Les coliques sont passées, et Vincent a dormi dans son lit, ce qui m'a bien montré qu'il ne m'aurait servi à rien de le laisser pleurer. En grandissant, il s'est avéré un petit garçon avec pas mal de caractère mais d'une grande générosité. Très tôt j'ai pris l'habitude de ne pas lui dire non à tout, parce que j'estime que les enfants doivent découvrir le monde, et que tant que ça ne les met pas en danger, je ne vois pas le problème : quand il voulait jouer avec mon téléphone portable, je le lui passais en lui disant qu'il fasse attention parce que c'est fragile, et il ne me l'a jamais cassé. Il y a pourtant des choses interdites, il les connaît. Les quelques fois où je lui ai mis une fessée, je me suis sentie mal, parce qu'en fait c'était une façon de décharger ma colère, mais en aucune manière de lui apprendre pourquoi il ne fallait pas le faire. J'ai donc commencé à essayer d'autres techniques: les punitions avec lui sont totalement inefficaces, mais j'ai découvert qu'étant un petit garçon très autonome, en le responsabilisant ça marchait assez bien... l'humour aussi. Donc j'ai laissé les fessées avec beaucoup de plaisir, et Vincent me respecte non parce qu'il est obligé, mais parce que moi je le respecte, comme un être humain, comme je le ferais avec un adulte, en écoutant ses désirs (ce qui ne veut pas dire qu'il a tout ce qu'il demande), ses peurs (le rôle principal de la maman étant de les rassurer), ses joies et ses peines. Il n'est pas le roi à la maison, il n'y en a d'ailleurs pas, nous sommes une communauté de quatre êtres humains, qui ont leurs règles comme dans n'importe quelle société, leurs devoirs et leurs droits.

Stéphanie, vivant au Chili.