La naissance à la maison d’Aylona (mai 2002) fut un moment incroyable de ma vie. Elle m’a donné envie de "faire" des choses, de ne plus me contenter de subir la vie. Déjà adepte du portage en écharpe depuis plusieurs années, convaincue par les couches lavables, ayant découvert les cosmétiques naturels et biologiques, j’ai eu envie de faire connaître tout cela autour moi, à d’autres parents soucieux du bien-être de leurs enfants et de leur environnement. Ma fille aînée à l’école, mon bébé sous le bras, j’ai entrepris les démarches nécessaires à l’ouverture d’une entreprise de commerce. Aylona avait alors 5 mois. Elle m’a accompagnée partout : de l’organisme de formation, à la chambre du commerce, au centre des impôts, à l’Urssaf, à la banque… Elle était en écharpe la plupart du temps, dormant lorsqu’elle était fatiguée, tétant lorsqu’elle en avait besoin. Jamais nous n’avons rencontré de regards hostiles, tout au plus des personnes étonnées, puis charmées par cette jolie petite fille calme et souriante.

Avril, mai, juin 2003, j’entreprends de créer un site Internet, oh, sans prétentions ; je suis nulle en informatique, je potasse un livre, je trouve un logiciel simple d’exploitation… je me lance… Aylona souvent sur mes genoux ou dans mon dos, toujours dans l’écharpe. En juin 2003, l’entreprise est ouverte, le site (euh…son ébauche devrais-je dire !) est en ligne. Juillet et août sont des mois calmes. Quelle idée aussi d’ouvrir une entreprise au moment des vacances ! Puis en septembre, c’est la bousculade. Jusqu’en décembre, j’ai l’impression de vivre dans un sous-marin. Les commandes affluent, il ne faut pas traîner.

Il faut le dire, c’est alors une période assez difficile à vivre pour notre famille. Chacun doit trouver de nouveaux repères et l’organisation quotidienne est un peu chaotique. J.F. a son travail qui lui prend déjà beaucoup de temps, mais quand il rentre, il n’hésite pas à mettre la main à la pâte. Il est difficile pour les filles d’assimiler le fait que, même si maman est là, à la maison, elle n’est pas à 100 % disponible pour elles. Je culpabilise pas mal, à cette période, de ne pas être la mère que je rêve d’être pour mes enfants.

Il nous faut déployer des trésors de souplesse, de patience et d’écoute, tout en faisant deux voire trois choses en même temps, du genre répondre à une cliente au téléphone, en changeant la couche de la petite et en donnant un verre d’eau à la plus grande. J’apprends aussi à segmenter ma journée, afin de me rendre plus disponible et à l’écoute de leurs besoins. Lauryne va a l’école de 8h30 à 16h30 ; Aylona fait deux siestes dans la journée, je mets donc ces moments là à profit pour faire des choses qui me demandent plus d’attention. Je mets le répondeur à partir de 16h00 et ne touche plus (ou presque) au téléphone ou à l’ordinateur de la journée. Les filles s’endorment rapidement le soir, j’en profite pour avancer mon travail la nuit. Le mercredi devient une journée chômée. Dans la pratique, ce jour-là, on rencontre beaucoup de mamans et de jeunes enfants. Continuer à avoir une vie sociale est important pour notre équilibre. J’ai besoin d’échanger avec d’autres parents et les filles ont besoin de pouvoir jouer avec d’autres enfants.

Et puis en décembre 2003, j’apprends que je suis enceinte. La famille s’agrandit en août 2004. La naissance de Joffrey nous donne une nouvelle vision de notre environnement quotidien : nous sommes à l’étroit ! Tout le stock de l’entreprise vit avec nous… Nous déménageons en mars 2005. Une partie de la maison est réservée à la société et je peux fermer la porte de mon bureau. J’ai trouvé cette symbolique importante, au propre comme au figuré. Pouvoir se dire "ma journée est finie, je ferme la boite".

Avec l’arrivée d’un troisième enfant, j’ai arrêté de me déplacer pour des réunions et des démonstrations comme je le faisais au moins deux fois par mois. J’ai aussi stoppé certaines de mes activités associatives. Les journées ne font que 24 h et on n’a pas encore réussi à trouver comment dédoubler les mamans. J’ai dû revoir mes priorités en gardant toujours à l’esprit que le bien-être de mes enfants passe avant tout.

Et enfin, le soutien de la famille et des amis est vraiment très important. Mon conjoint était un peu septique au départ, mais plein de bonne volonté. Il m’aide beaucoup pour la gestion des stocks et la gestion financière. Nos familles sont bien présentes pour nous aider dans les taches ménagères de la maison ou venir jouer avec les enfants dans leur environnement. Les amis nous ont donnés beaucoup d’idées et d’encouragements. Ils n’hésitent jamais à parler autour d’eux de ma démarche, du site Internet, des produits, etc.

Au quotidien, je suis très présente pour mes enfants, comme je l’ai toujours souhaité. Je suis avec eux le matin avant de les emmener à l’école, et je vais les chercher à 16h30. Le petit dernier va deux petites journées en halte-garderie (9h-15h). Le reste du temps, sa salle de jeux favorite est le bureau de maman. Le mercredi, nous sortons souvent dans des parcs, des salles de jeux ou chez des amis, nous allons voir les mamies… Nous restons rarement à la maison, il est trop tentant pour moi de pousser la porte du bureau lorsque le téléphone sonne…

Nathalie M., 3 enfants


Je suis créatrice de mobilier. Pour la conception, je peux réfléchir un peu partout : au bac à sable ou ailleurs. Je fais des listes des choses à faire, réserve des plages de temps où je pourrai avoir un peu de concentration pour certaines tâches qui en demandent davantage. En ce moment, par exemple, le matin, ma fille se levant tard. Ou je demande à son père de sortir avec elle de temps en temps. Les tâches plus techniques, je peux les faire avec elle ou par petits bouts si je suis interrompue. Ma fille aime souvent participer à mon travail. Dessiner, visser, clouer, inventer des appareils. Elle utilise mes outils, la scie, le marteau etc.

Il me faut beaucoup plus de temps, car avant tout je veux que ma fille soit bien et être présente quand elle a besoin de moi. Quand je veux partir à l'atelier seule, je lui demande si c'est ok pour elle.

On a tendance à me dire de la mettre à l'école pour être tranquille et avoir du "temps pour moi", expression qui me dépasse un peu, car le temps avec mon enfant est exponentiellement du temps pour moi.

