Thierry se lève, il va prendre un douche, se rase (pour être beau pour son bébé !) et c’est à mon tour de prendre une douche. Que ça fait du bien ! Apres la douche, j’installe la chambre, je pousse le lit pour avoir la place de mettre le tabouret, j’étale les allaises par terre, je prépare les bassines, les compresses et j’installe la vidéo (et oui cette fois-ci je filme !).À 4h20, ma mère se lève (elle va assister à l’accouchement elle aussi (c’est son souhait)) et à 4h40 la sage-femme arrive enfin, je commençais à désespérer, elle nous explique qu’à cause du vent il y avait des arbres en travers de la route et qu’elle a dû faire un détour. Mais elle est là, c’est l’essentiel.... Elle m’examine et mon col est ouvert à 4 cm donc elle m’installe couchée sur le côté gauche avec la jambe surélevée pour accélérer le travail. Super efficace car à partir de là les contractions sont ingérables, douloureuses et très intenses. J’ai du mal à contenir ma douleur, mais quatre contractions plus tard ma poche perce. Pendant ce temps Thierry est allé installer les bougies dans la chambre pour une luminosité toute en douceur. 5h35 : direction la chambre, je m’installe sur le tabouret et c’est reparti. Thierry se met au milieu car c’est lui qui va réceptionner le bébé, la sage-femme est à côté et lui donne les instructions, ma mère est derrière, assise sur la "caisse a outils" de la sage-femme, elle attend, dit même à Thierry de « me le sortir ».

Trois contractions plus tard, Thierry attrape la tête du bébé, la sage-femme lui fait tourner le bébé et l’aide à dégager l’épaule. Puis je pousse une dernière fois et le bébé sort, Thierry me le met de suite sur le ventre, je suis épuisée... mais tellement heureuse que ce soit fini. Ça a été douloureux, je ne le cache pas, en poussant je me disais « je serais mieux à l’hôpital sous péridurale ! » Je dis à mon bébé « Bonjour Gabriel » et j entends « Ohhhhhhhhhhhhhhhh encore un garcon ! » : c’était ma mère. La suite est tellement mieux à la maison , on a attendu un peu que je me remette, ma mère a coupé le cordon, puis je me suis installée sur mon lit, j’ai mis Gabriel au sein, il a tétouillé, puis les enfants(que j’avais réveillés en criant) sont venu le voir, Yoann et Liam (7 et 5 ans) étaient très émus, c’était drôle de les voir comme ça, Noah (4 ans) n’a pas réagit plus que ça et Marius (2 ans), lui, a fait pleins de bisous au bébé et depuis il dit « bébé » alors qu’il ne le disait pas avant. Puis on l’a lavé et pesé : 3kg360 pour 52 cm. Finalement pour un « petit » bébé, c’est pas mal. Et voilà, Thierry a préparé les enfants pour l’école et moi je me suis endormie avec bébé sur le ventre. Une nouvelle vie venait de commencer, une vie à sept !

Gwendoline P., maman de Yoann (2000), Liam (2001), Noah (2003), Marius (AAD en 2005) et Gabriel (AAD 2007)


