Le Blog

samedi 12 octobre 2013

Revue de presse : Die Zeit cite Grandir autrement dans un article sur le maternage en France

FRANKREICH Liebe auf Distanz
Traduction d'un article de presse paru dans Die Zeit

Préambule

Ce reportage à été motivé par la volonté d'apporter un éclairage supplémentaire au débat actuel concernant la reprise du travail des mères de jeunes enfants, en Allemagne.
Ici, certains politiciens et médias nous présentent de manière idyllique le modèle français : un modèle qui libérerait la femme tout en résolvant notre cuisant problème démographique.
Si les médias allemands parlent beaucoup des mères françaises en général et du système de garderie, on n’entend pas les mères françaises raconter leur quotidien ou évoquer les conséquences concrètes, y compris émotionnelles, de ce système.
C’est pourquoi, en tant que journaliste, j‘ai souhaité donner la parole à celles et ceux qui sont les plus à même de nous expliquer leur quotidien.

L'espace relativement limité offert par ce reportage ne suffit malheureusement pas à laisser s'exprimer tous ceux que j'ai entendu lors de mes recherches. Mon enquête m'a permis de recueillir de nombreux témoignages de mères (aussi de quelques pères), psychologues, pédiatres, médecins, éducatrices et, last but not least, d‘enfants qui peignent un tableau différent de celui habituellement présenté par les médias allemands.
Cet article est donc un condensé représentatif du vécu de beaucoup de Français.

Enfin, il est important de souligner les tabous qui entourent la question. Certaines femmes n‘étaient ainsi prêtes à me parler que sous couvert d'anonymat. La plupart m'ont également affirmé qu'elles ne s'exprimeraient pas de la même façon face à une journaliste française, de peur de se trouver au centre d’une polémique et d’être taxées de "rétrogrades" par leur entourage ou de "tire au flanc" par le monde professionnel.
Cet article est paru dans l'hebdomadaire DIE ZEIT. Ce journal est largement apprécié, notamment par un public universitaire, pour son traitement qualitatif de sujets controversés qui ne cède pas à la facilité du discours dominant.

La publication a obtenu une résonance inespérée, suscitant en Allemagne un afflux massif de commentaires de lecteurs. Ces réactions sont en majorité positives et nombreux sont les expatriés français qui confirment que les expériences de vie décrites sont loin d'être uniques.
Dans le même temps, des voix critiques et parfois agressives se font également entendre. Ces critiques semblent le plus souvent liées à l‘amalgame fait entre les idées exprimées dans l'article et d‘autres positions franchement réactionnaires qui ne sont clairement pas les miennes.
Ce raccourci un peu trop hâtif peut s’apparenter à une tentative de récupération, totalement infondée, j’en veux pour preuve le caractère explicite du dernier paragraphe de l'article qui réaffirme que toutes les femmes interviewées refusent le rôle exclusif de mère au foyer mais souhaitent au contraire se réaliser pleinement, dans la famille comme dans la vie professionelle.
Enfin, le texte semble avoir déjà circulé en France et éveillé, là aussi, un débat animé. Selon des rumeurs persistantes, un ou des articles "en réponse" seraient en préparation. "Viel Feind, viel Ehr'" (beaucoup d’ennemis, beaucoup d’honneur) comme on dit en Allemagne.
Cette agitation confirme, s’il en est besoin, que ce sujet est actuellement très sensible.
L'objectif de contribution au débat et de lutte contre le "mainstream" semble donc atteint.
En complément, une question fondamentale évoquée en filigrane dans l’article mériterait d‘être creusée : celle de la place des hommes dans la vie de famille.

Margarete Moulin

L'amour à distance

Le système public de garde des enfants "dès le plus jeune âge" en France a un prix. Les femmes se sentent de plus en plus éloignées de leurs enfants. Par Margarete Moulin, 13 Septembre 2013.