Cela m’apporte le bonheur d'être au plus près de mon enfant, de l'accompagner en douceur, d'être à l'écoute et d'évoluer moi-même vers plus d'écoute, d'attention, de dépasser mes propres raideurs, idées préconçues. J'assiste au développement de l'être humain dans toutes ses dimensions.

Quant à ma fille, elle peut rester en confiance et libre du choix de ses activités, de leur durée. Elle a accès à une grande diversité d'approches du monde, dans les contacts humains, les phases de travail, les différents lieux, les recherches.

Deva D., 1 enfant


Ici, c'est le papa informaticien, cogérant, qui a son bureau à la maison. Parfois, il part en déplacement la semaine complète. Je travaille 4 jours par semaine, d'où une cohabitation le mercredi. Le bureau est en mezzanine au dessus du salon.

À Félix, 3 ans, il a fallu très tôt expliquer qu'il fallait du respect pour quand papa était au téléphone et que le bureau n'était accessible que lorsque papa l'autorise (satané écran aimant d'ordinateur !). Il lui a fallu accepter que le papa ne soit pas disponible, quand bien même il est à la maison. Le bureau et la situation étaient déjà en place quand Félix est né. Au départ, il y avait une barrière d'escalier. C'est Félix qui a voulu qu'on enlève la barrière, on lui a dit « OK, mais tu ne montes que quand on t'y autorise » (et maintenant après un passage aux toilettes). Par la suite, c'est l'enseignement et le fait que je ne monte presque jamais quand mon mari travaille qui ont fonctionné. Si Félix monte, c'est son papa qui le fait descendre (lui-même ne descend pas). S'il est au téléphone, on ne le dérange pas (même quand il est dans la cuisine).

C'est souvent en "éternelle re-négociation", des fois que Papa puisse encore jouer un peu… surtout après les vacances. On répète, on ré explique sous des angles différents.

Les jours où Félix est grognon, c'est difficile pour lui de rester dans la même pièce que son père sans pouvoir aller le voir. Souvent, je fais lâcher la vapeur en allant chercher le courrier, ou quelque chose d'autre que notre fils lui monte. Cela fait une pause de quelques minutes pour le papa et un petit bisou qui permet d'atténuer l'attente du repas de midi. D’ailleurs, dans une boite, les pauses café et autres dérangements existent, pas vraiment à la maison).

De plus, on lui explique que papa mets la sonnerie du téléphone au minimum pendant la sieste afin de ne pas perturber celle-ci: On lui démontre ainsi qu'on tient compte aussi de ses besoins. Cependant, au réveil de la sieste, je dérange le papa : il l'attend et le goûter est commun. Et quand le papa va travailler, Félix va faire d'autres choses, on lui précise quoi.

Dès que la période de travail est finie, on le lui précise ou encore papa fait une pause de 10 minutes en disant « je descends, mais je remonterai à telle heure ».

Bon, ce n’est pas toujours rose pour moi et pour le petit, je m'adapte et je me dis que l'enfance passera très vite, trop vite. J'essaie de faire pour le mieux pour tous les trois.

Par contre, si le petit est malade, cela nous permet éventuellement d'aller tous ensembles chez le médecin et de mieux s'organiser. Nous avons quelques moments ensemble en journée (le midi, le goûter, le dîner), cela compense le nombres d'heures de travail. Par contre, il nous faut quitter la maison coûte que coûte certains mercredis pour que le papa puisse travailler sereinement. C’est donc difficile pour tous, par certains côtés, mais qui sont compensés par d'autres.

Lise A.-G., 1 enfant


Avant la naissance de mon fils, j'étais professeur de dessin. Puis mon fils est né et tout a changé, je ne pouvais pas me résoudre à le faire garder, je voulais m'en occuper 100 % du temps pour ne rien rater des moments avec lui.

J'ai commencé par vendre des écharpes de portage et des portes-bébés chinois que je fabriquais, puis les normes de sécurité devenant de plus en plus exigeantes, j'ai cessé cette activité. À cette époque, Imran avait 1 an et faisait ses premiers pas. J’ai parcouru les boutiques de ma ville, puis celles présentes sur internet et j ai découvert une marque aux Etats-Unis, qui semblait correspondre à mes critères. Ce fut le cas ! Cette marque n’étant pas présente en France, je leur ai proposé d'être leur revendeur pour les clients français. Ils ont accepté et c'est comme ça que Petits pas de géant a commencé.

Cela fait maintenant un an que je travaille en ayant une boutique sur internet. Bien sûr, Imran passe ses journées avec moi. Il connaît maintenant le nom de la plupart des modèles. Au début, je profitais de ses heures de sieste pour travailler, mais la masse de travail grandissant et les heures de sieste diminuant, j'ai été obligée de chercher des solutions pour le faire participer.

Maintenant nous avons trouvé notre petit rythme : il tamponne les enveloppes et adore ça ! Il m'apporte les chaussures que je lui demande (quand il veut bien coopérer ! ). Il connaît maintenant toutes les couleurs car on a beaucoup "joué" et on "joue" encore à nommer les couleurs des chaussures. Souvent je le laisse jouer avec et il les classe par couleurs, ou par modèles. Un vrai jeu d'éveil !

Chaque jour, il m'accompagne à la poste. On discute avec les employés. Nous avons déjà visité les locaux et Imran a même pu timbrer et tamponner le courrier du jour, il était très fier.

Je suis heureuse de partager ses moments avec mon enfant, il connaît mon travail et cela l'éveille au monde des adultes. Je pense que c’est un enfant qui s'adapte facilement et qui n'aura pas peur de s'adresser aux adultes et de poser toutes les questions qu'il veut.

Quand je fais des salons, Imran joue beaucoup et aime rencontrer du monde. Il passe de stand en stand, il fait beaucoup rire les adultes présents. Et quand il est fatigué, il s'endort porté dans mon dos.

Généralement, les adultes que nous rencontrons sont étonnés que je ne fasse pas garder Imran pendant mes heures de travail, mais je n’ai pas fait un enfant pour le faire garder par quelqu'un d'autre et je pense que c'est de ses parents dont mon fils a besoin. J'ai préféré faire un choix de vie différent pour passer du temps avec mon enfant.

Mais, parfois, je trouve difficile de travailler avec lui. En particulier quand je reçois les cartons de stock et que, pendant que je trie pour tout vérifier, Imran trie aussi de son côté, mais à sa façon.. .Les nerfs sont mis à rude épreuve ! Quand je suis au téléphone avec des fournisseurs ou des clients, c'est souvent le moment où il a le plus besoin de moi. C'est très difficile de se concentrer sur un email ou sur un suivi de commande quand on doit s'interrompre cinq fois car il a soif, puis faim, puis envie d'aller aux toilettes, puis n’arrive pas à sortir un jouet... Il m'arrive de m'énerver après lui alors que c'est le travail qui m'a énervée. C'est dur de séparer la vie de famille du travail, et je me laisse souvent déborder par ce dernier.

