Quand l'accompagnement du prématuré et de sa famille ne se passe pas comme dans l'idéal ...
Par Grandir Autrement le vendredi 9 mars 2007, 21:08 - Témoignages - Lien permanent
Je souhaite apporter un témoignage sur l'allaitement des prématurés. J'ai en effet accouché à cinq mois et demi de P. et j'ai dû avoir bien de la persévérance pour réussir à nourrir mon enfant. Cela devrait être naturel, si les mamans étaient mieux informées et surtout mieux accompagnées dans ces moments difficiles. Des esprits chagrins me rétorqueront que chaque femme est libre. Mais comment peut-on être libre de choisir si le bénéfice considérable qu'en tirent les bébés grands prématurés n'est pas expliqué aux mamans ? Et qu'ensuite les mamans ne sont pas assez soutenues ? Et ne parlons pas des idées reçues (par qui ? Comment ?) que la famille ou les amis disent pour vous remonter le moral. Voici un petit précis de ce que j'ai personnellement entendu… « Une femme qui accouche à 5 mois et demi n'a pas de lait : c'est un vrai miracle que tu en aies », « Je n'ai pas allaité mon enfant et il va très bien », « Ne te bile pas. Quand on a une césarienne à neuf mois, la montée de lait est moindre, alors à six mois … »
Tout d'abord, le lait d'une maman qui a un enfant prématuré est différent de celui d'un enfant né à terme. Il est dit pré-terme. C'est un lait très riche notamment en immunoglobulines Ig A (importante pour la flore et donc pour l'immunité intestinale), en protéines et en calcium. La phase colostrale dure plus longtemps que pour un bébé né à terme. Personnellement, j'ai tiré du lait colostral (de couleur jaune) pendant au moins trois semaines. Or, les bébés prématurés sont très fragiles immunitairement. Il est donc vraiment nécessaire qu'ils en bénéficient. Sans compter le fait que beaucoup de prématurés souffrent d'asthme. En effet, ils sont souvent fragiles des poumons. Le lait maternel ne peut être que bénéfique pour limiter l'apparition de cette pathologie.
Afin de bien réussir un allaitement, la montée de lait doit se faire le mieux possible. Pour cela, dès que la maman a accouché, elle devra tirer son lait tout de suite. Cela afin de faire comme si c'était le bébé qui tirait juste après sa naissance. Elle aura de préférence un tire-lait double pompage afin de stimuler encore plus sa lactation. À la clinique où j'ai accouché, l'équipe médicale a été formidable de compréhension. Néanmoins, j'ai dû réclamer le tire-lait plusieurs fois. Je l'ai eu au bout de 48 heures… Ensuite, ce lait et surtout le colostrum devraient être donnés crus ou congelés après analyses biologiques, cela afin de garder toutes leurs propriétés immunologiques et biologiques. Le lait maternel est riche en acides gras polyinsaturés. Or, la forme dite « Cis » des acides gras insaturés se transforme en forme « Trans », beaucoup plus néfaste lors d’un chauffage supérieur à 40 °C. Or, lors de mon premier tirage, la clinique m'expliqua que mon lait était congelé, transporté à Lyon (vive la Mondialisation et vive l'Environnement), analysé, puis pasteurisé et recongelé avant de revenir quinze jours après sur Grenoble. Pendant ce temps, mon bébé recevait le lait d'une donneuse. Or, le lait d'un bébé garçon n'est pas le même que celui d'un bébé fille… Mieux, chaque lait est spécifique d' un bébé…
Trois jours après la naissance de P., je me dispose à aller le visiter au CHU malgré mes points de sutures. Je veux absolument le voir même si je sais (je sens) qu'il ira bien… Une des sages-femmes (dont j'apprendrais plus tard qu'elle a fait des accouchements à domicile) me dit de garder mon colostrum tel quel et de le donner à la néonatalité. Ainsi, je le ferais congeler pour que P. l'utilise dès qu'il pourra.
Ce fut ma première confrontation au monde protocolisé de l'hôpital. Je me vois encore arriver en chaise roulante à l'Unité B avec mon or colostral gardé précieusement dans mes mains. La puéricultrice qui m'accueille m'oppose une fin de non recevoir. « Le lait doit partir sur Lyon. Gardez-le alors et congelez-le. Non, s'il est contaminé, il peut être dangereux pour P. » (Angoisser la maman est la meilleure façon de la faire taire NDLR). « Alors, analysez le puis congelez le. Vous devez avoir cela ici… » « Ce n'est pas le protocole.. » Tout était dit. J'allais vivre deux mois avec ce mot honnis : le protocole. Le piège se refermait, du moins ce fut mon ressenti.