28 décembre 2006

4h30 : réveillée par une courte mais assez forte contraction.
5h20 : prise de la potion magique pour déclencher le travail (mon terme était dépassé de 9 jours). J’hésite fortement avant de la préparer et avant de la boire. J’en parle à mon bébé et lui explique pourquoi ce choix.
06h00 : quelques contractouillettes….et cette potion qui me sort par les yeux. Je pense n’en avoir bu même pas la moitié. Berk, berk, berk.
06h20 : je n’ai pas tout bu, je retourne au lit…
07h30 : debout, je reprends quelques gorgées de la potion, me douche pour me faire propre (au cas où). Nous déjeunons copieusement avec Tobias, les contractions démarrent aux 5 minutes, je mange mes tartines en marchant autour de la table. Je ne crois pas encore que le travail soit enclenché, j’ai déjà eu tellement de faux espoir. Nous décidons alors de faire une promenade. Une fois habillée, impossible de quitter l’appartement, il est 8h30.
8h30 : les contractions changent d’intensité, elles deviennent plus profondes et plus intenses. Je vomis tout mon déjeuner et me vide complètement. Tobias appelle Nathalie, ma sage-femme.
9h00 : Nathalie rappelle, j’arrive à lui parler entre 2 contractions, elle dit qu’elle arrive. Tobias décide de tout préparer (lit, piscine). Je m’assois sur mon ballon dans la salle de bain, en attendant que la chambre soit prête. Je me mets dans ma bulle comme Blandine, la sage-femme avec qui j’ai fait une préparation par l’hypno-natal) me l’a enseigné et je gère très bien.
9h30 : Tobias appelle Sandrine, ma doula, pour qu’elle descende de sa montagne… Elle sera auprès de moi à 10h15.
10h00 : je commence à « chanter » de plus en plus fort et profondément, les contractions augmentent encore, elles sont partout dans mon dos, mon bassin et mon ventre. À chaque vague, j’imagine mon col qui s’ouvre, ma petite puce qui fait son chemin. Malika, la 2ème sage-femme arrive à ce moment-là et décide de m’examiner. Je suis à 3 cm (seulement…je pense alors avoir encore 4-5 heures de travail devant moi) et mon col est mou, mon bébé encore haut. Vais-je tenir encore des heures à ce rythme ? Le mot « péridurale » me traverse une seconde l’esprit puis est balayé par une contraction encore plus puissante que toutes les autres.
10h15 : Sandrine arrive… J’ouvre les yeux, la vois et me sens en sécurité. Pas de grande démonstration, je reste dans ma bulle. Ce qui se passe autour de moi m’est totalement étranger.
11h00 : Nathalie arrive et m’entend chanter sur mon ballon, elle a très vite compris que la naissance n’allait plus tarder, contrairement à moi. Je me mets à pousser sans m’en rendre compte, je réponds « non » lorsque Malika me demande si j’ai envie de pousser. Puis, Nathalie me demande d’aller dans la piscine, je trouve qu’il est trop tôt, mais je lui fais confiance. Lorsque je me mets debout, j’ai l’impression que tout mes organes vont tomber tellement la tête de ma fille appuie sur mon périnée. Mais à cet instant, je ne sais pas que dans 15 minutes je tiendrai mon bébé dans les bras.
11h30 : Je suis dans l’eau, quel bonheur ! Tout s’allège, plus de pression mais des contractions toujours aussi violentes et une envie de pousser surhumaine. Je peux sentir sa tête avec mes doigts, c’est magique mais tellement effrayant. Je m’accroupis, Tobias est derrière moi. Je pousse trois fois et la tête sort, je la prends dans mes mains, c’est mon bébé ! Maintenant, il reste les épaules, je suis paniquée, paralysée, je ne pousse plus malgré les conseils de Nathalie. J’ai l’impression que ma fille ne passera jamais, que tout mon intérieur va se déchirer, je suis tétanisée.
11h45 : je reprends mes esprits et pousse une dernière fois. Ma fille est hors de moi. Elle peine à respirer tout de suite, elle est choquée d’être venue au monde si rapidement (dilatation de 3 cm à complète en une heure). Nous la stimulons, l’aspirons et l’encourageons. Elle va bien, est un peu pâle encore mais elle va bien. Je ne réalise pas que mon enfant est dehors, que je l’ai mise au monde sans aide, dans ma maison avec mon mari qui était simplement parfait. Tout au long de ce travail, mon bébé a été admirable, a toujours tenu le coup. C’est une sacrée petite fille.
12h10 : toujours pas de placenta…Nous décidons de couper le cordon pour que je puisse sortir de la piscine. Tobias prend sa fille et je vais m’allonger sur le canapé. Je demande à Nathalie de me faire une injection de Syntocinon® (ocytocine de synthèse), on m’appuie lourdement sur l’utérus pour la délivrance. Je ne supporte plus que l’on me touche mais je serre les dents….Je ne vais tout de même pas aller à l’hôpital pour délivrer. Mon placenta daigne enfin sortir à 12h40. Je peux enfin me reposer, allaiter ma fille et descendre tout doucement de mon petit nuage hormonal. C’est magique.
13h15 : Nathalie me propose d’aller dans la chambre pour qu’elle puisse « évaluer l’ampleur des dégâts », mais il n’y a rien, le périnée est intacte, rien n’est déchirer sauf ma petite lèvre droite qui aura droit à 2 points de suture à vif.
14h30 : mon Eliott arrive pour découvrir sa petite sœur, il est adorable, la couvre de baisers et la prend dans ses bras.
15h15 : nous passons tous à table dans la bonne humeur autour d’une bonne soupe. Heureux parents, grand frère, sages-femmes, doula, sœur, grand-mère.
16h30 : nous nous retrouvons tous dans le lit : plus à 3 mais à 4.
Dès 18h00 : ma belle-famille arrive avec des pizzas pour découvrir notre merveille qui s’est endormie dans notre lit.

Karelle, Suisse, deux enfants


La naissance de Johanna, le 26 janvier 2007

Avant d’être enceinte, je n’avais jamais vraiment réfléchi au genre d’accouchement que je voulais. Un peu par hasard (et sans grande conviction sinon celle d’avoir une expérience exotique) j’avais fait un stage dans le cadre de ma formation d’éducatrice avec une sage-femme qui pratique les accouchements à domicile dans la région de Montpellier. Ce stage a été une révélation pour moi. J’avais été touchée par le témoignage de toutes les femmes que j’ai pu rencontrer. La plupart s’étaient senties dépossédées de leurs accouchements en milieu hospitalier et cherchaient une alternative. D’autres avaient déjà eu une expérience à la maison et voulaient à nouveau accoucher dans les mêmes conditions. Durant les 4 semaines passées avec cette sage-femme, je n’ai rencontré que des femmes ravies de leurs expériences d’accouchements à domicile. Cela contrastait avec les témoignages que j’entendais généralement autour de moi. Pour beaucoup, l’accouchement n’était qu’un mauvais cap à passer avec le moins de douleurs possibles et auquel on essaye de penser le moins possible par après.

5 ans plus tard, nous étions étudiants en Californie et je suis tombée enceinte pour la première fois. J’ai bien sûr repensé à nouveau à ce que j’avais vu à Montpellier mais je n’avais pas l’énergie de chercher un réseau alternatif à la médecine telle qu’on la pratique dans les hôpitaux. À 6 semaines de grossesse, je suis allée à l’hôpital pour mon premier rendez-vous. Cette expérience a été traumatisante. Le gynécologue voyait les patientes à la chaîne. Il est entré dans la pièce ou je l’attendais déjà nue, m’a posé deux questions sans écouter les réponses, a fourré sa main sans prévenir dans mon vagin, a confirmé la grossesse et s’est éclipsé. Je suis rentrée complètement bouleversée. Moi qui avais rêvé de cette grossesse pendant plus d’un an et qui la voyait comme une expérience humaine, j’étais réduite à un utérus sur pattes. Je suis rentrée en pleurant et en m’excusant auprès de mon bébé pour la brutalité que l’on venait de subir.

