeur, ça passe moins bien. J'ai subi les mêmes discriminations qu'une femme en congé maternité : par exemple, pas d'augmentation car j’ai été absent pendant 6 mois. Les mentalités n'évoluent pas vite pour les femmes, mais je pense que, pour les hommes, ce n'est pas près d’évoluer. Depuis, j'ai démissionné pour trouver un boulot avec des horaires plus en adéquation avec ma fille. »
Yannick B., 1 enfant
« Notre fille Lila est née en août 2006. À la fin du congé maternité de ma compagne, nous trouvions que passer en garde 40h par semaine était trop brutal. Nous avons décidé, en famille, pour des raisons professionnelles et personnelles, que je bénéficierais du congé parental, pour lequel la CAF verse une aide financière pendant 6 mois pour un premier enfant. J'ai donc attaqué mon congé parental et ma vie de père au foyer fin décembre 2006.
Plusieurs choses m'ont marqué et j'en parlerai donc avec le petit recul que j'ai, ayant repris le travail depuis le 1er juillet de cette année. En premier lieu, je dirai que c'est très agréable de disposer de beaucoup de temps avec son enfant, de le voir pousser, de voir ses avancées... être avec son enfant c'est pouvoir voir les choses du quotidien, c'est pouvoir voir ses progrès, pas uniquement les passages de cap comme le début du quatre-pattes. Mais c'est voir au jour le jour, à tous les instants, ce qui change et évolue. Le quotidien, c'est aussi changer les couches, laver son enfant, le soigner, l'amener chez le docteur, aller se balader, découvrir les choses, découvrir le supermarché, etc. et c'est à mon avis à travers toutes ces choses que passe l'éducation. Je me rappelle répéter souvent à ma fille, lorsque nous nous baladions, "Regarde bien tout, observe bien tout" et aujourd'hui, beaucoup de gens nous disent qu'elle est observatrice et curieuse, intéressée... Pour moi, amoureux du quotidien, cette relation du "tous les jours" est vraiment extraordinaire.
Ensuite, nous avions fait le choix de continuer à allaiter notre fille. Au niveau rythme de vie, ma compagne travaille selon des horaires de bureau classiques. Elle rentrait le midi manger avec nous. Nous avions donc mis en place un système mixte d'allaitement traditionnel au sein lorsque ma compagne était présente et du lait maternel en biberon lorsque c'est moi qui la nourrissait. Ça relève de ma manière d'être père au foyer car, en un sens, l'allaitement est une relation exclusive que, malheureusement, les pères ne pourront jamais pratiquer. Ça débouche de fait sur une relation privilégiée dans les premiers mois (et tant que l'allaitement dure) entre la mère et l'enfant. Le temps que j'ai passé avec ma fille, le fait de trouver des manières de lui donner le biberon pour qu'elle l'accepte autant que le sein m'ont paru un ré-équilibrage dans la relation familiale à 3. J'ai souvent parlé de nutrition-affective à ce titre, en donnant du lait maternel à ma fille. Dans cette proximité du quotidien également, j'ai pris l'habitude au fil des jours de prendre le bain avec ma fille, et finalement ça continue depuis que j'ai repris le travail. Donc c'est une complicité sympathique que nous nous sommes trouvée. Du point de vue de la famille, donc, être père au foyer, je trouve que c'est vraiment l'occasion de créer une relation à 3 équilibrée où chacun trouve sa place sans avoir une relation mère-enfant très forte, laissant parfois le père un peu à l'écart.