Je me mis donc à tirer mon lait régulièrement. J'en avais à peine pour P., la tension nerveuse jouant sûrement sur ma lactation. Mais je m'accrochais. C'était tout ce qui me restait pour être active. Ce lien me raccrochait à lui. J’avais voulu accoucher à la maison pour vivre mon accouchement et on m'avait accouché par césarienne, sous anesthésie générale, avant d'emmener mon fils à l'autre bout de la ville. Tout cela pour me sauver et sauver mon enfant. Il ne me restait plus que l'allaitement comme choix personnel. Je me rendis alors vite compte que je tirais deux fois moins à la néoanatalité que chez moi. Sûrement, pour deux raisons essentielles. Tout d'abord, la salle du tire-lait était équipée d'un tire-lait mono pompage. Chez moi, j'avais loué le tire-lait double pompage Medela sur les conseils de I. Je la remercie profondément pour son dévouement et pour sa patience extraordinaire de m'encourager dans mon choix. Que serais-je devenue sans elle ? Dès que P. passa à l'Unité C, je me décidais alors à emmener mon tire-lait à la néonatalité. Ce qui était a priori interdit. Je le stérilisais bien et le mettais dans un sac propre. Malgré cela, plusieurs fois, mon lait fut jeté à Lyon pour contamination. Une fois, on m'en jeta deux litres. J'appelais alors le lactarium de Lyon pour savoir le type de contamination. Il me fut répondu qu'on ne pouvait savoir le type exact de contamination, qu'il était fait seulement un dénombrement de flore totale. Qu'ils appliquaient … LA LOI. Je ne pus en savoir plus. Je décidais alors une fois sur deux, de garder le lait chez moi au congélateur pour la sortie de P... Comme je l'avais fait pour le colostrum, d'ailleurs.
Peu de temps après, je demandais à donner du lait cru à mon enfant. Il me fut répondu que cela pouvait se faire uniquement si le lait était tiré depuis moins de deux heures. Or, je tirais beaucoup de lait le matin. Et, j'arrivais à la néonatalité vers deux heures. Je me mis donc par moment à tricher afin que P. ait le plus souvent possible mon lait. J'emmenais discrètement le lait du matin à la salle de tire-lait pour le donner ensuite à l'équipe. D'autant plus que la salle du tire-lait était peu conviviale et ouverte facilement aux regards.
Puis, P. passa en chambre. On me dit qu'on enlèverait sa sonde pour le nourrir au biberon. Je refusais, arguant du fait que P. risquait de confondre le biberon et le sein. « Mais non » me fut-il répondu. J'eu même droit à cette remarque: « Vous verrez bien chez vous comment cela se passe… » Une puéricultrice super me ramena une Soft-cup. Elle servit deux jours et resta en décoration ensuite près du lit de P. L'équipe avait peu de temps soi-disant. Je venais alors l'après-midi et restais pour donner le sein à P. S'il n'avait pas pris sa ration, je devais le compléter au biberon. Et, P. s'étouffait… Je compris ensuite pourquoi… Il tirait sur la tétine du biberon comme sur le sein. J'expliquais aux puéricultrices que ce n'était pas normal. Certaines me répondirent que beaucoup de prématurés avaient ce souci. Il m'arrivait alors de ne pas tout donner mais des fois la puéricultrice prenait en charge la suite et le gavait… De plus, les chaises étaient dures… Je terminais la journée à 21 heures, fatiguée, avec un très fort mal de dos… Mais, je m'accrochais car P. tirait la langue dès que j'arrivais et me prenait tout de suite le sein…De plus, les biberons étaient chauffés au micro-ondes. Je m'offusquais de cette pratique. En effet, des études parues dans The Lancet précisent que le lait chauffé au micro-ondes est transformé physico-chimiquement et fatigue le foie et les reins des bébés. Une puéricultrice m'assura que les biberons étaient chauffés au chauffe-biberon… Je me fâchais. « Vous vous moquez de moi ? P. est resté pendant quinze jours non loin du micro-ondes et je voyais toutes vos collègues rapatrier à heures fixes pour y chauffer les biberons. » Je ne vous cacherais pas que je suivais les puéricultrices à chaque fois qu'elles allaient chercher le biberon de P. Mais, la nuit, je ne pouvais pas surveiller… Les chambres parents-enfants n'existant pas encore en néonatalité… Quand P. est arrivé en néonatalité, j'ai demandé à dormir à côté de lui… avec mon lit de camp… !
Enfin P. rentra à la maison. Et, là point d'aide pour assurer la suite… Je fis alors une autre belle rencontre via une association qui s'occupe de donner des marraines aux mamans qui veulent être aidées pour allaiter leur enfant. Ma marraine me donna confiance en moi mais cela dit, j'ai toujours cru ne pas avoir assez de lait. Il est dur de se défaire de l'hôpital et de retrouver l'écoute de soi-même. De laisser tomber les horaires fixes, les rations, surtout lorsque vous êtes maman primipare d'un enfant prématurissime. Je me rappelle encore de cet conseillère en lactation de Grenoble me dire que j'avais du lait pour des jumeaux… Et, pourtant, je continuais à compléter P. avec la Soft cup. Lors du retour des mamans à la maison, il serait fortement souhaitable que l'hôpital fasse un suivi de celles-ci par des sages-femmes… Cela afin de redonner confiance aux mamans lors de la sortie du milieu hospitalier.