Cette expérience a été un choc pour moi. J’ai annulé tous les rendez-vous à venir. Quelques semaines plus tard, j’ai rencontré une maman merveilleuse qui était enceinte de son huitième enfant (dont 4 nés à la maison dans l’eau) et qui m’a recommandé une sage-femme qui pratiquait les accouchements à domicile. J’ai donc mis un pied dans cet univers et ai été suivie par Detrah. Quelle différence ! Detrah venait chez moi et nous parlions de mes questions, de mes convictions, de ma manière de voir la grossesse et la naissance. Puisque nous savions que mon placenta était bien situé (grâce au gynéco du début), Detrah n’a jamais fait de toucher vaginaux. Le seul acte médical durant ma grossesse a été une échographie à 20 semaines pour que nous soyons sûrs qu’il n’y aurait pas d’intervention majeure à la naissance et aussi parce que nous étions vraiment curieux de savoir si cela allait être une fille ou un garçon ! Nous étions tous les deux si sûrs que ce premier enfant était un garçon alors la surprise était de taille ! J’étais enceinte d’une petite fille qui allait s’appeler Johanna.

À 6 mois de grossesse nous avons appris que nous devions quitter les États-Unis à cause d’un problème de visa et nous avons prévu de retourner en Suisse. Ma première pensée a été pour mon bébé. J’espérais tellement retrouver une sage-femme qui accepte de m’accompagner ! Après de nombreux appels, j’ai finalement trouvé une sage-femme qui n’habitait pas trop loin et qui pratiquait l’AAD : Ursula. J’ai passé les trois derniers mois en sa compagnie. Elle venait me voir toutes les deux semaines, puis toutes les semaines, puis enfin tous les jours. Ma grossesse s’est merveilleusement bien passée et tout annonçait une naissance normale.

Un mercredi soir, à minuit j’ai eu mes premières contractions. Elles faisaient mal et ont duré toutes la nuit sans s’intensifier et sans se rapprocher. Toujours toutes les 7 minutes. Forcément je n’ai pas beaucoup dormi… J’étais sûre que c’était pour bientôt !

Vers 8 h du matin, nous avons appelé la sage-femme qui est venue nous rendre une petite visite. Le col était mou mais pas encore ouvert. Elle m’a donc dit de la rappeler quand les contractions s’intensifieraient. Ma grand-mère a téléphoné mais je n’arrivais déjà plus à avoir une conversation qui tienne la route. Nous avons passé toute la journée ensemble avec mon mari, à jouer au solitaire (oui Detrah avait dit que lors des premières contractions il fallait s’occuper l’esprit avec autre chose, plus facile à dire qu’à faire !). J’avais aussi prévu de regarder « Pretty Woman » mais au bout de 5 minutes, ce film me saoûlait ! J’ai pris plusieurs bains et ce n’est que vers 17 h que les contractions se sont intensifiées. J’ai mangé une assiette de pâtes pour me redonner des forces et nous avons à nouveau appelé Ursula.

Elle est venue vers 19 h avec tout son attirail (tout le matériel de réanimation, de perfusions, et… chose importante… la piscine dans laquelle j’allais accoucher !). Pendant que je gérais les contractions, assise sur le radiateur, mon mari et Ursula montaient les affaires et installaient la piscine. Au moment de remplir la piscine ils se sont rendus compte que le ballon d’eau chaude était vide (à cause des multiples bains pris durant 24 h). Étonnement j’étais zen et savais que mon mari trouverait une solution. Il a fait les allers-retours avec des casseroles d’eau chaudes et l’eau des voisins ! Lorsque je me suis installée dans la piscine, et après quelques hésitations, nous avons souhaité savoir à combien le col était dilaté mais lorsqu’elle a dit que j’étais à 3 cm je me suis mise à pleurer. J’étais épuisée par 20 heures de contractions et je n’en étais qu’au début ! Ursula a été patiente avec moi et m’a autorisé à pleurer en me disant que parfois cela faisait du bien. Après quelques larmes, j’ai repris courage pour la suite des événements. La sage-femme me donnait espoir que mon bébé naîtrait peut-être avant minuit. J’ai vite compté et me suis dit que je pouvais le faire.

Contrairement à ce que j’aurai espéré, mon accouchement s’est déroulé par paliers (je n’ai accouché qu’à 5 h du matin) : j’ai passé plusieurs heures à 3 cm puis plusieurs à 5 cm puis pour finir longtemps à 9 cm. Après un bout de temps à 5 cm, la sage-femme a dit qu’on allait peut-être devoir aller à l’hôpital pour accélérer le travail. Cela a suffit pour me faire passer à 9 cm ! Je ne voulais pas aller à l’hôpital, j’étais trop bien chez moi. Je me disais que c’était déjà dur de gérer les contractions tranquillement chez soi, alors je ne voulais même pas m’imaginer à l’hôpital.

Pour m’aider et pour augmenter mes contractions, Ursula a utilisé l’acupuncture. Elle m’avait demandé avant l’accouchement si cela ne me posait pas de problèmes et j’avais dit que non. À chaque fois qu’elle piquait une aiguille sur ma main, mes chevilles, mes orteils ou ma tête, une immense vague de contraction envahissait mon corps. Moi qui n’y croyais pas trop à la base, j’ai été vraiment impressionnée. À ce stade je ne vivais plus les contractions comme une douleur (contrairement au début où j’étais encore trop consciente) mais comme une immense intensité - presque grisante - qui traversait tout mon corps. La vague venait, puis repartait. Il fallait se laisser emporter et ne pas lutter.