Quatre heures du matin. La petite Judith (5 mois) appelle depuis son lit de bébé. Sa mère, Marie C., se lève rapidement pour éviter que Thomas - 2 ans - ne se réveille. Elle soulève le bébé et le met au sein. Elle est totalement à plat mais heureuse de ce petit moment silencieux partagé à deux. Le seul qu'elle passera aujourd'hui avec son bébé.
Jusqu’à 6 h 30, elle somnole. À partir de là, chaque instant est minuté. "Vite, mange ta tartine! Viens, bois ton thé !" lance-t-elle, pressante, à son fils. Au moment de s'habiller, il aimerait bien choisir ses vêtements. Mais pas de temps pour cela, Marie choisit elle-même rapidement la tenue du jour. Elle dépose ensuite Judith qui pleuniche dans la poussette, en sortant elle attrape les deux sacs à dos des enfants, son ordinateur portable et le sac qui contient le tire-lait. 8 h 20, premier arrêt : la garderie. Elle a à peine cinq minutes. Thomas veut lui montrer son dernier dessin : "Ce soir !" promet-elle. L'éducatrice lui court après pour lui dire qu'ils cherchent des bénévoles pour accompagner les enfants lors d'une sortie. Marie C. accepte à contre-cœur, elle sait qu'elle devra sacrifier une journée entière de congés pour cela. Elle file ensuite à la crèche, à laquelle elle emmène Judith depuis qu'elle a 10 semaines. En fait, la jeune femme serait bien restée un peu à la maison, un an peut être. Mais alors, elle aurait perdu sa place en crèche pour la petite. En France aussi, on manque cruellement de places de garde, le gouvernement de François Hollande veut en créer pratiquement 300 000 dans les quatre prochaines années. Mais avant tout, il y a le regard des autres, le sévère regard des autres. C'est une des raisons pour lesquelles la graphiste originaire de Lyon a depuis la naissance de son fils continué à travailler, parfois à temps partiel, parfois à temps plein. Elle correspond ainsi à l'image de la femme française moderne, émancipée, que l'on admire souvent en Allemagne. En France, toutefois, on commence à percevoir le début d'un revirement. De plus en plus de femmes s'insurgent contre ce consensus social qui valorise une femme quand elle reprend son activité professionelle rapidement après la naissance de son enfant et qui, au contraire, considère de manière critique celle qui décide de rester à la maison avec son enfant - ne serait-ce qu'un ou deux ans. Beaucoup de femmes qui travaillent revendiquent désormais plus de temps pour construire une relation de proximité avec leur enfant.

Pendant la pause déjeuner, Marie C. ne va pas manger avec ses collègues. Devant l'ordinateur, elle sort un sandwich. Puis elle s'isole avec son tire-lait. Le droit français lui réserve une heure par jour sur son lieu de travail pour l'allaitement. Légalement, elle a aussi le droit de pouvoir s'isoler dans une pièce à cet effet, mais rien de tel n'est displonible sur son lieu de travail. Marie s'installe donc dans une pièce sans fenêtres, sous le souffle glacial de la climatisation et où ronflent les serveurs du bureau. Pour provoquer la montée de lait, elle regarde des photos de son bébé. Elle sait que certaines mères n'ont pas d'autre choix que de s'enfermer dans les toilettes et de tirer leur lait assises sur la cuvette. Souvent, ses collègues lui demandent combien de temps elle compte encore allaiter.

En général, les Français ont un rapport distancié à l'allaitement. De nombreuses femmes trouvent cela "animal". La plupart des mères qui donnent le sein à leur enfant et reprennent le travail après trois mois arrêtent d'allaiter avant la reprise du travail. En conséquence, les statistiques européennes montrent qu'en France moins de 10 % des enfants de 6 mois sont encore allaités. En Allemagne, ils sont plus de 40 %.

Dans l'après-midi, la crèche appelle : Judith a 38 °C de fièvre. Quand Marie C. arrive à la crèche sur les coups de 17 h 30, l'éducatrice lui lance un regard réprobateur. À la maison, tout se succède coup sur coup : du sirop pour la fièvre de Judith, allaiter, cuisiner, manger, laver les enfants et les mettre en pyjama, lire une histoire à Thomas. Et quand les petits dorment : récupérer le linge sale étalé partout, remplir et faire tourner la machine à laver et le lave-vaisselle. Son compagnon revient d'un voyage d'affaires. "Ça va, chérie ?" demande-t-il. Elle sourit et ne se lamente pas. Vers 23 heures, elle s'écroule dans son lit.

Au long de trois années, Marie C. aura parfaitement accompli cet idéal français de la mère-femme active. La période durant laquelle ses enfants étaient tout petits. "Mais je ne me suis pas du tout sentie accomplie ni épanouie, plutôt effroyablement vidée. Toujours fatiguée, toujours pressée, toujours coupable." En juillet, Marie C. a démissionné et est maintenant au foyer avec ses enfants. "J'ai besoin d'un temps mort, pour voir comment continuer."