Mais je préfère cette situation où je reste avec mon fils chaque jour tout en travaillant. Peut-être que lui aussi décidera un jour de créer sa propre entreprise. J'espère donner à mon enfant le goût du travail et du contact, mais aussi et surtout de l'amour au quotidien.

Maud L.-A., 1 enfant


Avant la naissance d'Ilona, maintenant 4 ans, c'était une évidence pour moi : je ne pouvais en aucun cas la laisser et louper les étapes si importantes de son épanouissement. De plus, ayant toujours voulu travailler avec des jeunes enfants, une solution idéale s'offrait à moi : devenir assistante maternelle. Je peux profiter de ma famille et être à l'écoute de leur besoins à tout moment et je permets au petits bouts que je garde de retrouver un petit air de chez eux.

Alicia X., 2 enfants et 2 en garde


Moi, c’est Sophie-Céline, j’ai 37 ans et je suis maman de 4 garçons qui ont respectivement 16 ans, 13 ans, 5 ans et 18 mois. Mon métier, c’est la gérance de tutelle, après 15 ans dans l’immobilier en tant que gestionnaire de patrimoine. J’ai un bac +3 DNTS profession immobilière. La gérance de tutelle qu’est-ce que c’est ? C’est la gestion au quotidien des personnes majeures déclarées incapables par la justice. Gestion financière, sociale, juridique, etc. En résumé, c’est la prise en charge partielle ou totale de la vie du protégé. Il y a un téléfilm avec Roland Magdane sur la 3, qui traite de ce métier. Bon les conditions réelles ne sont pas aussi idylliques que pour lui, mais c’est plutôt bien fait.

Il y a 2 ans, lorsqu’il a été question de reprendre mon activité salariée aux 3 ans de Jolan, mon mari a voulu un autre bébé, et moi je ne voulais surtout pas rester mère au foyer, mais je ne voulais pas non plus reprendre un job à plein temps et avoir un employeur. Dur de vouloir concilier les deux. Alors j’ai cherché et avec l’aide de ma grand-mère qui m’a donné l’idée, je me suis dirigée vers ce métier, qui conciliait tout ce que j’aimais : le juridique, la compta, l’administratif et avec le côté social qui manquait singulièrement dans mon ancien job. Je pouvais en plus exercer seule, sous le contrôle des juges, en décidant du nombre de dossiers que j’acceptais.

L’organisation au quotidien : les deux grands vont au collège et Jolan à l’école maternelle. Les mardis et jeudis sont consacrés à mon métier. Ylian va donc chez sa nounou de 8 h 45 à 17 h 15 et Jolan reste à la cantine ces deux jours-là. Je profite de ces deux jours, pour me consacrer en priorité à mes rendez vous extérieurs. Visite des protégés, rendez-vous chez les juges, les autres rendez-vous sont très divers. Bailleurs sociaux, assistance sociale, agence immobilière, société de nettoyage, etc. Lorsque mes rendez-vous extérieurs sont finis, je m’occupe de toute la partie administrative. Tenue des comptes de protégés, réponse à leurs courriers, règlement des factures, etc.

Je ne peux pas dire que je ne travaille que deux jours par semaine, puisque je dois être joignable chaque jour. Je réponds aux appels téléphoniques toute la semaine, et je peux avoir à gérer des urgences n’importe quand. Par contre, si Jolan a une sortie avec l’école un mardi ou un jeudi, je peux décider de m’y consacrer. M’organisant comme je veux, il m’arrive régulièrement de travailler sur la partie administrative qui ne demande pas de contact avec l’extérieur, en soirée. La constante qui revient tout les jours, c’est le passage obligé à ma boîte postale et l’ouverture du courrier destiné à mes protégés. Je suis obligée de le lire au jour le jour, pour réagir en cas de problème. Donc le matin, avec Ylian nous déposons Jolan à l’école et nous passons à la poste. De retour à la maison, il s’installe sur mon bureau, vide mes tiroirs, fait des dessins, et moi j’ouvre, lis, classe et traite si nécessaire les lettres reçues. Une fois cela terminé, nous quittons mon bureau qui est situé au rez-de-chaussée de notre maison, pour monter dans la salle à manger et vaquons à nos occupations.

Pendant la sieste d’Ylian l’après-midi, si j’ai des dossiers à gérer, je le fais, sinon je m’occupe de l’association dont je suis la présidente (Petit d’homme naturellement), ou du secrétariat d’une autre association.

Il m’arrive régulièrement d’être à la sortie de l’école ou les mains dans la vaisselle en même temps qu’au téléphone avec ou pour un protégé, mais tout comme il m’arrive d’être en rendez-vous extérieur et de faire un saut au marché pour faire les courses… Et j’avoue que j’aime cette liberté.

À partir de 17 h 30, je branche les répondeurs et je n’écoute que les messages, que je traite s’il y a urgence.

À mon sens, ça se passe plutôt bien. Je suis épanouie par mon travail que j’adore et par mes enfants dont je peux profiter dans les limites qui me sont propres (je sais, ça fait très mère indigne, mais je ne pourrais pas être avec eux, 24 h sur 24, j’ai besoin d’un lien social et intellectuel avec l’extérieur, et d’un endroit ou je ne suis pas « Maman », mais juste Sophie-Céline). Je ne peux pas parler pour les garçons, mais ils m’ont l’air d’être des enfants épanouis, aussi contents de rentrer à la maison, que d’en sortir.

Le regard extérieur est, me semble-t-il, plutôt bienveillant. Les gens qui ne connaissent pas mon métier et qui n’ont comme approche que ce qu’ils ont lu dans les journaux, me prennent, au même titre que les banquiers, les assureurs, les garagistes, pour un escroc en puissance qui va détourner l’argent de ses protégés… Mes amis pensent que je suis faite pour ça. Beaucoup de mamans à la sortie de l’école m’envient de pouvoir concilier les deux. Certains s’imaginent que je n’ai pas grand-chose à faire… Et ceux qui ne me connaissent pas ne savent même pas que je travaille, puisqu’ils me voient à chaque sortie d’école. Et, bizarrement, le regard peu sympathique sur les mamans au foyer, je ne le ressens plus, les gens ne me regardent plus comme ça. Pourquoi ?