Isabelle J.


Commentaires
Bonjour,
Ton témoignage est poignant, et malheureusement révélateur d'une non connaissane de l'allaitement maternel en France par les professionnels de santé en service maternité, néo-nat.
Tu as beacoup de courage et de mérites.
Je te souhaite un bon allaitement, et je pense que tu feras une excellente marraine vu ta connaissance en allaitement.
magnifique temoignage d'amour maternelle
je te felicite d'avoir tenu bon!!
bonne continuation!
chris
Je suis vraiment horrifiée à chaque fois que j'entends parler accouchement et allaitement autour de moi! Il y a une main mise totale et toute puissante des hopitaux et leurs personnels sur la manière dont nous devons nous occuper de nos bébés c'est anormal!!!
J'ai eu ma deuxième fille il y a 3 semaine. Je suis arrivée à l'hopital à 4h 30 et elle est née par voie naturelle à 5h09. Et là le personnel a commencé à me chercher: elle était tout petite et faisait 2 kilos 420. Oulala madame!!!
Je mets ma fille au sein sans difficultées d'autant plus que mon autre fille de 2 ans et demi tetait encore pendant toute ma grossesse. Pourtant le pédiatre de garde a commencé à parler de biberons, de surveillance accrue... Toute la journée (et la nuit) du vendredi et du samedi on m'amenait des biberons de lait toutes les 3 heures et on vérifiait qu'elle tétait et que je la complétais! J'ai joué le jeu, heureusement j'étais seule dans la chambre. Je vidais une petite quantitée de lait artificiel dans le lavabo quand la puericultrice était trop regardante et donnait exclusivement mon lait à la demande à ma Léa.
Heureusement ma pédiatre est passée le dimanche matin et m'a parlé de la vieille école... Elle a balayé les considérations vieillotes: non ma fille n'était pas prématurée, n'avait pas besoin de couveuse et de sonde (menace du premier jour pour que j'accepte les biberons)... et nous pouvions sortir dès maintenant puisqu'elle avait repris du poids! Bien sur il allait falloir surveiller son developpement mais bon je fais 1m55 et n'ai pris que 6 kilo durant ma grossesse alors je n'allais pas faire une enorme géante...
En fait je crois que ce qui m'a fait tenir c'est le fait que j'avais accouché dans cette maternité la première fois et que j'ai vu revenir les mêmes visages avec les mêmes discours à la c.. qui m'avaient affolée pour ma première née avec 2 centimètres de plus et 500 grammes de plus. Le discours avait été moins alarmiste mais là aussi si je les avait écouté je n'aurais pas allaité...
Enfin le lundi dès 6h30 je me suis préparée à sortir et ils ont tous freiné des 4 fers mais malgré leur lenteur j'étais dehors à midi!
Je crois que le mieux c'est de faire des beni-oui-oui comme dit ma mère et faire ce qu'on veut dans la mesure du possible en se referant aux seuls conseils qui nous interpellent vraiment.
Marilyne
Bravo Maryline !
avec Cindy pour notre premier enfant, Maël , nous ne savions pas trop et voulions aller dans un établissement pas trop loin de chez nous. Nous sommes donc arrivés à l'hopital d'Evry (91). Très pros, trop peut-être ? Maël est arrivé en siège, et Cindy voulait un accouchement par voie basse, donc sans intervention chirurgicale. Or Maël est arrivé avec un mois d'avance... :-) Branle-bas de combat, la moitié du staff a débarqué dans la chambre, c'était limite si les caméras des internes tournaient pas à plein régime ! Tout s'est très bien passé, ca n'a pas été facile, mais Maël est né "normalement". Et après, ca a été le même type de sollicitations que toi. Cindy avait assisté à des cours de préparation à l'accouchement , et voulais allaiter coute que coute. Même type de "menaces", et de "ouh la la". Bref, Maël ayant fait une jaunisse de naissance (classique là encore), Cindy et lui sont restés en unité kangourou quelques temps puis sont sortis assez tranquillement.
Pour Aloïs ca a été différent il y a un an. Nous avions suivi d'autres cours de préparation, avec une sage-femme plus proche de nos idées, plus "alternatives" donc, et sommes allés à Etampes (91). Pas de mauvaises surprises là-bas. Aloïs est arrivé un mois en avance, nous étions en tout et pour tout 3 personnes dans la chambre pour accueillir Aloïs : Cindy, une sage-femme et moi.
Ensuite, il n'y a pas eu de sur-sollicitation.
Bref, je crois qu'il importe vraiment de suivre des cours de préparation qui correspondent à ce que l'on veut faire, et à mon sens il faut aussi choisir son établissement. Certains comme Etampes sont ouverts aux techniques alternatives. A quand une généralisation de l'écoute et du respect des patients lors d'une naissance ?