La Croix-rousse est un ancien quartier de tisserands de Lyon, très prisé des jeunes familles. C'est là que se trouve le cabinet du pédiatre Adrian Serban, un Allemand qui habite en France depuis 24 ans. Il est également psychothérapeute pour adultes et connaît bien le quotidien des familles françaises. "Beaucoup de femmes penchent dangereusement vers l'épuisement", dit-il. Il aimerait bien leur recommander de suivre une cure "Mère-Enfant". Mais en France, il n'y a pas de cliniques "Mère-Enfant" et ici on ne reconnaît pas le syndrome de l'"épuisement maternel". ( L'auteur connaît le livre de Violaine Guéritault, La fatigue émotionelle et physique des mères, ainsi que le débat actuel en France. Le texte en allemand se réfère au fait qu'en Allemagne le "Syndrome de l'épuisement maternel" - Erschöpfungssyndrom bei Müttern - est un diagnostic reconnu par les mutuelles. Une mère dont le médécin observe les symptômes forts de ce syndrome a le droit de partir avec ses enfants plusieurs semaines dans une clinique spécialisée dans la convalescence des mères. Ces cliniques se trouvent sous la tutelle du Müttergenesungswerk, une fondation créée en 1950. Depuis, la fondation reste placée sous le patronnage de l'épouse du président en exercice.)
Plusieurs fois par an, Adrian Serban rentre au pays, et à Lyon il lit des médias allemands. "La manière dont l'Allemagne cherche à suivre l'exemple français en matière de politique familiale me met mal à l'aise, et je reste médusé de voir qu'à chaque fois ce ne sont que les côtés positifs de cette politique qui transparaissent dans les médias allemands". Depuis des années, l'Allemagne cite en exemple ce modèle présenté comme un idéal équitable pour les femmes. Un modèle qui se base sur le cumul des tâches maternelles et professionnelles et qui, effectivement, permet de maintenir le taux de natalité français autour de 2,1 enfants par femme alors qu'en Allemagne il approche à peine les 1,4.

Mais selon le Dr Serban le prix personnel que parents et enfants ont à payer pour cette politique familiale est très élevé. "De cette manière, se développe une société dans laquelle les adultes peuvent continuer à mener carrière et pratiquer leurs hobbies de façon ininterrompue, mais c'est une société dans laquelle ils ne peuvent pas construire de véritable relation avec leurs enfants. Car une relation demande du temps et de l'espace. Et c'est précisément ce qui fait défaut en France."

La tradition de la nourrice a une longue histoire dans la Grande Nation. Depuis le 17e siècle et jusqu'à une période avancée du le 20e siècle, il était courant dans les familles aisées d'envoyer les nouveaux-nés à la campagne chez une nourrice. La raison principale : la mère devait retomber rapidement enceinte, et l'allaitement, épuisant, ne favorisait pas une nouvelle grossesse. Les parents rendaient peu visite à leurs enfants et les récupéraient seulement après deux à trois ans. "La garde des enfants en bas-âge par une personne étrangère est devenue depuis des générations tellement évidente que personne aujourd'hui ne la remet en cause", dit Adrian Serban. "Même les psychologues et psychiatres pour enfants ne se sont posé que très récemment la question de l'impact psychique de cet éloignement." Et à la question "Pourquoi les mères françaises ont souvent trois ou quatre enfants ?", le pédiatre répond, provocateur : "Elles ont justement autant d'enfants car elles n'ont pas à s'en occuper !"

Les familles avec trois enfants ou plus ne paient quasiment plus d'impôts en France. Et l'État couvre très largement les coûts de la garde en crèche, en maternelle ou chez une nourrice. Alors que les allocations familliales ne sont versées qu'à partir du deuxième enfant. Enfin, aucune mesure concrète n'incite les pères à prendre de congé de partenité (NDLA : Alors qu'en Allemagne, le couple a jusqu'à 14 mois de congé parental à se partager.) Dès lors, les pères français ne prennent la responsabilité de la garde des enfants que dans de très rares cas. Ils partent du principe que cette tâche sera assurée majoritairement par les institutions, et ils laissent généralement à leurs épouses la charge éventuellement restante.
La femme française, cette héroïne, qui réussit à concilier relation de couple, enfants et carrière professionnelle. La femme érigée en "Superwoman". Ce mythe est apparu dans le sillage du mouvement féministe dans les années 80. Presque toutes les Françaises de vingt à quarante ans aujourd'hui ont elles-mêmes été élevées par une personne étrangère à la famille et reproduisent aujourd'hui ce schéma. Plus de 60 % des mères avec enfants de moins de six ans travaillent à plein temps. En Allemagne elles sont à peine plus de 12 %. "Mes amies et moi sommes les filles de ce genre de Super-mamans", dit Marie C. "Pour garder la face, on a fait comme elles. Sinon, on aurait l'air d'être moins émancipées !"