Qu’est ce que ça m’apporte ? Financièrement, pour l’instant rien, ça me coûte plutôt de l’argent. En effet, les gérants ne sont payés que tout les 18 mois en moyenne, après accord des juges, sur un rapport de gestion pour une année écoulée, et comme j’exerce depuis juillet 2006… Mais au delà de ça, une vrai passion pour ce métier. Une réelle estime de soi d’avoir été capable de créer sa propre entreprise. Un challenge intellectuel car il me reste de nombreux domaines ou je dois parfaire mes connaissances. Une liberté presque totale dans la gestion de mon temps et ça n’a pas de prix. La chance de ne plus passer des heures dans les transports en commun. Une indépendance financière (ok, pour l’instant toute relative, mais bon, ça ne devrait pas durer) par rapport à mon mari. Je viens d’une famille où les femmes ont toujours travaillé et ont toujours contribué au même titre que leur mari (ou compagnons) à faire bouillir la marmite, alors j’avoue que c’est vraiment ce qui me posait le plus de problème dans l’idée d’être mère au foyer. Ne pas pouvoir prendre mes fils sous le bras et m’en aller, si un jour là nécessité sans faisait sentir. Des choses à raconter à ma famille quand nous sommes tous à table le soir. Et comme je suis bien dans ma tête, une vie de famille plus zen.

Ce que cela apporte aux garçons : les avantages d’une maman à la maison, sans les inconvénients d’une maman qui travaille et qui rentre fatiguée après ses 8 heures de boulot et ses 3 heures de transport.

Sophie-Céline M.-C., 4 enfants


Je suis traductrice littéraire et je travaille donc chez moi. Depuis la naissance de mon fils en février 2006, je me suis débattue pour continuer à travailler avant de déchanter : c'est très difficile, beaucoup plus que ce que j'avais envisagé. Malgré la présence d'une baby-sitter deux heures par jour quatre jours par semaine, difficile de se concentrer sur un travail comme celui-là.

Cela pose des tas de questions, du coup, et ça oblige à prendre conscience du maternage que l'on désire pour son bébé : quelle place pour lui dans notre vie "d'avant", quelle place pour une vie professionnelle quand on est maman à plein temps, quel partage des rôles quand c'est le papa seulement qui gagne l'argent de la famille, quel regard extérieur, comment dire à un client potentiel que son projet ne passe pas avant tout le reste dans ma vie...

Je n'ai pas encore abandonné l'idée de travailler tout en élevant mes enfants (j'espère qu'il y en aura d'autres bientôt) mais il faut se faire à l'idée que ce sont des ajustements quotidiens, un équilibre à trouver. Toutes choses qu'on ne connaît pas quand on travaille "à l'extérieur". Mine de rien, j'ai quand même réussi à publier deux livres depuis la naissance de Samuel ! Alors on continue... comme on peut, certains jours étant plus faciles que d'autres. Et parfois aussi je me prends à rêver de faire un autre métier où mon fils pourrait participer un tant soit peu, ne serait-ce qu'en voyant ce que je fais. Parce que le dialogue avec un ordinateur, ça ne lui parle pas beaucoup, apparemment... alors qu'il est fasciné par les tâches ménagères quotidiennes. C'est peut-être plus facile quand on pratique quelque chose qui se prête à l'imitation chez l'enfant.

Pascale R.-G., 1 enfant


Je garde trois fillettes de 9, 6 et 2 ans dans une famille. J'emmène Octave, mon premier-né de trois mois, avec moi. Je réalise ce dont rêvent toutes les mamans : travailler sans se séparer de son enfant. Même si la barre est haute ; je ne dois pas léser les enfants que je garde au profit de mon bébé. Cependant, elles sont plus grandes, donc leurs besoins peuvent attendre plus longtemps qu'un nourrisson qui hurle qu'il veut téter! Le plus dur, c'est de se partager en 4 alors que j'ai pu me consacrer à mon bébé durant mon congé maternité. Au quotidien, l'écharpe me sauve, je porte mon bébé sur mon dos et parfois je l'allaite aussi dans l'écharpe. Je suis multi-tâches ! Pour les filles, c'est une bonne chose aussi : ce sont des futures mamans, elles s'identifient à moi. Elles allaitent et portent leurs poupons, c'est trop mignon !

Amélie M., 1 enfant


Je travaille en présence de mes enfants, surtout des tous petits, mais les plus grands peuvent "apparaître" quand bon leur semble. Je suis professeur de danse (rock et danses de salon) e nous possédons un club avec mon mari, qui donne des cours et qui, en plus, gère la salle.

Quand j'ai besoin de donner un cours, je mets le bébé en écharpe et nous allons danser ensemble. Bien souvent, le bébé s'endort et ça se passe très bien !

Au début, c'est moi qui avait un doute sur la "faisabilité" de la chose, je ne voulais pas mélanger ma famille, mon travail, mes élèves, notre vie privée... mais comme j'ai souvent dû reprendre le travail rapidement, il a bien fallu qu'on se décide. Comme il est hors de question qu'on fasse garder un petit de 1 mois, la solution s'est imposée : on le prend avec nous.

Au début, je m'excusais presque, puis mon mari m'a affirmé sa position : si ça ne plaisait pas, les gens que ça dérangerait s'en iraient et nous garderions que les gens qui comprennent ! Finalement, le bébé (j'ai dansé avec 3 de mes 4 enfants) est toujours devenu la mascotte du club, personne ne nous a jamais fait de remarque désobligeante, bien au contraire. Les gens sont plutôt admiratifs, contents de voir un bébé, ils ont très souvent un petit geste, une pensée, pour le bébé. Je ne pourrais pas envisager les choses autrement étant donné que je suis incapable de faire garder un bébé aussi petit.

Physiquement, c'est quand même beaucoup plus dur, même si ça l'est moins que pendant la grossesse (je travaille très tard pour garder du congé maternité plutôt après). Ce mode de fonctionnement m'apporte une sérénité pendant mes cours, de savoir que mon tout petit est là, à côté de moi. Par contre je pense que, pour le bébé, c'est vraiment très enrichissant, déjà parce qu'il n'a pas à vivre une séparation d'avec sa maman, et en plus il rencontre plein de gens. Ma petite qui a donc maintenant 3 mois regarde partout autour d'elle, quand elle est en écharpe avec moi pendant mes cours. Elle fait du charme à mes élèves, qui le lui rendent bien par toutes les petites attentions qu'ils ont pour elle.