Durant toute la durée de l’accouchement j’étais 30 minutes dans l’eau chaude, puis 30 minutes hors de l’eau pour que la gravité continue à faire avancer l’accouchement. De temps en temps, toutes les quelques contractions, j’avais une pause de 10 minutes durant laquelle je m’endormais. Puis j’étais réveillée par une très grosse contraction et le travail reprenait. Ursula m’aidait à faire un son grave durant chaque contraction et me disait de tout relâcher en attendant la prochaine. Parfois pour évaluer où en était l’accouchement, elle me demandait si une contraction était plus forte que la précédente mais moi j’étais très loin dans ma tête en train de surfer sur des vagues. Lorsqu’elle m’a posé la question pour la troisième fois je lui ai dit « Mais je ne sais pas ! ». Je n’étais plus en mesure d’évaluer quoique ce soit. Bizarrement j’arrivais toujours à avoir des flashs de pensée, et je me demandais si elle m’avait demandé ça pour voir si l’accouchement était tellement avancé que je n’arrivais plus à utiliser mon cerveau droit (celui qui permet d’être rationnel par opposition au gauche qui est celui de l’artistique, du ressenti…). Plus tard, alors que j’étais quasiment à 10 cm, Ursula m’a demandé de sortir de la piscine et de marcher un petit peu pour aider la dilatation. Nous sommes donc allée nous promener dans l’appartement. Je marchais devant, avec juste un t-shirt et j’étais suivie par mon mari et par la sage-femme. Lorsque j’avais une contraction de poussée, je m’accroupissais et l’on glissait une grande couche sous moi (pour le tapis, quoi). J’ai eu un petit flash d’humour à l’intérieur. J’avais l’impression d’être la reine de France suivie par ses valets prêts à réceptionner ce qui allait sortir de mon corps. J’ai appris par après que j’avais percé la poche des eaux juste avant les contractions de poussée mais je ne m’en souviens absolument pas.

Finalement nous sommes retournés à la piscine et je m’y suis installée jusqu’à la fin. La chaleur de l’eau faisait du bien et je sentais la différence quand je sortais de l’eau. Mon mari rajoutait de l’eau chaude de temps en temps en me regardant dans les yeux et en me disant qu’il était avec moi. Mon esprit était loin et j’avais l’impression que ses paroles ne pouvaient pas pénétrer mais je sentais sa présence active.

Ursula avait attaché mon écharpe de portage à la cheminée et me demandais de tirer dessus de toute mes forces pendant les contractions. Elle disait que tendre les muscles du haut relâchait automatiquement les muscles du bas et aiderait mon bébé à sortir. Assise, accroupie dans la piscine je tirais l’écharpe de toutes mes forces pendant chaque contraction et Ursula m’appuyait dans le dos. Lorsqu’une contraction commençait et qu’elle n’était pas juste à côté, je la cherchais du regard et elle venait très vite. Sa présence, ainsi que celle de mon mari était rassurante.

À un moment, Ursula a voulu vérifier le cœur du bébé sur une durée plus longue et m’a demandé de m’allonger sur le côté. Je ne pouvais pas supporter la douleur dans cette position et je gigotais tellement qu’après quelques minutes elle a de nouveau dû me laisser prendre la position qui me convenait le mieux : à 4 pattes, debout ou accroupie. Je changeais de position toutes les quelques contractions.

La dernière partie a été la plus dure. Je croyais (bêtement) que lorsque l’on pouvait pousser, le gros du travail était terminé. Quand la sage-femme m’a dit que je pouvais pousser, j’étais fière de moi et me disais que finalement ça n’avait pas été aussi dur que ce que je pensais. Il était 5 h du matin et j’étais épuisée après deux nuits de contractions. Même si je n’ai plus trop de notion de temps, j’ai lu sur le rapport d’accouchement que j’ai eu 16 contractions de poussée. À chaque fois, je me disais que c’était la dernière fois que je poussais, et je devais recommencer. J’étais tellement épuisée que j’ai vomi. Moi qui n’avais même pas une seule fois pensé à la péridurale, je commençais à rêver de césarienne. J’avais l’impression que mon corps était trop petit pour laisser passer une si grosse tête. Et pourtant je poussais, je poussais. Au début la sage-femme me demandait de contrôler la poussée pour éviter de tout déchirer mais voyant que le travail tirait en longueur, elle m’a dit « pousse tout ce que tu peux ». À un moment, elle m’a demandé de mettre ma main entre mes jambes et j’ai senti une grosse tête déjà sortie. C’était un moment fort et quand j’y pense j’ai encore l’impression de sentir cette grosse tête dans le creux de ma main.

Cela m’a donné la force de continuer à pousser pour sortir le reste du corps. La sage-femme mesurait fréquemment le cœur de mon bébé qui battait tranquillement, la tête sous l’eau. Lorsque enfin (après plusieurs contractions) le reste du corps est sorti, Ursula a récupéré ma fille qui est montée comme un bouchon à la surface et elle me l’a posé sur le ventre. Je la trouvais si grande et lourde ! Moi qui m’attendais à un petit bébé d’environ 3 kg, j’avais une belle fillette de 4 kg sur le ventre ! J’étais si heureuse d’avoir pu accoucher dans une telle tendresse. Mon mari a coupé le cordon et l’a prise dans ses bras pendant que la sage-femme m’aidait pour le placenta. Au début, j’ai refusé net. Je ne voulais plus pousser et lui ai fait savoir. Finalement, à force de persuasion, j’ai encore poussé quelques fois pour sortir le placenta.