Mais un temps plein pour les deux parents signifie fatalement que les enfants doivent être confiés souvent neuf heures par jour ou plus. En France, principalement dans les villes, il n'est pas rare que le soir une assistante maternelle récupère les enfants à la garderie car les parents ne sont pas encore disponibles.

Et cela a des conséquences : dans une étude actuelle menée par l'UNICEF portant sur le bien-être des enfants dans trente pays différents, on a demandé à des enfants et des jeunes comment ils percevaient leur relation avec leurs parents et avec les autres jeunes de leur âge. La France termine en dernière position dans cette enquête.

Les conséquences sont également visibles au CHU, dit Adrian Serban. Il y traite des adultes atteints de dépression et de crises d'angoisse. Selon lui ce n’est pas un hasard si les Français sont depuis des années les champions du monde de la consommation d'anti-dépresseurs. Un fait qui est certes également lié à d'autres causes, par exemple, la boîte de calmants pour un mois coûte moins de 5 euros. Mais le médecin observe néanmoins régulièrement des symptômes qui pointent vers ce problème spécifique : "Les gens que je suis pour des problèmes d’anxiété ou de dépression me racontent qu'ils ont rarement reçu de la proximité de leurs parents. En parallèle, je remarque dans mon cabinet de pédiatrie à quel point certains parents ont très peu de relations proches avec leurs enfants." Cela met clairement en évidence le lien de causalité fort entre dérèglement de l'attachement dans l'enfance et trouble du comportement à l'âge adulte.
(NDLA : le concept d'attachement est à comprendre dans le sens de la théorie de l'attachement de John Bowlby, dont les travaux sont largement connus en Allemagne.) Alors que la recherche sur l'attachement joue un rôle en Allemagne depuis les années 80, en France, les experts commencent à peine à prendre conscience du lien entre cet attachement et la santé mentale. "En France, on ne fait pas d'études comportementales longitudinales (NDLA : études effectuées sur un pannel de population représentatif que l'on interroge à intervalles réguliers sur une longue période afin d'évaluer des effets à long terme) qui analyseraient comment la garde "externe" lors de la petite enfance influence le développement de l’enfant", explique Adrian Serban. Le Dr Antoine Guedenay, l'un des rares spécialistes du sujet en France, ainsi que la Fondation Pour l'Enfance, pendant français du Deutsche Kinderschutzbund, confirment indépendamment ce manque. On continue d'expliquer aux jeunes parents en France qu'une séparation précoce permet aux enfants de devenir plus tard des adultes indépendants et que l'entrée précoce dans la collectivité, en crèche ou en garderie, serait importante pour le développement de leur sociabilité.

En France, on ignore le concept de "mère-corbeau" (NDLA : En Allemagne, l'expression Rabenmutter désigne avec mépris les femmes jugées carriéristes qui reprennent leur travail et négligent de ce fait leur devoir de mère), mais on connaît la mère dominante. Ce concept est issu de la psychanalyse, dont l'influence est beaucoup plus considérable en France qu'en Allemagne. "Ici en France, la femme se doit avant tout d'être aux côtés de son homme, et non de ses enfants", explique Adrian Serban. "Que les enfants rejoignent le lit des parents en pleine nuit est en France un tabou, et perçu comme un échec pédagogique, à la limite de la pratique incestueuse." Un pédopsychiatre a bien voulu nous accorder un court entretien sous réserve d'anonymat. Il confirme qu'en France les troubles du sommeil sont la cause principale pour laquelle les parents amènent leur enfant chez le psychiatre ou le psychanalyste. "Certains y amènent leur bébé âgé de 6 mois", explique-t-il. Toutefois, lui aussi perçoit d'un mauvais œil le fait qu'une maman sorte son bébé de son berceau pour le rendormir la nuit. Comme la majorité de ses collègues, il conseille plutôt la méthode du "laisser crier". Et puis vient la phrase : "Chez les enfants plus âgés, une fessée peut avoir également un effet structurant".