Chris L., 4 enfants


Je suis comédienne / chanteuse de comédies musicales et je finis actuellement l’écriture d’un nouveau spectacle, Jusqu’aux dents, qui mettra en scène des femmes enceintes (avec un clin d’œil au portage !). Ma fille, Anna, a deux ans et je l’ai régulièrement emmenée avec moi sur mon lieu de travail.

Récemment, elle est venue tous les jours, pendant deux mois, à des répétitions. Je dois dire que j’ai eu plus de mal à me concentrer, mais l’expérience a été très positive. Pour elle, cela a été très stimulant, elle a adoré cet environnement musical. D’ailleurs, elle se précipitait sur son manteau lorsque je lui disais que nous allions partir au travail. Elle est plutôt indépendante, donc elle sait s’amuser pendant que je travaille. Si elle a besoin de moi, je la prends en écharpe. Elle est habituée, depuis toute petite, à ce que je bouge beaucoup en l’ayant en écharpe, même s’il s’agit de pas de danse.

J’ai pris l’habitude de demander s’il était possible que j’amène Anna. La plupart du temps, cela se passe très bien, même s’il m’est arrivé que des collègues me demandent de ne plus le faire, car cela gênait leur concentration. Parfois, je sens que ce n’est même pas la peine de demander. Il est courant que je ressente une hésitation lorsque je parle de venir avec ma fille. Les gens n’ont pas l’habitude. Je propose souvent de faire une journée à l’essai. Cela rassure tout le monde et ils peuvent voir, concrètement, que tout va bien. D’ailleurs, lorsqu’on a déjà plusieurs expériences réussies, c’est plus facile. On peut dire que cela a bien marché dans tel et tel contextes. Sinon, comme je dispose d’un piano, je propose souvent mon propre domicile pour les répétitions musicales. Cela me permet de ne pas faire garder Anna, voire de proposer aux autres membres de la troupe d’amener leurs enfants.

Finalement, j’arrive souvent à l’emmener aux répétitions. Lorsqu’on est au début de la mise en scène, c’est également possible, notamment grâce à l’écharpe. Il n’y a que sur les plateaux que je ne suis pas rassurée, parce que je ne peux pas garder un œil sur elle en permanence et rester concentrée en même temps ! Il m’arrive alors de lui trouver une baby-sitter qui vienne sur place. Pendant que je suis sur scène, ma fille s’amuse dans les loges ou d’autres parties du théâtre. Nous ne sommes donc séparées qu’un minimum de temps. Je me souviens en particulier d’une tournée où j’avais trouvé un formidable baby-sitter, au look peu conventionnel (punk) et qui avait adoré promener ma fille en écharpe ! Il me semble que si Anna n’est pas du tout sauvage, c’est grâce à ces expériences.

Mon entourage réagit souvent en me disant qu’ils n’oseraient jamais emmener leur enfant. Et lorsqu’ils voient comment cela se passe, ils pensent que ma fille est vraiment très sage. Je crois juste qu’elle est habituée à me suivre partout. J’ai repris le travail lorsqu’elle avait deux mois. J’ai eu la chance de jouer tout près de chez moi à ce moment-là. Elle a fait toutes les répétitions dans l’écharpe. Ensuite, je la faisais téter juste avant de partir au concert et je rentrais dès le spectacle terminé pour ne pas rater la tétée suivante ! Le maternage proximal a été un atout dans notre cas et le portage, en particulier, a rendu possible cette proximité au travail.

C’était très simple lorsque Anna était bébé, elle restait contre moi la plupart du temps. Lorsqu’elle est devenue un peu plus mobile, mais pas encore de manière indépendante, nous avons traversé une période plus difficile : elle avait besoin de moi pour se déplacer et je ne pouvais pas toujours m’en occuper. Ensuite, elle a acquis de l’indépendance et je trouve à nouveau simple de travailler avec elle. J’ai tendance à penser que plus elle grandira et plus ce sera facile. J’ai un jour travaillé avec un metteur en scène qui venait accompagné de sa fille de huit ans. Elle dessinait, lisait et donnait son avis sur la mise en scène !

Nous avons vraiment fait le choix de passer autant de temps que possible auprès de notre fille. Mon mari est compositeur et dispose aussi d’une certaine souplesse dans son planning. Il arrive que ce soit lui qui s’occupe d’Anna et, parfois, il me l’amène sur mon lieu de travail. Néanmoins, il reste un grand dilemme : quand on me propose un travail où il n’est absolument pas admis que je vienne avec ma fille. La proposition peut être très attirante, il faut bien prendre les finances en compte également, et en même temps je souhaite tellement profiter des premières années d’Anna. Après tout, elle passera tant de temps à l’école par la suite !

Alyssa L., 1 enfant


J’ai quitté l’IUFM où j’étais enseignante, pour m’occuper de mes enfants. Je n’ai pas pour autant abandonné toutes mes activités professionnelles et je travaille à la maison à temps partiel. J’y consacre environ un à deux soirs par semaine, en travaillant très tard s’il le faut. Il me faut aussi m’organiser pour aller à des réunions à l’extérieur.

Je travaille pour plusieurs petits éditeurs, j’organise un grands concours de géographie et je suis responsable d’un site internet présentant les programmes de visites guidées dans Paris. Je travaille d’ailleurs actuellement à la réalisation d’un guide de Paris, qui sera basé sur la base de données du site. Je fais aussi des traductions.

En fait, j’ai gardé tout ce que j’aimais le plus faire, c’est un critère très important. J’accepte un travail s’il peut me procurer une satisfaction intellectuelle. J’ai peu à peu lâché tout ce qui ne me motivait pas assez. L’idée est que cela ne rentre pas en concurrence avec le temps que je veux passer avec mes enfants. Si on me propose un travail qui me demanderait trop de temps, je n’hésiterais pas à le refuser. Si on me proposait un travail vraiment gratifiant à l’extérieur, je suppose que nous nous arrangerions, par exemple mon compagnon pourrait rester à la maison à ma place.

Lorsque j’étais encore à l’IUFM, j’y ai donné des cours avec une de mes filles en écharpe. J’ai souvent emmené l’une d’elles en réunion, lorsqu’elles étaient petites et que je me refusais à les faire garder. En petit comité, avec souvent des collègues masculins, cela peut paraître difficile d’avoir un bébé, qui tête dans l’écharpe, mais cela s’est toujours bien passé.

