Le terme approche : aucune contraction, je ne sais d’ailleurs toujours pas ce que sont des contractions « naturelles ». À J+3, déclenchement en 2 temps (gel sans effet puis perf…). Il « fallait » que j’accouche le samedi parce que mes beaux parents devaient rentrer travailler… cela faisait 2 semaines qu’ils attendaient ce moment ! Donc voilà le travail enclenché, et la poche qui se perce : je panique… je vais en mettre partout, ça ne s’arrête pas de couler. Du coup, je ne gère pas la douleur alors j’accepte la péridurale… moi qui voulais un travail en piscine, sans péridurale, « tranquille », avec le papa tout près…

Bref la minette pointe sa tête, je l’attrape pour la sortir et la tiens devant moi, et là, un grand vide ! Je me sens seule, perdue, vide ! Je cherche le papa qui est « caché » derrière moi, très ému… j’aurais aimé qu’il me prenne dans ses bras… je mets ma puce au sein, pas de problème… la sage-femme commence à examiner et à recoudre, ah oui j’ai aussi eu une épisiotomie (je vois encore les ciseaux), alors que j’ai la puce au sein…

Le papa avertit toute la famille : parents, beaux parents et mon frère, sa femme et leur petite merveille adoptée. Tout le monde arrive en salle de travail ! Le bébé passe de mains en mains, tout le monde est ému et vient me voir mais personne ne s’inquiète de savoir ce que je ressens… d’après ce dont je me rappelle, je ne ressentais rien, si ce n’est des courbatures et le tournis avec tout ce monde. La chose qui m’a le plus touchée, c’est que ma belle-sœur soit venue, elle qui avait dû faire le deuil de l’accouchement. Ma mère est venue, a pleuré et voilà !

Ensuite je me suis retrouvée seule dans ma chambre avec ce bébé dont je ne savais pas quoi faire. Elle dormait, tétait… je n’ai même pas osé la prendre pendant la nuit pour la changer alors que sa couche était pleine… Je savais que tout le monde faisait la fête et moi j’étais seule, perdue, démunie…

J’avais envie de la prendre dans mon lit mais je n’osais pas… j’aurais aimé ressentir un coup de foudre, de l’amour, de la joie… tout ce qui me reste de ces moments c’est un grand vide.

De retour à la maison, nous nous sommes (enfin ?) retrouvés tous les trois. De l’extérieur, le papa me disait que je faisais une super maman, douce, attentionnée, aimante… mais de l’intérieur, je ne pouvais me dire que j’étais une maman. Je m’occupais de ce bébé du mieux que je pouvais (on m’a toujours appris à faire les choses le mieux possible) mais de façon « technique » et non pas « affective ». Heureusement j’ai été entourée par des sages-femmes formidables qui ont su détecter ma détresse et m’ont orientée vers une pédopsychiatre dès les premières semaines… Cela m’a permis d’entendre que ma minette se portait bien et qu’elle ne pâtissait ni de la grossesse difficile ni de mon état… et aussi que je n’étais pas anormale, que ces sentiments, d’autres mamans les ressentaient aussi.

Et puis il y a eu le licenciement du papa, un nouveau déménagement et ma reprise du travail… je devais TOUT assumer : l’allaitement, le travail, la fatigue et ce mal-être qui allait grandissant et qui faisait ressortir beaucoup de choses.

Maintenant je me rends compte que je sentais que ce bébé, je l’aimais mais comme on aime une peluche, ou alors comme on aime quelqu’un ou quelque chose qu’on sait qu’on doit aimer, que socialement on nous dit qu’il faut l’aimer et se sentir maman. Je lui faisais des câlins, prenais soin d’elle mais sans prendre particulièrement de plaisir, en tout cas la plupart du temps. Le temps passant, ça ne s’arrangeait pas, au contraire, puisque mon état psychologique s’est largement dégradé en raison de nombreux facteurs (couple, travail, relations avec mes parents, etc.). Tant et si bien que parfois je me voyais lui faire du mal (un jour je me suis vue lui donner un grand coup de pied pour la faire voler… j’ai honte rien que d’y repenser ! mais je ne suis jamais passée à l’acte, heureusement !), je me disais qu’elle serait bien plus heureuse sans moi, une maman qui ne savait pas en être une ! Je ne voulais plus m’occuper d’elle, même si de façon contradictoire je continuais à l’allaiter, aussi difficile que ça pouvait l’être à certains moments : fatigue, travail, parents plutôt défavorables… Je ne jouais pas avec elle, je lui apprenais des choses. Je ne l’allaitais pas, je la nourrissais (je ne sais pas comment exprimer la nuance autrement).