"Plus de 80 % des parents français utilisent la gifle ou la fessée régulièrement pour faire entendre raison à leurs enfants", confirme le médecin généraliste Marie Levasseur, qui a étudié cette question lors de sa thèse. Un thème récurrent dans son cabinet : les tensions le soir, quand des parents fatigués se heurtent à des enfants fatigués. "À ce moment-là, beaucoup de parents perdent leur sang-froid."

Ce n'est qu'en juin de cette année que la Fondation pour l'Enfance, qui siège à Paris, a lancé une campagne nationale contre "la petite claque". Dans un spot diffusé à la télévision et sur Internet, une mère frappe son enfant au visage car il fait du bruit avec sa petite voiture pendant qu'elle téléphone. Vincent Dennery, directeur de la Fondation, rapporte : "
La diffusion de ce spot a été suivie d'un déluge d'appels et de mails insultants de la part de parents. Parce que nous avions mis en cause leur libre-arbitre en matière d'éducation !" Il y a ving ans, la France ratifiait la Convention internationale des Droits de l’Enfant de l'ONU. Mais il n'existe toujours pas de loi française qui interdise aux parents de frapper leurs enfants. "Nous avons une politique de la quantité, pas de la qualité", dit Dennery pour commenter le taux élevé de natalité de la France.

Après le "choc PISA" de 2001
Après le choc des résultats de l'étude PISA de 2001, l'Allemagne s'intéresse avec un respect teinté d'envie au système de stimulation précoce des enfants dans les écoles maternelles françaises. Les enfants français commencent dès l'âge de 3 ans à colorier des dessins imprimés sans dépasser et à repasser des lettres avec un feutre. Dès la première année de maternelle, l'enfant reçoit des évaluations, ou même des notes de 1 à 5 (NDLA : en Allemagne, les évaluations ne sont attribuées qu'à partir de l'école primaire). Quotidiennement, les enfants doivent rester assis concentrés et silencieux durant de longues périodes. Le jeu libre ne fait pas partie du concept pédagogique et l'entêtement n'a pas sa place. "Il arrive que des dessins mal réalisés soient déchirés de manière démonstrative devant les enfants", nous dit Marie Levasseur.

Achille, 4 ans, compte également parmi les patients de son collègue, Adrian Serban. Ce petit garçon, dont le développement initial était tout à fait normal, menace de se briser face à ce système autoritaire. Achille a développé d'importants troubles du sommeil et bégaie énormément depuis l'entrée à l'école. "Quand on a expliqué à la maîtresse qu'on voulait laisser notre enfant plus longtemps à la maison, elle y était opposée", raconte le père d'Achille. "Elle disait qu'à la maternelle, il ne s'agit pas de s'occuper de l'épanouissement de la personnalité d'un enfant, mais de lui apprendre à devenir un élève". Achille, lui, ne souhaite qu'une chose : rester à la maison, tous les jours.

"En France, nous ne maternons pas assez nos enfants. On ne nous donne pas le droit de les materner !", dit Belinda Peregi, éducatrice vivant à Strasbourg. Elle travaille aujourd'hui en Allemagne, à Baden-Baden, dans une école maternelle française. Avant cela, elle a été employée plusieurs années dans des crèches en France. "On nous y apportait parfois un enfant, qui trois à quatre heures plus tard avait soudainement 39 °C de fièvre. Quand on appelait alors les parents, on apprenait qu'ils nous les avaient envoyés après leur avoir donné une dose de paracétamol - parce qu'ils devaient aller travailler !".

Il n'est un secret pour personne qu'en France, on donne aux bébés et enfants, même lorsqu'ils souffrent d'infections virales, des antibiotiques, dans l'espoir qu'ils seront ainsi plus rapidement prêts à retourner à la crèche ou à la maternelle. Et quand ils ne font pas leurs nuits, ce qui est attendu d'eux à partir du troisième mois, il semble que l'on ait aussi recours aux médicaments. "On va alors prescrire un somnifère à l'enfant", dit Belinda Peregi. Elle l'a elle-même vécu, car son premier enfant n'a pas fait ses nuits jusqu'à l'âge de 3 ans et demi. "Notre pédiatre nous a prescrit un somnifère pour ma fille, pour que je ne craque pas. Mais je ne lui ai jamais donné."