Concrètement, je commence ma journée en répondant aux demandes de mes enfants. Lorsqu’elles sont occupées, alors, seulement, je me mets à mon travail. Et puis, je mets à profit des moments divers. Par exemple, lorsque Lila me réveille la nuit parce qu’elle veut téter, je ne vois pas ça comme un problème, mais comme une opportunité d’affiner mes réflexions. C’est enrichissant. Je peux aussi trouver les mots clés d’un texte à écrire alors que je suis en train de faire la cuisine auprès de mes enfants, je n’ai pas besoin d’être isolée pour cela.

Claudia R., 3 enfants, non scolarisés


Je suis sage-femme libérale. Je me suis organisée pour avoir une nounou à la maison (je vis à l'étranger, c’était pour moi facile et pas cher).

Côté difficultés, je suis déconcentrée quand j'entends mon bébé chouiner ou pleurer. De plus, la plupart des personnes pensent que je ne travaille pas, vu que je travaille à la maison…

Par contre, c'est un gros avantage de pouvoir être tout près en cas de problème, et en même temps, j'ai besoin d'avoir une activité intellectuelle. L’allaitement à la demande est aussi beaucoup plus facile que si j’étais à l'extérieur. Pour mon bébé, maman n'est pas loin, et entre les rendez-vous, on peut se voir et profiter l'une de l'autre (tétées, jeux, câlins).

Sophie D., 1 enfant


J'ai créé mon bureau d'études acoustiques, avec un associé. Celui-ci étant mon frère, les conditions de fonctionnement de l'entreprise ont toujours été claires : les enfants d'abord. L'entreprise étant récente, elle se trouve pour le moment à mon domicile, dans une chambre transformée pour l'occasion en bureau. Elle déménagera dans une dépendance de ma maison à l'automne.

Mon mari ayant beaucoup de disponibilités dans son travail, il s'occupe beaucoup des enfants. Jusqu'à récemment, les jours où il travaillait, je tâchais de concilier mon travail et mes enfants (je travaillais tôt le matin, puis m'occupais d'eux jusqu'en début d'après midi où l'un va à l'école et l'autre à la sieste, puis à partir du réveil du petit, je stoppais à nouveau mon travail). C'est difficile de jongler ainsi car je ne peux pas toujours gérer les urgences de la journée. Nous avons donc décidé que le petit irait en crèche certains des jours où leur papa travaille. Nous concilions ainsi mon besoin de temps et une demande de collectivité du petit qu'il exprime depuis quelques mois. Il ne s'agit pas de le mettre tous les jours à la crèche mais 2 à 3 demies journées par semaine maximum.

À l'automne, nous changeons de bâtiment parce que nous avons besoin de place pour travailler. Je verrais sans doute moins les enfants mais tout en restant vraiment à portée de main puisque je serai de l'autre côté de la cour. Ce sera aussi pour moi la possibilité de vraiment couper avec l'entreprise le soir et le week-end pour être 100 % avec eux.

Le regard extérieur ? À vrai dire, je n'en sais rien... Je ne me suis pas posé la question et pour tout dire je m'en fiche ! Je suis habituée depuis longtemps à ce qu'on me regarde comme une extra-terrestre avec mes enfants (accouchement à domicile, allaitement long, portage, éducation non-violente, écoute active, accompagnement émotionnel, etc. ) !

Ça m'apporte la possibilité d'être là, même cinq minutes pour un câlin, de les entendre vivre, de pouvoir partager certains moments avec eux alors même que je suis officiellement "au travail"...

Pour les enfants, je pense que ça a été moins difficile de me voir reprendre ainsi une activité professionnelle. Malgré tout je suis là, même si je suis moins disponible. Ça les a beaucoup rapprochés de leur papa aussi, je pense. La difficulté pour eux est que je sois là mais pas disponible (au téléphone, sur un dossier important et urgent...), mais ils comprennent petit à petit que s'ils attendent un peu, je suis là.

Pour moi c'était une condition sine qua non pour reprendre une activité professionnelle. Il n'était pas question que je parte de 7h à 19h et perde ainsi le lien avec mes petits.

Christine D., 2 enfants


J'avais longuement réfléchi pendant la grossesse : je n'étais pas prête à laisser tomber mon travail, parce que j'avais investi beaucoup d'énergie dans ce projet, mais il n'était pas question que je laisse mon fils dans une garderie. Mon conge maternité était court, mais j'avais accumulé pas mal de congés payés, j'ai donc décidé de reprendre mon travail à temps partiel (3 jours / semaine) en me servant de ces congés (je suis chercheur en sciences cognitives).

C'est un article de Mothering Magazine qui m'a décidée à tenter l'aventure suivante : je travaille au maximum depuis la maison, et quand je dois me déplacer au bureau, pour des réunions par exemple, je viens avec mon bébé. Mes collègues sont généralement bienveillants quand je viens avec Lupin. Je leur en ai parlé avant, et je leur ai demandé de me le dire sans hésiter si ça leur posait problème. Je fais attention à ce que leur espace de travail soit respecté. Au début, j'embauchais une baby-sitter quelques heures par semaine, et la baby-sitter me retrouvait sur le campus pour garder mon fils pendant les réunions. Ainsi, je pouvais m’interrompre si mon bébé avait besoin de moi, et maintenir aussi un allaitement exclusif.

Au début, ça a été très chaotique, et je me suis souvent dit que c'était impossible. Mais j'ai fini par trouver mon rythme et l'autodiscipline nécessaire pour abattre du travail depuis la maison. Lorsque mon fils a grandi, j'ai éprouvé le besoin d'avoir une personne présente à nos côtés tous les jours, et nous avons eu la chance de tomber sur une nounou dont le mari fait un métier proche du mien. Elle est non seulement une nounou extra pour mon fils, mais en plus je me sens vraiment soutenue. Mon fils vient me voir quand il le souhaite, je reste dans la pièce à côté. Ainsi, à un an, il est majoritairement allaité, je peux réagir tout de suite s'il semble malade, et nous avons pu maintenir notre chemin d'hygiène naturelle. J'ai aussi la satisfaction de réduire mon empreinte écologique (moins de transports) et les coûts (essence, parking, etc.) liés au travail. Enfin, la souplesse d'horaire me permet de dégager du temps pour faire une journée de bénévolat par semaine a l'école de ma fille (avec mon fils dans le porte-bébé).

Fabienne C., 2 enfants


En tant qu’animatrice LLL, j’ai pu bénéficier d’une formation continue pendant deux ans. Cela signifie que je partais pendant des journées entières, avec mon fils en écharpe. Nous prenions le métro et le RER, passions la journée en réunions, avec un déjeuner sur place. Alex jouait devant moi pendant que j’écoutais la formatrice. Il est clair que La Leche League a un regard bienveillant sur le fait de venir avec son bébé, ce qui est un grand avantage.