J’en suis donc arrivée à un stade où il m’a fallu me résoudre à prendre des anti-dépresseurs, d’où un arrêt de l’allaitement (elle avait 13 mois)… cela a eu du bon sur mon moral mais pas sur ma relation avec ma puce : je me sentais coupable de ne pas être capable de l’allaiter plus longtemps, de ne pas être capable de surmonter ce « mauvais moment », de ne pas avoir suffisamment de volonté pour aller mieux, pour me sentir mieux avec elle.. Et évidemment plus j’allais mal, plus elle me collait et avait des besoins importants, et plus cela me pesait… Elle m’a en quelque sorte servi de bouée de secours pour garder la tête hors du gouffre et je m’en veux de lui avoir fait subir tout cela (à elle et au papa qui lui non plus n’a pas bien vécu ces 2 premières années, parce qu’on parle souvent des mamans mais pas facile non plus d’accueillir la paternité surtout quand la maman n’est pas au mieux !)…jusqu’au jour où, elle allait sur ses 2 ans, je me suis donnée le droit d’être une maman et de l’aimer, et surtout le lui dire de façon sincère (et non pas de façon automatique : j’ai un bébé alors je suis censée l’aimer, donc il faut que je le lui dise). Ce qui était difficile à vivre, c’est que personne ne voyait mes difficultés, pas même le papa puisque je m’efforçais de faire bonne figure. Donc tout le monde pensait que j’étais une maman épanouie, comme lorsqu’on me disait que j’étais faite pour être enceinte (alors que je me tapais sur le ventre dans mes pires moments de déprime…). J’ai toujours été élevée avec l’objectif de bien faire les choses, alors moi qui doutais, qui ne me sentais pas à la hauteur… ça me détruisait ! Et puis il y a un facteur qui a dû me mettre de la pression (inconsciemment, mais on vient de m’aider à en prendre conscience) et donc accentuer mon mal-être : que ce soit de mon côté ou de celui de mon compagnon, nos frères et sœurs respectifs ne peuvent pas avoir d’enfant. Je suis donc la seule à pouvoir porter un bébé et nous sommes les seuls à transmettre le « sang »… Notre fille (et les autres enfants qu’on pourrait avoir) n’aura que des cousins/cousines adoptés ! Ça n’aide pas beaucoup à partager les sentiments entre femmes et mamans.

Il m’a fallu faire un gros travail sur moi et surtout sur les relations que j’avais avec mes parents pour me sentir bien dans ma maternité et l’accepter (en m’acceptant). J’ai dû couper le cordon avec mes parents pour créer un réel lien d’amour avec ma puce. Depuis, je me sens bien avec ma fille, je passe des moments inestimables… même si j’ai régulièrement besoin de mettre de la distance avec elle en la laissant chez ses grands-parents. Elle va indifféremment chez mes parents ou chez mes beaux-parents… ce qui me pèse quand elle va chez mes parents, c’est qu’il faut que nous l’accompagnions… et du coup c’est week-end chez eux et là, en général, j’en ai pour un mois à m’en remettre. Quand je dis que j’ai coupé le lien, cela ne signifie pas plus de contact. J’ai fait le deuil de parents qui pourraient être capables de me soutenir, de m’accepter dans mes choix de vie, mais je veux garder mes parents.