L'histoire de Cécile Robert ne colle pas non plus au cliché idéal. Cette strasbourgeoise a à contre-cœur inscrit sa fille à la crèche à partir de l'âge de 4 mois. Son mari étudiait et ne gagnait pas un sou. La direction de la crèche l'a menacée de lui retirer la place pour la petite parce qu'elle venait à la crèche pour allaiter lors de sa pause déjeuner. L'enfant aurait dû, grâce au biberon, mieux s'intégrer et moins pleurer. À la naissance de son second enfant, Cécile n'a pas voulu s'exposer à tant de stress. Elle est donc restée un an et demi à la maison. Son entourage commentait ce choix : "Ton enfant reste collé à toi, vous êtes trop symbiotiques !" À la reprise du travail, elle ressentit bien la réprobation de sa chef suite à sa longue absence. "Bien que je ne travaillais qu'à temps partiel, on me confiait en permanence des tâches qui me faisaient rester jusqu'à 20 heures au bureau. J'ai dû engager une baby-sitter pour aller chercher les enfants." Voilà quatre mois, la quarantenaire a fait un burn-out. "À la fin, je ne pouvais que pleurer. Je ne me sentais bien ni avec mes enfants ni au travail." Après une période de rétablissement, elle s'est fait assister par le syndicat. Maintenant elle rentre à la maison à l'heure.

Les filles de "Super-femmes" cherchent leur voie

Dans le contexte enthousiasmé par l'annonce de la création de nombreuses places de crèche en Allemagne, le développement d'un nouveau mouvement en France passe largement inaperçu des médias germanophones. Alors qu'en mai, à Montpellier, une mère a été priée de bien vouloir quitter un supermarché car elle y avait donné le sein, l'incident n'a pas été repris par les grands médias. Mais, sur Internet, d'innombrables femmes dans toute la France ont laissé libre cours à leur indignation. De même, des magazines parentaux alternatifs comme Grandir Autrement qui s'expriment pour une relation de proximité et un lien parent-enfant fort trouvent de plus en plus de lecteurs.

Le pédiatre Adrian Serban et l'architecte Maryline Jury ont fondé en avril cette année l'Association pour l'Attachement et l'Autonomie. Deux concepts qui sont traditionnellement aux antipodes l'un de l'autre en France. Sur son site Internet, l'association publie des présentations et des données concrètes portant sur le sujet de l'attachement, un sujet auquel les jeunes parents en France ont peu accès par ailleurs.

Les filles des "super-femmes" sont aujourd'hui à la recherche de leur propre voie. Elles ne conçoivent plus l’émancipation comme étant uniquement basée sur le travail à temps plein et le fait de se débarrasser rapidement de ses enfants. Si ces femmes ne constituent encore qu'une minorité, leur mouvement est déjà assez fort pour susciter la résistance. Parmi leurs adversaires, non moins que l'éloquente philosophe et féministe française Élisabeth Badinter. Pour elle, ce développement, qu'elle qualifie de rétrograde, constitue un sujet assez important pour y consacrer un livre entier. Le conflit : la Femme et la Mère a été best-seller 2012 en Allemagne. Dans cet ouvrage, elle met en garde contre cette nouvelle forme de maternité et le "pervertissement d'un tel féminisme maternaliste". Son ennemi préféré est l'organisation La Leche League, qui prône l'allaitement maternel, et elle qualifie la "théorie de l'attachement" de fable.

Rien ne serait plus faux que de croire que des femmes comme Marie C. ou Cécile Robert ont proclamé un retour aux fourneaux. Elles apprécient toutes leur métier. Mais le corset de Superwoman est devenu trop étroit pour elles, il les étouffe. À l'avenir, elles aimeraient pouvoir décider elles-mêmes à quel point elles ont le droit d'être proche de leurs enfants et décider du juste moment de s'en détacher.

Une première réaction qu'on peut lire ici dans le magazine Elle

lundi 7 octobre 2013

Communiqué du CIANE : Accouchement à domicile et assurance:

Accouchement à domicile et assurance : l’État doit agir au plus vite pour rendre la loi applicable

Dans une période mouvementée pour l’accouchement à domicile, le CIANE, sollicité par nombre de futurs parents et de professionnels, souhaite rappeler sa position sur ce choix d’accouchement. Bien que minoritaire en France, l'accouchement à domicile est choisi par un nombre non négligeable de familles, et le serait davantage si cette offre était intégrée dans l’offre de soins comme chez certains de nos voisins européens. Il reste peu encouragé en France malgré son faible coût et sa sûreté. En effet, des études scientifiques récentes 1 mettent en évidence que pour les grossesses à bas risque, l'accouchement à domicile - lorsqu'il est assisté par une sagefemme qualifiée - est aussi sûr que l'accouchement en maternité.