Ursula m’a aidé à sortir de la piscine et j’ai pu allaiter Johanna. Elle tétait si bien ! Mon mari était à côté de moi et on contemplait notre petite merveille. J’étais vraiment épuisée et mon mari aussi. Après la naissance, toute la famille s’est reposée dans le lit. J’avais perdu beaucoup de sang et j’avais du mal à me lever pour m’occuper de mon bébé pendant quelques jours. Ma mère est arrivée le jour même et a prit les choses en main. C’était merveilleux d’être tous ensemble au calme à la maison. Nous avons eu beaucoup de temps pour apprendre à se connaître et s’apprivoiser. Johanna a passé ses premières nuits (et jours) dans le lit à côté de moi (le papa avait vraiment besoin de sommeil). Ursula a d’abord cru que Johanna avait un torticolis parce que sa tête était tout le temps tournée vers moi, mais quand nous l’avons changé de côté, elle a tourné la tête. Elle voulait juste voir sa maman !

Aujourd’hui Johanna a 8 mois et est une petite fille rayonnante, calme et en bonne santé. Je suis contente d’avoir pu lui offrir une entrée très douce dans ce monde, 8 mois d’allaitement complet et plusieurs heures par jour en écharpe. Je me réjouis déjà pour le jour de la naissance de notre deuxième enfant, qui -si c’est possible- naîtra dans les mêmes conditions, mais avec Johanna dans la maison.

Marie-Noëlle


La première apparition de la vie humaine manifestée dans l’expérience émouvante de l’accouchement est une rencontre prodigieuse entre nous, parents, et notre progéniture. Cette progéniture n’est-elle pas si unique et si bouleversante à la fois ? Il n’y pas deux êtres identiques, pas une vie similaire, et pas une naissance semblable. La naissance introduit formidablement nos premiers pas terrestres. Ainsi, l’empreinte sortie fraîchement de son moule nous laisse entrevoir la beauté d’un nouvel être qui va progressivement et inlassablement se mouvoir et croître dans ce monde.

L’universalité de la naissance est nourrie depuis la nuit des temps de multiples et diverses expériences humaines. L’histoire de l’homme à travers le temps s’est appropriée la naissance, développant sa pratique et son savoir. Mais, qu’en est-il aujourd’hui ? Dans quelle direction l’accouchement a-t-il évolué et dans l’intérêt de qui? Quels sont les enjeux, influencés et utilisés par qui et pourquoi ? Donner la vie semble être aujourd’hui devenu un acte médicalisé ou bien reste-il un acte naturel que nous affrontons, vivons avec humanité et humilité ? Aurions-nous intentionnellement démystifié et détruit les mécanismes originels de la naissance au profit d’un conformisme aliénant ? Quand mon épouse et moi-même avons appris que nous attendions un enfant, nous avons rapidement découvert que l’accouchement de notre enfant allait s’inscrire dans un processus bien défini où des autorités extérieures à cette expérience si personnelle allait prendre le contrôle. Nous étions poussés vers une sorte de désappropriation de cette expérience humaine. Étions-nous si incapable de mener à bien un tel projet, un projet naturel pourtant inscrit dans l’ordre des choses? Nous étions réellement perplexe face aux multiples exigences et procédures auxquelles nous devrions faire face. Notre suspicion et interrogation grandissante n’étaient pas à l’égard de la médecine en général. Mais il nous semblait que la science médicale avait acquise au fil du temps une autorité et un pouvoir de décision sur un acte qui a été et est d’abord naturel, non-pathogique et établi dans notre espèce. Pourquoi la médecine était-elle devenue ce nouveau compagnon de route dans une expérience si humaine ? Nous avons donc décidé de vivre cette naissance en acceptant de se laisser conduire par elle car nous voulions la respecter et se la réapproprier avec la responsabilité qu’il nous incombe. Ainsi il nous a semblé évident que notre maison était le réceptacle idéal de cette naissance. Mon épouse, notre enfant et notre sage-femme ont pu ainsi travailler dans une parfaite harmonie pour accueillir cette nouvelle vie au sein de notre foyer.

La narration de notre accouchement ne répond pas à un besoin d’exhibition ou de prouver quoique ce soit à qui que ce soit. C’est surtout un hymne à la vie et peut-être aussi pour certain d’entre vous le début d’une réflexion et d’une introspection nouvelle quand à ce formidable sujet. Je tiens à dire que la transcription écrite de notre accouchement est de tout façon imparfaite, incomplète et sera certainement mal comprise car la consistance même de ce type d’expérience relève plus de l’affect et du spirituel que de la raison et des mots. En tout cas, c’est à ce niveau-là que nous avons vécu les choses. Je précise aussi que le succès de cette expérience revient d’abord au bébé, à la maman et à notre sage femme. Et moi, en tant qu’homme, quel a été ma place, mon rôle, mes impressions, mes doutes ? Je vais donc tenter de transmettre avec sincérité ma démarche. Ne me méprenez pas, écoutez et ressentez !

Mercredi 24 Janvier 2007 : nous découvrons les premiers sursauts de la grossesse pointant leur bout de nez par quelques contractions. Rien pourtant à ce stade ne laisse entrevoir le jour de délivrance. La soirée est déjà bien avancée. Une certaine tension monte au fil du balbutiement de ces premières contractions. Je me sens à ce stade plutôt inutile. Je suis tout de même dans les starting blocks, près à courir les 100 mètres dans un temps record. Ce que je ne sais pas, c’est que je vais plutôt courir un marathon. La nuit de mercredi à jeudi a été très décousue. Les contractions se sont atténuées dans la soirée pour revenir de temps en temps à la charge. Aucune régularité ne semble pour l’instant se profiler. Mon sommeil a du s’ajuster par la force des choses à ces nouvelles variations qui ont submergé le corps de mon épouse. Je n’ai aucune idée de l’intensité de la douleur ni de sa consistance. Comme mon épouse gère la situation, je suis paisible et en confiance.