Nous avions, avant l'arrivée de notre fille une organisation du ménage plutôt paritaire, sans être des ayatollah de la chose. Grosso modo, chacun son linge sans être strict et exclusif et nous avions une femme de ménage qui passait 2 heures tous les 15 jours ; la cuisine et la vaisselle étaient faites ensemble. Ensuite, la conscience travaille sévèrement celui qui reste au foyer par rapport à celui qui travaille. J'ai donc passé les premiers mois à m'appliquer à m'occuper du linge, à préparer les repas, etc. Et au bout d'un moment, je me suis dit "après tout, avant on partageait les tâches ménagères, il n’y a pas de raison que maintenant nous ne partagions plus !" Donc, à partir de ce moment-là, j'en ai fait forcément un peu plus que ma compagne, mais on a quand même ré-équilibré et continué à faire venir la femme de ménage que nous employions. Au départ, c'est un peu difficile de se dire qu'on fait venir une femme de ménage, par exemple, alors qu'on est toute la semaine à la maison. Mais on s'y fait et c'est au final très agréable de rentrer de balade avec la maison propre (même si j'ai quand même appris à passer l'aspirateur avec ma fille dans l'écharpe sur le dos !)
Autre problématique de "parent au foyer" : la reconnaissance. Au niveau professionnel et sans rentrer dans les détails, on a toujours un retour par rapport à ce qu'on fait. En étant "au foyer", le conjoint qui travaille pense rarement à dire "Ouah, mon/ma chéri(e), super tu t'es occupé(e) du linge, de la vaisselle et tu m'as préparé à manger". Tout ça passe dans un quotidien souvent exempt de signes de reconnaissance, ou une reconnaissance tacite. Ça m'a en tout cas posé souci à un moment donné et j'ai demandé à ma compagne d'exprimer, de verbaliser la sensation agréable qu'elle éprouvait à ne pas gérer tout ça.
Enfin, nous avions à cœur de ne pas stopper les activités extra-professionnelles que nous avions. J'avais donc une série d'activités : engagement associatif, pratique de la musique, j'avais repris des études l'année d'avant la naissance (licence à distance sur 2 ans) et nous avons tout fait pour que je puisse les continuer. Ces activités sont des grandes bouffées d'air. Le fait d'être tout le temps avec son "chez-soi' comme référent est étouffant au bout d'un moment. C'est donc avec plaisir que je retrouvais mes répétitions musicales bi-hebdomadaires, que j'allais faire du vélo avec un ami ou que je prenais du temps pour travailler mes cours soit pendant les siestes, soit le soir.
Toujours dans ce ménagement du temps personnel, nous avions pris la décision de commencer à faire garder notre enfant en garde collective (crèche itinérante), ce qui n'était possible que 2 demi-journées par semaine (mais c'était la bonne fréquence). Sur une période progressive : 1/2 heure au début, 4 heures à la fin, j'avais donc ce temps pour moi. J'ai acheté un ordinateur portable à cette occasion, ce qui me permettait de travailler en étant à côté de la crèche (à 15 km de chez nous, milieu rural oblige).
Bref, au final, je suis très content d'avoir pris ce temps avec ma fille. La reprise du travail a été un peu dure psychologiquement, mais bon... Difficile aussi pour le coup de laisser ma fille à quelqu'un d'autre. J'ai dû me raisonner pour que la relation avec l'assistante maternelle puisse se créer. Et du coup aussi, après cette expérience, j’ai entamé une réflexion de fond sur la logique "travailler/faire garder" que la vie professionnelle nous impose. Actuellement, ma compagne et moi sommes chacun à 80 %, ce qui me permet de prolonger cette expérience de 100 % "homme au foyer" que je recommencerais sans hésiter.
Il est parfois difficile d'expliquer quand même, surtout quand on entend des réflexions sdu genre : "T'es père au foyer, ben qu'est-ce que tu fais de tes journées ?" Ça laisse pantois ! Militant, non, mais défenseur d'une place laissée au père, oui ! Pas mal de choses entraînent une relation privilégiée mère-enfant. La place du père est à conquérir à chaque instant (c’est une idée que je partage avec d'autres pères présents au quotidien). Mais surtout, il faut que la mère laisse au père la possibilité de prendre une place à proximité de l'enfant pour créer un équilibre à 3 (ça se traduit par le quotidien énormément : endormissement, faire manger, changer la couche, plus tard faire les devoirs...). Donc, si je suis militant, c'est plus de ce côté : discuter pour les pères aient l'espace nécessaire pour tisser la relation qui les unit avec leurs enfants. Et dans la réalité de tous les jours, je constate, à mon grand regret, que dans beaucoup de familles, la mère ne laisse pas cette place ou alors que le père ne va pas la chercher.