J’ai récemment discuté avec mon frère et sa femme de leur adoption et de leurs difficultés à l’arrivée de leur fille… et là j’ai fondu en larmes… tout le monde pensait qu’il était bien plus facile d’accueillir un enfant après une grossesse, que c’était naturel puisqu’il y a la grossesse pour se préparer ! NON ! L’accouchement est un choc, une rupture et peut être très difficile à vivre. En tout cas pour moi ça l’a été et pour le papa aussi ! Nous avons envie d’un autre enfant mais nous avons peur aussi de revivre tout cela très mal…

Natacha R., un enfant


À la naissance de ma fille, j’ai eu impression de ne rien ressentir si ce n'est la peur lorsqu'il fallu la ramener à elle : la peur d'avoir passé 9 mois délicieux pour rien, la peur d'avoir poussé pour rien, la peur pendant bien trop longtemps qu'elle disparaisse... Cette peur a paralysé et mis entre parenthèses la personne qu'était Eugénie et ma faculté à être Mère... C'est en parlant avec quelques personnes de mon entourage, puis avec mon gynéco, que je suis enfin arrivée à me sentir à mon aise et à réaliser que j'ai mis au monde, avec mon chéri, une enfant merveilleuse, que nous aimons et qui nous le rend bien (nous avons tous un projet à travers nos enfants)... À la maternité aussi, je me suis retrouvée face à une grande inconnue que pourtant, j'avais cru connaître par cœur tant qu'elle se trouvait dans mon ventre... Je ne savais pas ce qu'elle avait, je ne savais pas ce qu'elle voulait, je ne savais même pas quand changer sa couche... J'étais totalement paumée, ailleurs... Elle était pendue constamment au sein, j'étais là mais je n'étais pas là... Comme pour cette histoire de jouer sans être présente... C'est là que mon mari a su prendre sa place de Père puisque c'est sur lui, dès le départ, qu'Eugénie se calmait et s'endormait paisiblement.



Puis il a fallu qu'il reparte travailler au bout de deux semaines et j'ai eu peur, très peur... J'ai pleuré, beaucoup pleuré.... J'ai crié, beaucoup crié... Mais Eugénie a toujours été très forte pour me faire comprendre que nous étions deux et c'est grâce à elle que j'ai remonté la pente, grâce à l'allaitement et aux moments partagés en tête à tête avec elle... Elle m'a fait accoucher de moi-même car jusqu'à sa venue au monde, je crois que je ne savais même pas qui j'étais, alors il m'était difficile de savoir qui elle était, elle... Avant, j'agissais selon le bon vouloir des autres et par rapport à ce que je pensais que l'on attendait de moi... Aujourd'hui, je reprends les rênes de ma vie et c'est la raison pour laquelle je crois fortement en le fait qu'il est important de laisser l'enfant faire des choix qui lui appartiennent dès le plus jeune âge : afin qu'il se construise selon ses besoins, ses goûts tout en sachant se faire aimer des autres par ses qualités et ses défauts et non par ce que les autres attendent de lui...

Tatiana O., un enfant


J’ai accouché le 10 septembre 2005 d'une très jolie petite fille de 3kg510. Elle se portait très bien et je voulais absolument l'allaiter, mais voilà le soucis c’est qu'avec ma réduction mammaire je n'ai quasiment pas pu, alors j’ai commencé à descendre doucement mais sûrement après avoir vécu un accouchement que je trouve, avec le recul, volé car mes demandes n’ont pas été respectées. Je partais dans un bien vilain baby blues, et ni ma famille ni le personnel médical ne m'ont soutenus ni encouragés, ce n'était que des discours fataliste du genre "Mais le biberon c’est pas si mal tu verras..." Pour mon gynéco il fallait que j'aille me faire aider chez un psy, etc. Bref aucune écoute. Mais c'était sans compter sur les mamans d'un forum "Le club des tétouilleurs" : là ce fut long mais j'ai réussi à allaiter ma fille 5 mois en mixte j'ai sympathisé avec certaines mamans non loin de chez moi. On s’est retrouvées plusieurs fois et là le fait de parler et surtout d'être écoutée, encouragée, soutenue, fut un vrai plaisir. Je reste très déçue de l'entourage médical qui n'a pas été à l'écoute et ne m’a pas aidé à trouver des solutions à taille humaine. Maintenant tout va mieux, bien que des fois je me dise que les choses auraient été différentes si votre magazine était sorti il y a 2 ans, aujourd'hui ma fille va bien, moi aussi, ainsi que mon homme. Mais j'envisage vraiment une deuxième grossesse , un suivi et accouchement avec un visage plus humain.

Sabine P., un enfant