Elisèle et Solal sont nés à 38 SA +5, et pesaient 2,4 et 2,2 kg. Solal, le plus faible, avait des difficultés à « finir » son sein et ne prenait que le premier lait. Au bout de 10 jours, je trouvais que sa sœur pesait de plus en plus lourd tandis que lui, comparativement, restait léger. Ses selles étaient vertes. Je l’ai pesé et il n’avait pris que le minimum attendu. J’ai alors pensé à « utiliser » sa sœur pour amorcer la tétée, puisqu’elle était plus vigoureuse : elle tétait le premier lait sur le sein de son frère qui, du coup, arrivait plus vite au lait de fin de tétée. En 15 jours, il s’était mis à grossir.

Ce qui est étrange, c’est d’avoir deux nourrissons qui tètent, chacun à sa manière. Tous les enfants tètent différemment, à leur rythme, avec leur façon de prendre le sein. Se concentrer sur le rythme de chacun, repérer les déglutitions, faire en sorte que l’un ne s’étouffe pas, que l’autre aille jusqu’au lait gras… Au début, ce recueil d’informations, à peine conscient il me semble pour la maman qui allaite un seul bébé, était une gymnastique du cerveau pour moi.

Les 3 premiers mois de vie avec Solal et Elisèle ont été rythmés par les tétées. J’avais fait le calcul (a posteriori) que je passais presque 10 h par jour à allaiter !

J’avoue que si je n’avais pas été profondément convaincue que mon lait était ce qu’il y avait de mieux pour eux, j’aurais été tentée d’arrêter, ne serait-ce que pour passer le relais au papa de temps en temps la nuit.

Les nuits… trois heures maximum entre le début de deux tétées, soit au mieux 2 heures de sommeil sans interruption. Un bébé de chaque côté dans notre grand lit, que j’allaitais simultanément la plupart du temps.

Je n’ai qu’un souvenir très vague des trois premiers mois de vie de mes enfants. Même si je sortais souvent rendre visite à des amis (question de survie quand on habite loin de la famille, en pleine campagne), suscitant l’étonnement d’allaiter deux enfants sans jamais un biberon, même de mon lait, m’organiser restait compliqué.

Vers 4 mois de mes enfants, j’ai senti une amélioration : des tétées plus régulières, je pouvais donc prendre un tout petit peu de temps pour moi, ce qui s’est résumé en fait à être douchée avant midi !

Je les ai allaités exclusivement pendant 6 mois. Ils étaient très curieux de la nourriture, surtout mon garçon Solal qui, à la veille de ses 6 mois, a roulé sur lui-même sur une couverture pour attraper un croissant et l’a goûté !

Chacun a rapidement tété toujours le même sein. Aujourd’hui, ils ont 2 ans et savent nommer le sein qui est le leur. Pas question pour Solal de téter le sein d’Elisèle, qui elle, au contraire, semble vouloir s’approprier celui de son frère.

Les tétées en binôme sont devenues guerrières : les quelques minutes qui précèdent la montée de lait sont le théâtre d’une guerre sans merci, où l’un tire les cheveux de l’autre, tandis que l’autre tire sur le sein qui sort alors de la bouche, puis viennent les coups de pieds, les doigts dans les yeux…

Mais allaiter l’un après l’autre sereinement oblige à la discrétion, car si j’offre le sein à Solal, Elisèle arrive et veut téter aussi. Alors deux possibilités s’offrent à moi : soit la guerre des nénés, soit une enfant en pleur contre moi, qui cherche à grimper sur mes genoux en disant « néné » sur le ton le plus triste que je connaisse, et en essayant malgré tout d’attraper une poignée de cheveux de l’heureux élu, qui lui me dévore des yeux, et fait durer la tétée avec un plaisir évident !

Allaiter deux enfants suscite beaucoup d’étonnement, ce qui s’amplifie avec l’âge des bambins. Si ma famille et mes amis ne me posent plus la question, pour certains résignés, lorsque j’évoque ce sujet avec d’autres personnes moins proches, je sens l’interrogation en eux. Comment peut-on avoir encore du lait, et en plus pour deux enfants ?

Je suis heureuse de cet allaitement en duo, c’est une expérience très positive qu’il m’a été donné de vivre sereinement, grâce à l’allaitement idyllique de ma première fille. Elle m’a donné confiance en moi : puisque ça avait si bien fonctionné pour un, pourquoi serait-ce plus compliqué pour deux bébés ?

Marion G.