Jeudi 25 Janvier 2007 : les lueurs de l’aube laissent entrevoir une journée grise et froide. Un faible manteau de neige recouvre le sol. Je vais constater l’état de la route. Heureusement la route est déneigée. Nous vivons à 1000 mètres d’altitude, il ne serait pas souhaitable que nous nous retrouvions coupé du monde. Nous avons choisi cet accouchement à domicile, cela ne veut pas dire que nous n’avons pas envisagé les situations d’urgence. De plus, cela nous est indispensable pour que nous puissions franchir sereinement les différents stades de l’accouchement. Nous avons reçu une excellente préparation à l’accouchement mais notre sage-femme sera un peu comme notre guide, elle nous aidera à trouver notre chemin. Nous l’appelons une première fois vers 9h du matin car les contractions sont à nouveau plus régulières et plus intenses sans pour autant devenir alarmantes. Jugeant par téléphone de la situation, elle nous signale qu’elle sera là dans une heure. Nous l’attendons avec impatience. Je signale à mon employeur que cette fois-ci je dois faire face à un autre travail : celui de ma femme. La sage-femme arrive comme prévu est constate qu’en effet le travail a commencé mais que nous ne sommes qu’au début. Je l’aide à installer la piscine dans le salon. Je suis impressionné par son matériel. Il y a une chaise maya qui permet à la femme d’accoucher assise et la piscine qui nous sera très utile par la suite. Nous sommes en paix et la sage-femme repart. Elle repassera en fin de journée. Nous avons gardé précieusement son numéro de téléphone portable, au cas où il y aurait besoin de l’appeler avant. La journée passe. Nous essayons de nous détendre mutuellement. L’environnement familial facilite et renforce le sentiment de sécurité. Nous sortons quelques jeux de société mais la concentration n’est pas au rendez-vous. Nous regardons quelques portions de film sans grande conviction. Chacun de ces moments est entrecoupé par des contractions qui comme un métronome viennent nous rappeler vers quoi nous allons. Et pourtant nous ignorons ce qu’il va concrètement se passer. Je suis impressionné par mon épouse qui déambule avec sérénité dans notre petit appartement. Le plancher craque doucement sous ses pas. Quelques fois la douleur est plus intense et elle va se réfugier contre le convecteur électrique qui diffuse la chaleur nécessaire pour notre appartement. Son dos s’appuie doucement contre le radiateur pour recevoir une chaleur rayonnante, provoquant un petit soupir de soulagement. Le soir approche, d’une minute à l’autre la sage femme devrait être là. Les douleurs des contractions sont devenues plus intenses. Je lui masse maladroitement son bas du dos. Les gestes appris lors de la préparation sont un peu confus et incertains. Tout au long de la journée, Marie-Noëlle s’est ressourcée plusieurs fois dans notre baignoire familiale pour détendre les muscles de son corps. Notre sage-femme vient d’arriver. Elle constate que le travail est déjà bien avancé. Mais sans vouloir nous décourager, elle nous indique qu’il y aura encore quelques heures de travail. Elle pense que le bébé pourrait être là avant minuit. En entendant cette plausible échéance de délivrance, je me mets sur le mode compte à rebours. Je dois dire que depuis mercredi soir, il me semble que la bataille a déjà été longue et qu’il me tarde de voir le bouquet final. La sage-femme me demande de remplir la piscine. Nous avions besoin d’environ 200 litres d’eau chaude. Je branche le tuyau d’arrosoir, tourne le robinet et là… plus d’eau chaude. Nous avions vidé le ballon avec tous ces bains à répétions durant la journée. Nous sommes encore des débutants et ce petit détail, je dois l’admettre, m’avait complètement échappé. Il faut trouver une solution, je rassure mon épouse et je file chez mon oncle qui habite juste à côté. Il me propose que je prenne de l’eau à l’écurie car le ballon a une grande capacité. Je cherche désespérément un grand récipient et me prépare à faire les allers-retours entre l’écurie et notre appartement. Je saisis une bouille de lait, à défaut d’autre chose et me voilà devenu porteur d’eau bravant le sol glissant, la neige, les escaliers, le déchaussage de mes souliers pour enfin atteindre le bord de la piscine où commence à grelotter mon épouse. La sage-femme met en marche nos quatre plaques de cuisson pour chauffer de l’eau dans des casseroles. Après deux allers-retours, je suis complètement épuisé, mon souffle est court et sec. Je râle profondément comme un animal déshydraté. Il semble que la solution des casseroles est beaucoup plus rapide. J’abandonne soulagé la bouille de lait pour m’occuper des casseroles d’eau. Chaque fois que je verse un peu d’eau chaude dans la piscine, le visage de ma femme se détend. La soirée est bien avancée. Le travail est devenu plus intense. Nous alternons la piscine, le radiateur, la marche, la chaise maya. Madame (mon épouse) ordonne, et nous (moi et la sage-femme) disposons. Marie-Noëlle semble être depuis un moment comme rentrée dans une transe. Elle est là-bas, quelque part dans un monde entre ciel et terre. Je lui parle pour l’encourager, la sage-femme la rassure, la conseille. Les mouvements de tête de mon épouse deviennent le moyen de contact qui nous connecte à son voyage intérieur. Il semble que le col ne soit pas complètement ouvert. La sage-femme m’informe que si le col ne s’ouvre pas plus, il va falloir peut être aller à l’hôpital. Dans l’ambiance feutrée, chaude et confinée de notre appartement, le mot hôpital vient comme un coup de tonnerre. Ma femme l’a entendu malgré son état second. À ce moment là, je sens une peur m’envahir, non, je ne veux pas que notre marche soit brutalement stoppée. Nous sommes si près du but. Je commence à prier intérieurement. La sage-femme demande à ma femme de marcher, de bouger un peu plus. Et là, les évènements vont soudainement s’enchaîner rapidement. La poche des eaux se rompt au milieu du couloir. Heureusement, je suis derrière avec une couche, je réceptionne le liquide le long de ses jambes. Les contractions deviennent vraiment fortes. Je suis impressionné par la résistance de mon épouse. Cela fait des heures que son corps tout entier est soumis aux assauts répétitifs des contractions. Mais tout cela a un sens, une raison, son corps, son être tout entier s’est docilement, et par la force des choses, soumis à ce que la nature doit faire. Chaque fibre de son être, chaque muscle, chaque tissu de son être travaille, s’ordonne inlassablement pour que la vie éclate, jaillisse. Elle ne peut résister. La délivrance est proche.