Mes fils ont toujours été présents pendant mes activités d’animatrice également, que ce soit les réunions d’allaitement ou de portage, même s’ils ne veulent pas forcément servir de modèles dans l’écharpe ! J’ai également assisté à de nombreux congrès et conférences, avec l’un de mes fils en écharpe.

Je me souviens d’une AG d’une association où il était interdit d’amener ses enfants. Je l’ai fait quand même, je suis venue avec mon bébé. Une autre maman avait emmené son nouveau-né, mais elle n’avait pas la même philosophie de maternage que moi. Les personnes présentes se relayaient pour promener son enfant dans le couloir, et celui-ci hurlait d’autant plus d’être séparé de sa mère. Mon fils, lui, était tranquille, tout près de moi, tétant et babillant doucement dans l’écharpe.

Où que j’aille, que ce soit chez l’avocat, le médecin, le dentiste, l’esthéticienne, j’ai toujours emmené mes fils avec moi. Et depuis que je fréquente les mères qui pratiquent un maternage proximal et que je participe aux réunions et rencontres dans ce milieu, je ne connais même plus de monde où l’on n’est pas accompagné de ses enfants !

Charlotte Y., 2 enfants


Lorsque j’ai eu l’occasion de reprendre mes études à la fac, j’avais déjà une petite famille et un deuxième bébé en route. Impossible de décaler l’un ou l’autre, il fallait s’organiser en conséquence. Quand mon bébé est né, je l’ai donc emmené avec moi pour suivre les cours (un DU en 3 sessions d’une semaine). Elle avait 2 mois ½ lors de la première session. Elle restait contre moi, dormait et tétait dans l’écharpe, ou regardait autour. Deux mois plus tard, on a recommencé. Mais là, elle papotait déjà un peu plus et demandait davantage à bouger. On se promenait souvent au fond de la salle lors de ses moments d’éveil, moi un calepin en main pour prendre des notes. Lors de ma dernière session, elle avait plus de 6 mois. Trop bavarde pour un cours en amphi, son papa la gardait et la promenait. Et quand arrivait l’heure de la tétée et de la sieste, il me la ramenait, je l’installais dans l’écharpe au sein et continuais mes cours. J’ai été agréablement surprise de voir comme nous avons toujours été bien accueillis par l’ensemble des participants et orateurs. Sa présence n’a jamais dérangé, et quand elle gazouillait, elle récoltait des tonnes de sourires. Quant à moi, j’ai pu me lancer dans cette aventure au pied levé, sans me soucier d’une quelconque adaptation ou d’une séparation. Et l’avoir contre moi ne m’a jamais perturbée pour écouter mes cours, au pire c’était un peu moins confortable quand je prenais des notes debout. La participation et le soutien du papa m’ont aussi été d’une grande aide.

Martine V., 2 enfants


« Lorsque j'avais une « activité professionnelle » - je suis sage-femme -, il me fallait la mettre en priorité sur d'autres choses. Du moins, c'est ce que l'on attendait de moi. Mais, progressivement, évoluant dans ma pratique, et répondant aussi aux spécificités de ma patientèle, d'autres façons de faire se sont mises en place, tel que de faire participer mes enfants dans mes activités. Ainsi, j'emmenais fréquemment mes enfants en consultation extérieure, ou je les laissais vivre ou circuler dans la pièce, chez nous, ou je « faisais consultation ». Lors des enfantements, avec l'autorisation expresse des parents, et si les circonstances le permettaient, un de mes enfants pouvait aussi venir avec moi.

La question : les activités d'un sage-femme, telles que je les pratiquais, forment-elles un travail ?… au même titre qu'être parent au foyer : est-ce un travail ? Ou bien tout cela représente-t-il la vie, une continuation, une organisation au chacun à une place... ? Poser la question en ces termes-là, bien sur, c'est y répondre.

Lorsque nous nettoyons le salon, par exemple, il est mal venu que les enfants continuent à y circuler ou à y vivre (jouer, travailler...), ou alors, c'est pour donner un coup de main, participer à l'activité. Et bien, oui ! le mot est lâché : il s'agit plutôt d'une « activité ». Mais si un des paramètres de l'activité est le temps, comprenant une certaine forme de rentabilité, d'efficacité, il est clair, alors, que l'on se rapproche de la définition du « travail ».

Si une consultation prénatale consiste avant tout à « prendre des paramètres », dont certains dans l'intimité de la femme, et à remplir un dossier, il y a peu de place pour un enfant ! Être accompagné d'un de mes enfants était aussi une façon de dire/montrer que les enfants ont leur place dans la Naissance. Non pas un enfant « voyeur » comme peuvent l'être des adultes vaguement concernés par l'événement, mais comme partie intégrante d'un événement de vie. Toutefois, bien sur et c'est logique, il y a des moments/actes durant lesquels les enfants sont un peu écartés. La femme, l'homme ou le couple, pouvait estimer nécessaire de traiter d'un sujet particulier en « privé » -- au même titre que la femme se retire pour remplir un pot d'urines !

Il est arrivé quelques fois que je me fasse accompagner de mon plus jeune enfant en allant à une consultation prénatale pour une première grossesse. La présence de mon bébé déclenchait toujours des réactions. ÉEtait-ce qu'il projetait la femme et l'homme dans leur propre futur plus ou moins proche ? En les recevant chez moi - je n'avais pas de cabinet de consultation -, ils pouvaient voir notre forme d'organisation familiale...

Dans ma famille, chaque personne conserve, bien sur, sa vie privée... « cloisonnant » les thèmes selon ses propres prérogatives, priorités... de manière variable dans le temps et les circonstances. Je dirais qu'il suffit qu'une personne se mette en retrait pour qu'elle soit automatiquement respectée.

De nombreuses familles que j'ai rencontrées professionnellement sont devenues des amis de notre famille, selon les atomes crochus des uns et des autres. Certaines familles le sont restées. Pour les autres, les rencontres se sont faites moins fréquentes quelques semaines après l'enfantement, pour ne plus se voir que de temps en temps (soit en cas de problèmes, désir de « revivre » l'événement ou autres occasions, comme de me présenter une autre famille).

