J'ai quand même toujours beaucoup parlé avec mes enfants, je les encourage à exprimer leurs émotions sans être inquisitrice. Je leur explique les limites que je donne, pourquoi j'estime que ça doit être comme ça, même si c'est différent chez d'autres. Ça n'empêche pas les contestations et le bouderies évidemment, mais ça fait partie de la vie.

Avec ma grande de 16 ans, notre relation est basée sur la confiance. Elle m'a dit assez rapidement qu'elle se sentait attirée par les filles, parce qu'elle savait qu'elle ne serait pas rejetée. Elle m'a également donné l'autorisation d'accéder à son blog où elle parle de tout ce qui lui tient à cœur. Je n'en abuse pas, je vais faire un petit tour de temps en temps et, quand c'est le cas, je lui laisse un commentaire pour qu'elle sache que je suis "passée". Comme elle passe la semaine chez mes parents pour faciliter sa vie de lycéenne (nous habitons le bout du monde en pleine campagne), ça me permet également d'avoir des indices quand je l'ai trouvée un peu renfermée durant le week-end. Mais elle me parle spontanément de plus en plus. Nous sommes passés par une période un peu difficile au printemps dernier, elle a fait un passage à l'acte suicidaire devant le lycée parce qu'elle ne supportait plus de se faire envoyer sur les roses par celle qui l'attirait. La bonne qualité de notre relation lui a permis de passer le cap, elle est désormais un peu plus épanouie. Nous nous offrons de temps en temps une petite sortie entre nous ; récemment, nous sommes allées au concert des Superbus, que nous apprécions toutes les deux. Nous échangeons sur nos lectures, elle me passe des livres et vice versa. Idem pour les films. Elle a souhaité devenir végétarienne, j'ai respecté et adapté les menus familiaux, de toute façon, c'est tout bénéfice pour tout le monde ! Bien sûr, il lui est arrivé de claquer la porte de sa chambre et de s'y enfermer parce qu'elle n'était pas d'accord avec moi ou n'appréciait pas ce que je lui disais, mais c'est très rare et généralement, elle sort assez rapidement pour s'excuser si elle est en tort et moi je fais pareil !

Avec la 2ème, c'est un peu différent parce qu'elle est plus renfermée. Mais quand elle a besoin de soutien, elle sait qu'elle peut compter sur moi. Elle est aussi plus indépendante, vit plus de choses avec sa bande de copines. Elle sait qu'elle peut exprimer ses coups de gueule vis-à-vis du collège, qu'elle sera entendue et respectée dans son opinion. Quand c'est nécessaire, je tempère un peu. Elle est très sensible à l'injustice et ça la fait vite exploser. Comme j'ai beaucoup partagé mes lectures de parent qui essaie de devenir conscient avec eux, elle a un regard assez critique sur ce qui se passe ailleurs.

Dans la mesure du possible, je leur laisse un maximum de liberté. J'essaie de ne pas abuser de leur position de "grandes" en délégant le moins possible le fait de s'occuper des deux plus jeunes (6 et 4 ans). Spontanément, elles jouent souvent avec l'un ou l'autre ou les accueillent dans leur chambre tant qu'ils ne les embêtent pas trop. De mon côté, j'ai aussi insisté auprès de Lison et Léo pour qu'ils respectent l'intimité et le territoire des trois grands. Elles participent aussi volontiers aux tâches ménagères, proposent leur aide quand elles voient que je "patauge", notamment pour le repassage !

De temps en temps, j'entends une petite réflexion qui veut dire "on a de la chance de t'avoir pour maman" et ça, ça me fait très plaisir. Et moi, je suis très fière de voir ce que mes filles deviennent ! »

Axelle H, 5 enfants


« J’ai eu des parents qui m'ont surtout dit oui, ont accepté (presque) toutes mes explorations d'enfants, même si ça salissait, cassait, dérangeait. Qui ne s'énervaient pas, n'humiliaient pas, ne tapaient pas, faisaient confiance a priori (ils sont encore comme cela avec mes enfants). J'ai le souvenir d'un seul moment tendu, vers 15-16 ans, car je voulais rentrer à vélo d'une soirée et eux trouvaient que c'était dangereux.

Du coup, pour moi, ça a quelque chose d'évident que si on réduit au minimum les "non" prononcés à son enfant entre 0 et 2 ans (en ayant réfléchi à ses propres besoins de base qu'on affirmera clairement – pour moi, je crois qu'il y a seulement ne pas toucher à mon bureau et mon téléphone –, en disant "je n'ai pas envie" plutôt que "non", lorsqu'on veut bien changer d’avis en cas de grande motivation de l'enfant, histoire de préserver la rareté et l'intégrité du non, en ayant mis hors de portée des enfants les objets fragiles, en faisant confiance à l'enfant qui veut faire tout seul (mettre le DVD dans le lecteur, couper le concombre, faire avec nous), il n'y aura pas de soit-disant période du non à 2-3 ans (je l'ai vérifié avec mes trois enfants) et encore moins d'opposition à l'adolescence.

Nous sommes 18 cousins dans la famille de mon père et je n'ai jamais entendu parler de tensions parents-enfants à l'adolescence. Pour moi c'est une invention liée à l'éducation répressive imposée aux enfants. »

Claudia R., 3 enfants


« L'idée du petit de 2 ans qui dit non parce qu'on lui dit tout le temps non, ça a un sens pour moi. On peut se compliquer énormément la vie en mettant une foule d'exigences sur le dos des enfants et en perdant (ou ne trouvant pas) un contact de base avec eux.

Je crois beaucoup au contact physique dès le début de la vie pour prévoir justement l'apparition d'un gouffre de communication qui peut, par exemple, devenir sensible à l'adolescence. Des parents me disent parfois que leur enfant ne leur fait pas de câlins. J'ai envie de dire (mais je me censure... je devrais peut-être trouver une formule pour répondre à ça...) "et combien de contact lui avez-vous donné ?" Poser leur bébé dans un lit-cage est une évidence pour beaucoup. Je ne veux pas leur balancer trop de choses à la tête d'un coup...

Si on me questionne sur des choix impliquant la construction d'une confiance parent-enfant, une véritable communication, je réponds parfois que tout dépend de si on veut construire une relation, une confiance, une communication sur le long terme avec nos enfants ou pas. C'est un peu énorme comme question, mais ça m'arrive.

C'est en cela que je crois. Ça me vient de mon expérience en famille. Quand mon troisième était petit, je lui ai pas mal tapé dessus. J'allais très mal, il cassait beaucoup, démolissait parfois... Je crois que nos contacts, un allaitement d'environ 5 ans, cela nous a aidés à dépasser tout ça, à en parler et en reparler jusqu'à ce que ce soit digéré. Et c'est lui qui m'a massée pendant le travail à la naissance d'Ethel.

Il y a deux ans, son institutrice nous a dit qu'il ne disait jamais de mal de sa famille (je me suis dit : "tiens, il y a des enfants qui disent du mal de leur famille à l'école ?" et qu'elle sentait qu'il y avait un lien très fort entre lui et nous). J'ai été très touchée par ce qu'elle m'a dit ce jour-là. Cette institutrice est issue d'une famille très nombreuse et je pense qu'elle pouvait comprendre des choses que tout instituteur ne pige pas forcément (le manque de moyens, par exemple...). »

Ingrid, 7 enfants