Vendredi 26 Janvier 2007 : les coups de minuit ont sonné. Nous attaquons le troisième jour fatigués et impatients. Depuis que les choses se sont accélérées ces dernières heures, nous sommes plein d’espoir et il nous hâte de voir le visage de notre petit chérubin. Marie-Noëlle est entrée à nouveau dans la piscine. Cette fois-ci la dernière phase est en route. Quand je vois timidement, pour la première fois, le sommet chevelu de notre enfant entre les jambes de mon épouse, mon cœur bat très fort. Il n’y a aucune peur ni sur mon visage ni sur celui de mon épouse. Je lui tiens la main, étant juste derrière elle pour appuyer sur le bas de son dos. Nous avions accroché un drap au conduit de la cheminée pour qu’elle puisse tirer dessus depuis la piscine quand elle pousse. À chaque poussée, ses bras tirent de toute leur force sur ce morceau d’étoffe. La tension monte dans la pièce, la tête du bébé semble vouloir sortir. Mais à la fin de la poussée celle-ci rentre rapidement dans son nid comme si ce lieu d’hébergement depuis 9 mois était difficile à quitter. Le corps de Marie-Noëlle est secoué par de violents spasmes. La vie intérieure veut jaillir mais le monde extérieur semble lui résister. La sage-femme contrôle régulièrement les battements de cœur du bébé. Celui-ci ne semble pas être affecté par les évènements. Comme une montre suisse, il frappe avec régularité et sérénité sans ne montrer aucune fébrilité. Après une énième poussée, la tête et le cou du bébé se retrouve complètement en dehors du corps de la maman. Marie-Noëlle est épuisée, pour la première fois, elle manifeste des signes de capitulation. Elle n’en peut plus. Je la comprends. Dans un dernier sursaut, sous mes paroles maladroites et les gestes appliquées de la sage-femme, nous nous élançons tous ensemble pour enfin parachever ce moment de vérité et, d’un mouvement brusque, le corps entier de notre enfant glisse en dehors de son emplacement pour remonter comme un bouchon à la surface de l’eau. Les mains de la sage-femme ne sont pas loin, Johanna, notre fille se retrouve rapidement sur le ventre de Marie-Noëlle qui, complètement exténuée, tente de retrouver ses esprits. Une puissante émotion partant de mon ventre remonte rapidement vers ma gorge pour gagner mes yeux secs d’homme. Je suis bouleversé de découvrir ma fille, là devant moi, blottie contre sa mère. Je ne suis plus connecté avec le monde matériel autour de moi. Il n’existe plus que moi, ma fille et ma femme. Les mots de la sage-femme me ramènent soudainement sur terre. Le placenta doit être encore expulsé. Marie-Noëlle achève finalement son travail avec ses dernières ressources. Nous enveloppons Johanna dans un linge. Marie-Noëlle sort enfin de cette eau immaculée. Nous l’enveloppons dans un linge chaud et l’aidons à enfiler une chemise de nuit. Elle retrouve avec satisfaction notre canapé-lit. Son combat est terminé et son esprit est déjà là, prés de sa fille. Après l’avoir anesthésié localement, la sage-femme recoud la partie qui s’est déchirée lors de la dernière poussée. Je viens m’allonger près de ma famille, je suis émerveillé par ce petit bout de choux qui tête paisiblement. Le jour se lève, je jette un coup d’œil à l’extérieur, et là mes yeux sont éblouis par la beauté d’un paysage fraîchement enneigé. Le soleil brille de tout éclat. La nature et ce nouvel être m’ont offert une belle leçon de fragilité et de force. Merci.

Gabriel Y.


J’ai dépassé mon terme depuis 2 jours et, outre que l’attente me pèse, je me sens soudainement très nerveuse. J’ai du mal à supporter les enfants et j’ai envie de m’isoler. L’image de la chatte qui se cache pour mettre bas me vient à l’esprit et je me demande si ce n’est pas un bon signe ! Vers 11 h, les contractions deviennent plus systématiques, même si encore irrégulières. Je n’arrive pas à dormir alors je lis un petit peu. Puis j’essaie de dormir et parviens même à somnoler, sans doute pendant près d’une demi-heure. Tout à coup, une contraction plus forte me tire définitivement de mon sommeil.