Je me souviens des fois où nous allions chez le docteur à 3, je connaissais les symptômes de notre fille mieux que ma compagne, quand elle avait des soucis (de fait, puisque j'étais toute la journée avec elle), mais le docteur s'adressait sans cesse à ma compagne pour lui demander la température, si ça allait mieux dehors, si elle toussait beaucoup... Ma compagne se retournait à chaque fois vers moi pour m'engager à répondre au docteur ! »
Nicolas P., 1 fille
« Je suis devenu père au foyer par un concours de circonstances : nous avons quitté Lyon en février 2007 parce que mon épouse avait décroché un travail intéressant pour elle à Angers. J’ai démissionné pour suivi de conjoint et me suis retrouvé à la maison après avoir travaillé pendant 6 ans (durant un moment de cette période, je ne travaillais pas certains lundis et je m’occupais de mon fils alors âgé de quelques mois). Donc, quand je suis devenu père au foyer, l’aîné avait 3 ans et demi et la seconde 1 an. C’est une situation qui dure depuis février. Mon épouse a d’abord été mère au foyer pendant 2 ans, et cette opportunité s’est présenté pour elle. Cela coïncidait aussi pour moi avec un ras le bol du travail à Lyon, dû à dès incompatibilité d’humeur avec mon patron.
L’important pour les enfants, c’est d’avoir quelqu’un à la maison, de ne pas prolonger trop les journées, avec des période de garde alors qu’ils sont déjà fatigués à la sortie de l’école. Pendant 4 mois, ma femme et moi avons travaillé tous les deux en même temps pour la première fois. Cela correspondait avec la première rentrée à l’école de notre fils. Il allait à l’école toute la journée, puis était gardé par une nourrice. On a bien vu que les journées lui paraissaient longues et fatigantes. C’est important de retrouver sa maison après l’école, d’avoir des repères quotidiens.
Au niveau de mon aîné, être au foyer me permet de m’impliquer à l’école, d’aller le chercher (midi et soir), de pouvoir faire les sorties de classe et, surtout, de l’emmener au parc ou de jouer avec lui à la maison. Pour la seconde, je la vois grandir et évoluer plus que quand je travaillais ou je ne la voyais qu’une ou deux heures par jour. Il m’arrivait de partir au travail alors que tous le monde dormait encore dans la maison et de rentrer juste à temps pour leur souhaiter une bonne nuit : c’était frustrant !
Je suis donc satisfait de cette situation, dans la mesure où je leur permets d’avoir le rythme de journée qu’ils veulent. Le mercredi par exemple, la priorité est au repos. Je fais passer les siestes et les jeux avant les éventuelle sorties (pour les courses par exemple). Au delà du rapport avec les enfants, cette situation me permet d’avoir du temps pour m’investir au niveau associatif ; j’ai repris des responsabilités au sein des « Scouts et guides de France ». Et je suis devenu animateur de la branche « Maine et Loire » de l’Arbre à Bébés. Au travers de ma formation (BTS communication et infographiste), je mets mes compétences au service de l’association, notamment pour la réalisation d’affiches, de tracts et de panneaux pour des forums où l’association est présente (comme la Grande Tétée, par exemple). Je participe, je co-anime et j’accueille également des réunions « portage » ou « discussions ».
Ça fait maintenant 8 mois que je suis au foyer et, pour l’instant, j’en suis satisfait. Mais l’activité professionnelle me manque, de même que le rythme d’une journée de travail. Au début, les gens trouvaient ça bien mais, après quelques mois, les questions du type « Ça va durer encore longtemps ? » ont fait leur apparition. Cela durera peut-être longtemps, pourquoi pas. L’avenir nous le dira.
Pierre L., 2 enfants

Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire
(nécessite l'activation de Javascript)