Afin de pouvoir accompagner les parents dans leurs choix, les sages-femmes libérales pratiquant l'accouchement à domicile doivent souscrire une assurance responsabilité civile professionnelle. Le montant de la prime demandé par les assureurs est de 19 000 € par an; elle est calculée sur la base des risques encourus par les obstétriciens qui gèrent une patientèle présentant beaucoup plus de risques en moyenne que celle des sages-femmes. Avec un salaire annuel moyen de 24 000 €, aucune sage-femme n'est actuellement en mesure de s'assurer 2. C'est donc sans assurance que certaines sages-femmes françaises pratiquent l'accouchement à domicile. Cette situation perdure depuis une dizaine d’années et ni les actions conjointes du CIANE et d’autres associations d’usagers, ni celles des associations de sages-femmes n’ont abouti à un résultat tangible 3.

Alerté par la Cour des comptes, le ministère des Affaires sociales et de la Santé a décidé de saisir l’Ordre des sages-femmes sur les risques encourus du fait d’un défaut de souscription d’assurance en responsabilité civile professionnelle par les sages-femmes libérales pratiquant des accouchements à domicile, rappelant que le manquement à cette obligation d’assurance est passible de sanctions disciplinaires telles que l'interdiction d’exercice prononcée par l’Ordre des sages-femmes, et qu'il peut également faire l’objet de sanctions pénales pouvant aller jusqu’à 45 000 € d’amende (article L.1142-25 du code de la santé publique).

L'application stricte de l'article L.1142-25, légitime en soi mais rendue impossible du fait des tarifs d’assurance prohibitifs, interdit aux sages-femmes libérales de pratiquer leur art, privant les parents du droit de choisir librement le lieu de naissance de leur enfant et le praticien qui les accompagnera. Ce rappel à l'ordre de l'État, sans concertation avec les intéressés ni recherche d'une solution efficace à cette difficulté déjà ancienne, est vécu par les parents ayant fait le projet d’un accouchement à domicile comme une mesure de répression. Nous ne pouvons que nous étonner de la soudaine prise en considération de ce problème assurantiel, pour lequel aucune solution n’a été proposée depuis 2002.

En 2010, la Cour européenne des droits de l'homme 4 a reconnu que “la “vie privée” englobe (...) le droit de choisir les circonstances dans lesquelles devenir parent.”. La Hongrie a été condamnée pour violation du droit au respect de la vie privée (Art. 8) dans le cas de la plainte d'une femme n'ayant pu accoucher à son domicile accompagnée par une sage-femme, les professionnels étant dissuadés de pratiquer les accouchements à domicile par la menace de poursuites. En France, des femmes sont confrontées à la même impossibilité de faire respecter leurs droits, alors même que dans d’autres pays d’Europe, la prime d’assurance demandée aux sages-femmes est d’un montant raisonnable (moins de 1 000 € dans la plupart des pays européens) ce qui leur permet d'accompagner les femmes désirant accoucher chez elles. Or, comme l’a rappelé une décision de la Cour de cassation, la France, en tant que pays adhérent à la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales « est tenue de respecter les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme, sans attendre d’être attaquée devant elle ni d’avoir modifié sa législation. » 5

Afin de permettre aux familles qui le désirent de pouvoir choisir en toute sécurité leur domicile comme lieu de naissance de leur enfant, nous demandons que l’État français se mette en conformité avec le droit : l'accouchement à domicile doit être intégré au système de soins français, et une solution au problème assurantiel rencontré par les sages-femmes libérales pratiquant cet acte trouvée rapidement.

Références
1 http://www.ordre-sages-femmes.fr/NET/img/upload/2/1347_CONTACT30.pdf (p 20)
2 page UNSSF 24 697 € en 2012, source UNASA
3 Site ANSFL : http://www.ansfl.org/fr/journal/actualite/lire/rcp-et-aad/
Et travail sur le risque assurantiel du CIANE :
http://ciane.net/blog/wp-content/uploads/2013/01/AssurancesAAD-Ciane2013.pdf
4 CDEH http://www.echr.coe.int/Documents/FS_Reproductive_FRA.pdf (p.7)
5 Arrêt n° 592 du 15 avril 2011 (10-30.316) - Cour de cassation - Assemblée plénière

samedi 7 septembre 2013

Un haut lieu de la naissance respectée en France est aujourd'hui en lutte pour sa survie.