Ça y est, je sens que cette fois-ci, on y est ! Car il ne s’agit plus seulement de déferlantes de joie et d’amour, à présent une puissance qui me submerge et me met en mouvement est également à l’œuvre. Il est aux environs d’1 h 30 et, vers 2 h, j’appelle G., ma sage-femme. Les contractions sont espacées de 4-5 minutes. Elle me dit que, comme j’ai dépassé mon terme et que nous n’avons pas encore fait de monitoring, elle préfère venir maintenant pour m’en faire un et repartir ensuite afin de me laisser continuer à « travailler » tranquillement. Je réveille mon homme pour le prévenir. En attendant, je gère les contractions qui s’intensifient en trouvant des positions qui favorisent l’ouverture, tantôt à genoux, tantôt à quatre pattes. Je chantonne un petit peu en essayant de libérer les muscles de tout mon corps. Je suis seule, contente d’être dans ma bulle. G. arrive vers 3 h. Elle m’examine et pose le monito. Je sens que les contractions s’espacent un peu et surtout qu’elles perdent de leur intensité. Finalement, G. nous demande à dormir ici pour pouvoir être plus proche de son rendez-vous du matin. Mon homme se rendort et je sens que les contractions reprennent de la vigueur. J’alterne les positions. Alors que je suis sur le côté, je sens quelque chose d’humide. Je me précipite dans la salle de bain et je sens la poche se rompre, ou du moins, une petite flaque d’eau se répand à terre et je ressens un soulagement.

Je prends une douche. Puisque je suis dans la salle de bain, je décide d’y rester encore un peu et profite de la baignoire pour m’en servir de support pour surélever une jambe durant les contractions. G. se réveille pour aller aux toilettes. Je lui dis que j’ai perdu les eaux. Elle propose de refaire un monito, toujours en se disant qu’il faut examiner les choses de près puisque j’ai dépassé mon terme. Je ne me sens pas bien de ne pas pouvoir être mobile. Toujours sous monito, G. me demande de me mettre debout car elle voudrait vérifier quelque chose. Je préfère être debout mais au bout de quelques contractions, je fatigue et j’ai la tête qui tourne. Les contractions commencent à être très très intenses. Mais comme me dit G., elle s’inquiète car le cœur du bébé semble décélérer un peu durant les contractions. Mon bambin s’est entre temps réveillé et il est tout joyeux. Il me regarde et regarde le monitoring et ça a l’air de l’amuser. Finalement, elle décide d’arrêter le monito pour réexaminer plus tard et, en attendant, de préparer quand même la valise pour un éventuel transfert. Elle va rejoindre mon homme. Je prends un petit bain. Je commence à émettre des grognements. Alors que je me sèche, mon bambin me rejoint. Une contraction arrive qui me fait extérioriser ma voix mais qui, je le sens en même temps, me coupe totalement du monde extérieur. J’entends seulement vaguement mon petit demander : « Quoi, qu’est-ce qu’il y a, maman ? ». J’enfile un peignoir, je sors en trombe de la salle de bain et, au passage, demande à mon homme de s’occuper de notre enfant. Il l’emmène chez le voisin. Il est aux alentours de 7 h-7 h 30. G. n’est pas allé à son rendez-vous ! Je me souviens avoir pensé à mon grand qui dort, lui qui ne voulait absolument pas être là pendant le travail et l’accouchement.

Je suis dans la chambre, à quatre pattes au pied du lit, et alors que G. me signale une analyse manquante (elle prépare toujours les affaires pour un éventuel transfert), une nouvelle contraction m’irradie et j’ai juste le temps de crier : « Pas maintenant ! ». Mon homme nous rejoints et, alors qu’il est toujours dans la démarche d’aider G. à regrouper les affaires, je lui demande de rester avec moi. D’ailleurs je sens que l’on n’aura sans doute pas à aller à la maternité ! Les contractions se rapprochent et chacune a une force qui me terrasse. Je laisse un cri caverneux me traverser, tout en espérant que mon fils ne se réveillera pas ! Je sens que ça pousse mais que ça s’ouvre aussi en même temps. Entre les contractions, je m’étonne d’avoir encore un peu de répit pour reprendre mon souffle car je me rappelle que pour mon précédent accouchement, ça n’avait été aussi fort que lorsque je n’avais plus une seule seconde entre les contractions ! Et ce qui me frappe, c’est que c’est justement la force de la poussée qui est extrêmement douloureuse alors que la dernière fois, l’expulsion avait signé l’arrêt de la douleur et la rencontre avec une force empreinte presque de bonheur. Quoi qu’il en soit, un râle sort de ma gorge, je dis que je n’en peux plus, crie non quand on me propose de bouger et refuse qu’on me touche autre chose que la main. Mon homme me dit qu’il est là, m’encourage et G. me dit que la tête est en train d’arriver. Je dis qu’elle ne passera jamais, tellement je la sens ! Je la sens portant progresser mais cela me semble si long… Finalement, voilà que je la sens sortir et… tout le reste en même temps ! Pas besoin de passer encore les épaules, bébé est déjà là. Je le prends. G. m’invite à m’installer dans le lit. Toute heureuse et presque étonnée de tenir déjà/enfin mon bébé dans les bras, je pense à mon grand qui dort encore ! Je vois que bébé est un garçon ! J’entends qu’il est 8 h 09 et je me dis que ça a été finalement très rapide. G. me dit que le signe inquiétant du monito était peut-être dû au fait que le cordon était court.

Après l’expulsion du placenta, les enfants viennent découvrir leur petit frère.

Plus tard dans la journée, je m’aperçois que ma vessie est coincée et que je n’arrive donc quasiment pas à uriner. Au téléphone, G. me dit qu’elle a déjà connu ce cas, et que, sur les conseils de la maternité, elle avait posé une sonde à la maman mais que, voyant que ça durait, elle avait pensé à demander conseil à l’herboristerie. Une tisane avait réglé le problème en une heure. Mon homme se rend donc à l’herboristerie et, effectivement, tout se résout rapidement. Je me dis que si j’avais été en structure, non seulement j’aurais été sondée, mais sans doute n’aurais-je donc pas pu rentrer rapidement à la maison, le temps que cela passe, alors que là, je savoure d’être dans la chaleur de mon foyer…

Carine Phung