Les jours passent. Un jour, après avoir bu un café au lait, j'embrasse mon fils sur le ventre. Quelques minutes après, je vois son ventre. Étrange, il y a un bouton, je ne l'avais pas vu tout à l'heure. Comme un bouton d'ortie, blanc sur fond rouge. Un autre bouton arrive, puis un autre, et encore un autre. Je prends un linge imbibé d'eau et je nettoie. Presque instantanément, tous les boutons disparaissent. Je commence à réfléchir à la piste de l'allergie. Sans passer par mon médecin, je prends donc directement rendez-vous chez l'allergologue. Le verdict tombe. Allergie aux protéines de lait. Oui, mais... allergie également aux protéines de blé et au blancs d'œuf. Et puisque j'allaite, c'est donc moi qui me retrouve au régime, un peu seule, ayant pour seule référence le site du Ciccba pour m'aider à faire mes menus. Et là, je découvre que les bonbons sont faits avec du glucose de blé, que le jambon blanc contient du dextrose de blé, et que la vie est très compliquée d'un seul coup. Mais surtout, par dessus tout ça, le poids de la culpabilité... Mon enfant a été sensibilisé in utero, c'est-à-dire que c'est par la faute de mon alimentation qu'il est devenu allergique ! Je me sens mal... S'ensuivent des erreurs, le temps de se rôder à ce qui va devenir une routine : par exemple, ne pas manger de pain, et si on en mange, se laver les mains avant de toucher bébé, ou sinon le résultat dans les minutes qui suivent sera une poussée d'urticaire avec la forme de mes mains sur le corps de mon fils…

Sur le coin d'une étagère, de la cortisone, juste au cas où... Et puis ensuite, l'incompréhension des gens parfois, forcément, ils ne peuvent pas savoir... Une fois, une petite fille prenait son goûter et je lui ai dit de ne pas toucher mon fils, parce qu'il avait des allergies. La mère m'a regardé d'un air narquois et elle me dit : "Ben quoi, c'est pas contagieux !". Non, mais chez mon fils, le simple contact, même indirect, peut déclencher une crise d'urticaire.

Puis il a fallu trouver une nourrice qui accepte toutes ces contraintes. Là, nous sommes chanceux, nous tombons sur une super nounou ! Je reprends donc le travail, et mon fils refuse toute diversification, comme ça arrive souvent chez les bébés allergiques. Il a 8 mois 1/2, il ne veut rien d'autre que mon lait, nous avons pourtant réussi à faire le protocole pour que le lait hydrolisé nous soit remboursé. On ne veut pas me donner mon heure d'allaitement à mon travail, pour nécessité de service (je travaillle au guichet d'un bureau de Poste dans lequel il y a toujours du monde), je me retrouve donc à tirer mon lait dans les toilettes lors de ma pause. Puis peu à peu, nous arrivons à faire la transition vers un lait maternisé au soja, avec tous les risques que cela représente (le lait de soja est allergisant).

Il a un an, je me retrouve en formation à Paris, avec repas en collectivité, je dois donc faire le tri pour ne pas consommer de lait/blé/oeufs. Et là, par erreur, je mange du saucisson à l'ail, oubliant qu’il contient du blanc d'oeuf. Une fois de plus, le résultat ne se fait pas attendre, l'eczéma revient un peu, mais surtout, il a une allergie bien plus marquée aux oeufs qu'aux autres choses, alors de nouveau, un gros sentiment de culpabilité. Et puis j'en ai marre de manger des galettes de riz au petit-déjeuner*.

Après un délai de réflexion, 8 mois 1/2 d'allaitement exclusif, une année d'allaitement au total, je décide donc de cesser d'allaiter mon enfant. Puis l'été arrive, et de nouveau de l'eczéma, mais cette fois sur les parties exposées à l'air : les bras, les jambes et curieusement, les paupières. Nous retournons voir l'allergologue faire un petit bilan. Cette fois, on apprend deux nouvelles allergies : à certains pollens et au jaune d'oeuf (forme adulte de l'allergie aux oeufs, les enfants étant allergiques au blanc).

Une année passe, le régime continue, nous sommes bien installés dans notre petite routine, mon bébé a une vraie peau de bébé, et les seules inquiétudes sont lorsque nous sortons chez des amis (peur qu'il chipe une miette, que les gens l'embrassent après avoir mangé telle ou telle chose, etc.). Après accord de l'allergologue, on attaque la réintroduction du blé. Une miette, puis deux, et de nouveau, mon fils se couvre d'eczéma, beaucoup plus que les fois précédentes. On arrête le pain, mais les semaines passent et l'eczéma persiste. C'est de pire en pire, cette fois, c'est plusieurs fois en sang que nous retrouvons le lit et l'enfant, un vrai choc à chaque fois. On doit lui mettre des "marionnettes" sur les mains (des chaussettes, en réalité) et des collants pour limiter le grattage, mais le mal est fait : surinfection aux staphylocoques dorés. Le coup est dur, et l'infection cutanée se déplace des pieds jusqu'au visage.

Puis enfin une amélioration, et même quelques nuits complètes ! On a changé d'allergologue entre temps, comme les bras sont encore bien abîmés, on fait les pricks tests dans le dos pour essayer de comprendre ce nouvel eczéma : 19 pricks tests, pas de place pour davantage. Quelques nouvelles sensibilités à certaines aliments, mais on n'est plus à ça près. Pour la prochaine séance, on nous a déjà annoncé la couleur : il aura plus de 20 patchs.

Il n'a que deux ans, mon petit loulou. C'est parfois dur, mais on tombe, on se relève, et on relativise. Notre enfant ne va pas si mal !

Cécile L.

* Note de la Rédaction : Il existe heureusement des alternatives à la galette de riz. Pour plus d’informations, nous vous conseillons les recettes avec du quinoa et de l’amarante parues dans nos deux premiers numéros. Nous avons également mis des recettes de crêpes sans gluten, ni œufs, ni plv sur notre blog. Nous vous conseillons également les livres de recettes de cuisine sans gluten (ni plv) de Valérie Cupillard, bien qu’ils comportent souvent des œufs. Enfin, nous conseillons le livre Recettes gourmandes pour personnes sensibles qui est sans gluten ni laitages ni œufs (et très souvent sans soja), notamment pour le petit déjeuner, la recette de pancakes et la recette de halva, qui sont des recettes très appréciés par les petits et les grands. Toutes ces recettes sont en général rapides à faire et permettent de ne pas se sentir privés.