La "maternité des Lilas" qui se bat depuis sa création en 1964 pour le droit des femmes est aujourd'hui en danger. Alors que le gouvernement en place ainsi que l'Agence Régionale de la Santé avaient à plusieurs reprises donné leur accord pour la reconstruction de la maternité, aujourd'hui dans des locaux vétustes, un ultime retour en arrière a eu lieu. La rentabilité, maître mot de notre société, est en train d'achever ce lieu militant qui permet aux femmes de disposer de leur corps et aux enfants de naître dans des conditions dignes. Le droit à la naissance respectée est donc en train de reculer en France avec les coups portés à cette maternité. Une pétition est en ligne ici : signons-la massivement !

http://www.la-maternite-des-lilas-vivra.com/
Et sur Facebook

samedi 6 juillet 2013

Le N°41 arrive dans vos boîtes à lettres + Complément web

Ça y est, notre numéro de juillet est enfin en route pour les boites de nos abonnés et distributeurs, après quelques jours de retard chez l'imprimeur.



Et dans 2 mois, peut-être que GA sera en kiosque ! Nous sommes à 60% de collecte et il nous reste 21 jours pour réaliser notre objectif.
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Complément à l'article « Sophrologie : une aide pour s'endormir en douceur »
Technique n°4 : L'ange câlin (à partir de 6 ans)

L'ange câlin va rassurer l'enfant, l'accompagner dans son sommeil.
La douceur de l'ange câlin va lui permettre de lâcher le contrôle et de s'abandonner en confiance.

L'ange câlin, c'est le plus doux de tous les anges. Ses plumes sont blanches et soyeuses, plus douces que de la laine, plus douces que du coton. L'ange câlin vient souvent rendre visite aux enfants, surtout le soir quand ils sont fatigués. Et si ce soir l'ange câlin venait te voir ? Si tu fermes tes yeux et que tu détends bien tout ton corps, je suis sûr qu'il va s'approcher de toi. Ange câlin, ange câlin, veux-tu venir me rendre visite ? Et voilà que l'ange câlin s'approche tout doucement. Rappelle-toi qu'il est le plus doux de tous les anges. Il est maintenant tout près de toi. Tu vois son visage, son beau sourire, ses yeux, ses grandes ailes toutes blanches. Et dans sa main, il y a une boîte à l'intérieur de laquelle se trouve une grosse gomme. Alors, l'ange câlin commence à te parler : “Bonjour ! Je suis l'ange câlin. Quel bonheur pour moi de venir te voir ! Je sais qu'aujourd'hui tu as eu une grande journée pleine d'aventures. Peut-être que, parfois, tu t'es senti triste ou en colère. Tu vois la grosse gomme qui se trouve dans la boîte ? C'est une gomme magique. Elle permet d'effacer les chagrins, les tristesses, les disputes avec les copains d'école, les colères, etc.” Et voilà que l'ange câlin prend sa gomme et commence à gommer tout ce que tu n'as pas aimé dans ta journée. Et voilà que tout a disparu. Ton cœur est de nouveau joyeux. Sens-tu comme il est plus léger ?
Mais que fait l'ange câlin maintenant ?
Il tire une grosse plume de son aile gauche et te fait une caresse sur ton pied gauche, puis il remonte sur ton genou droit, la cuisse droite. Comme c'est doux et agréable ! Toujours avec la plume, il caresse très doucement ton pied gauche, ton genou gauche, ta cuisse gauche, la plume caresse ton ventre, ta poitrine, ton bras droit, ta main droite puis la plume glisse dans tout ton dos. Elle glisse le long du bras gauche jusqu'au bout des doigts et elle remonte dans ton cou et sur ton visage. Tu es maintenant presque endormi. L'ange câlin range sa plume et sa gomme et, en souriant, il te fait un petit signe pour te dire au revoir.

Exercices inspirés du livre Relaxations créatives pour les enfants, de Nathalie Peretti, Éditions le Souffle d'Or (2007).

mercredi 26 juin 2013

La Fondation pour l'Enfance lance une campagne de sensibilisation contre la "petite claque"

Source : France bleu
La Fondation pour l'Enfance lance sa nouvelle campagne de sensibilisation. Du 22 juin au 7 juillet, le clip "il n'y a pas de petite claque" sera diffusé sur plusieurs chaînes de télévision française et sur le web.

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