La surface géographique que je couvrais était assez importante (depuis le fond des Ardennes belges jusqu'a Lille) : les distances kilométriques ne permettaient pas de se voir souvent. Ceci explique peut-être aussi cela. Il m'est difficile de concevoir un temps de « consultation » d'une demi-heure après un déplacement d'une heure et demi (x 2) ! Me rendre dans une autre contrée durant autant de temps était aussi l'occasion de voyager avec mes enfants, voire aussi avec ma compagne. Si elle nous accompagnait, ce pouvait être parce qu'elle connaissait déjà la famille, accrochait avec l'une ou l'autre personne, ou bien elle allait se promener le temps de la consultation proprement dite. Nous prenions alors le temps de goûter ou de souper ensemble.

À propos du cloisonnement adultes - enfants. Dans notre société, on a souvent l'idée que certaines affaires n'intéressent pas ou ne devraient pas intéresser les enfants... avec une variabilité en fonction de leur âge ou de leur maturité. Comme si la vision des adultes sur un sujet était la seule possible ou appréciable. Pour ce qui concerne mes activités, n'est-il pas logique de se dire que si ce couple-là attend un bébé, cet enfant-là attend, lui, un frère ou une sœur ? Sa vie, autant que celle des parents, va être changée. J'ai souvent observé qu'un enfant de quelques années percevait nettement plus tôt que la mère elle-même qu'elle était enceinte. Bien sûr, cet enfant ne peut pas formuler le nouvel état ; il le reçoit et réagit. Ce faisant, il crée une ambiance différente.

Entre homme et femme aussi, on peut s'apercevoir de nombreux cloisonnements plus ou moins artificiels (sociétaux ?). Je sais que cela existe, mais j'ai vraiment du mal à imaginer comment fonctionne un couple dans lequel, par exemple, ils ne parlent de leurs « particularités » intimes. Ainsi, je n'ai jamais compris pour quelles raisons (autre que diviser pour mieux régner) il est question d’« affaires intimes » de la femme (cela laisse peut-être d'avantage de place à certaines professionnelles... ?! Je n'ai jamais rencontré une situation dans laquelle les personnes, individuellement, étaient gagnantes à dissimuler au partenaire leurs préoccupations. Bien au contraire. Le silence entre partenaires a très mauvaise odeur ! L'autre le sent, donc et... ne peut plus qu'interpréter avec ses propres paramètres et donc la plupart du temps : se tromper, exagérer, minimiser... Pour de très nombreux sujets, il en est de même entre adultes et enfants. La pudeur est une chose. Mais faut-il se laisser dominer entièrement par de tels sentiments ?

Il est important que je précise que la majorité des familles que je rencontrais avaient comme projet de vivre la naissance en présence de leur(s) enfant(s) aînée(s). Cela dans une pièce différente de la maison ou de l'appartement ou en leur laissant l'entière liberté de décider à chaque moment. Était-ce une mode, une réaction à ce qui se pratique habituellement, ou déjà un mode de vie ? Nombreuses étaient les familles qui vivaient ce que l'on nomme le co-couchage, ou la chambre commune ou familiale. Des lors, n'était-il pas important que les enfants assistent la majorité du temps à nos conversations, qu'ils puissent entendre et ressentir les émotions de leurs parents ? Bien souvent, durant ces conversations, qui abordaient des sujets parfois « sensibles », je voyais les enfants aînés se rapprocher du parent qui s'exprimait, ou au contraire s'en écarter... comme s'ils sentaient ce qui était préférable. Il en est de même durant l'enfantement. J'ai quelques fois vécu des enfantements durant lesquels les enfants aînés étaient particulièrement prenants, réclamant de l'attention... pourtant cette dynamique s'est toujours arrêtée lorsque la situation devenait très intense ou qu'une légère complication était possible, nécessitant plus de vigilance.

En général, lorsque mes enfants m'accompagnaient pour des visites prénatales ou postnatales, c'était l'occasion de rencontrer les enfants de cette autre famille, celle de voyager ensemble, de faire l'un ou l'autre détour quand l'occasion se présentait, pour faire une visite chez d'autres amis, une balade... Selon les circonstances, ils jouaient ou s'occupaient à l'extérieur ou dans la même pièce que dans laquelle j'étais avec les (futurs-)parents. En leur présence, ils écoutaient parfois nos propos. Sur le chemin du retour, souvent, mes enfants me posaient des questions à propos de cette autre famille, à propos de ce dont nous avions discuté, ou autre. Qu'en ont-ils retiré précisément, je ne saurais le dire.

Les appels pour un éventuel début de travail ne collaient pas toujours avec les horaires de mes enfants. J'ai donc été très rarement pour une naissance avec l'une ou l'autre de mes enfants. Et si c'était le cas, c'était nécessairement avec l'aval des parents, bien sûr ! C'est ma fille aînée, qui avait aux alentour de 10 ans à l'époque, qui est venue avec moi. Elle en parle encore aujourd'hui, parfois, ou quand on l'interroge. Elle n'a plus que de vagues souvenirs ; c'est d'avantage l'ambiance dont elle se souvient, la dynamique. Elle compare parfois ce qu'elle y a vécu avec les parodies caricaturales, théâtralisées, ou les accouchements chirurgicaux télévisés. Qu'en fera-t-elle plus tard pour elle-même ? Elle a 15 ans, maintenant. Nous parlons très facilement ensemble des relations amoureuses, sexuelles. Nous avons longuement discuté ensemble lorsqu'il a été question pour elle de choisir un mode de protection vis-à-vis de ses écoulements menstruels. Nous abordons le sujet de la contraception. C'est la première année qu'elle va à l'école. Elle est étonnée des faibles connaissances qu'ont les jeunes de toutes ces questions, autant que des discours de ses professeurs. Elle s'étonne de l'absence total de lien entre les préoccupations matérielles dites médicales et l'affectivité, pour ce qui est de la sexualité et de la naissance. Mais il en est de même sur d'autres sujets, comme du rapport entre ces amis et leurs parents : le manque de confiance, l'autoritarisme dissimule sous ce que l'on voudrait être de la fermeté, le jeu permanent de la "carotte et du bâton"...

Ceci dit, nos enfants savent aussi ce qu'est le cloisonnement entre vie professionnelle et vie familiale. Ma compagne - leur maman travaille comme infirmière salariée dans un hôpital. Elle en parle très peu, et, sauf rare exception, nos enfants ne sont jamais restés dans les services ou elle a travaillé. Elle consulte aussi, occasionnellement, à domicile, en graphothérapie auprès d'enfants qui ont des problèmes à l'école. Elles les voit la majeure partie du temps en tête à tête.

J'imagine que pour nos enfants, chacun avait sa propre sensibilité, les expériences qu'ils/elles feront, les besoins qu'ils/elles rencontreront... trouveront la manière de vivre qui leur conviendra au mieux. »

Jean-Claude V., 5 enfants