Avant sa naissance, j’avais déjà entendu parler de bébés aux besoins intenses dans le livre de La Leche League, L’art de l’allaitement maternel. Les trois premiers mois, je n’ai pas particulièrement réagi. Pour un tout petit, son comportement m'a paru "normal". Vers 3 mois, la situation la nuit a empiré et, de 3 à 6 mois, c'était une sorte de lutte puisque que je pensais que ça allait s'améliorer... Et puis, j'ai accepté qu'il soit comme ça, simplement, on a adapté notre couchage pour un cododo à plus long terme. Le simple fait de l'accepter a presque fait disparaître tous les problèmes, tellement on l'a beaucoup mieux vécu.

Ce qui m’a aidée, c’est l'écharpe, et surtout le porte-calllin, pour un portage quasi permanent dans la maison. J’ai préféré rester occupée et m'occuper de la maison avec lui, plutôt que d'essayer à tout prix de le calmer. Depuis, il a grandi, mais, à presque 2 ans, ses colères sont toujours spectaculaires. Il est encore parfois "hors d'atteinte" et il se réveille encore au moins deux fois par nuit. Il commence juste à supporter d'être gardé par ses grands-parents. Je pense que ma famille a pu constater le comportement d'Émile et a compris comment on s'est adaptés. Mes voisines pensent plutôt que je me laisse manipuler...

C'est a posteriori une chance d'avoir un bébé qui exprime aussi clairement ses besoins. J'ai appris que mes propres limites pouvaient être repoussées beaucoup plus loin que ce que je le pensais : manque de sommeil, patience... Je suis aujourd'hui beaucoup plus calme, je supporte beaucoup plus de choses avec bonne humeur avec mes enfants que je ne le faisais avec ma fille seule. Mais quand on est en plein dedans, c'est vraiment très dur par moments. Le plus dur, pour moi, c’était les crises en voiture ; même pour aller faire la moindre course, je savais qu'il allait y avoir au moins 10 minutes de hurlements terribles... »

Anne G., deux enfants


« Mon fils a eu besoin de contact durant ses sept premiers mois. Impossible de le poser ou de le laisser à quelqu'un d'autre. Même son papa ne suffisait pas ; il fallait qu’il soit en contact avec moi. Alors vive l’écharpe de portage ! Je l’ai porté énormément, sous peine de l'entendre hurler. Dans la voiture, il pleurait depuis le moment où il y entrait jusqu'à ce qu'on le sorte. Insupportable pour quelqu'un qui, en plus, n'aime pas trop conduire comme moi ! Cela a duré plusieurs mois ainsi. Nous avons essayé la nacelle, le maxi cosy, devant, derrière... Rien n’y faisait s’il n'était plus dans les bras de maman. Finalement, je crois qu'il en a eu marre et qu’il accepté de se taire, mais seulement si on le plaçait devant, juste à côté de moi. Mais dès que je le sors de la voiture, il hurle ou se réveille instantanément !

Puis, il a appris à se tenir assis et il joue tranquillement, mais si je disparais de la pièce (par exemple pour aller au toilettes), il se met à hurler comme si quelque chose de grave était arrivé. J'ai fini par le prendre avec moi aux toilettes aussi ! Maintenant il se déplace à quatre pattes et il est content car il peut me suivre partout. Il a toujours besoin d'énormément de contact avec moi, mais il lui arrive de rester seul avec son père et cela se passe bien. Il reste de longs moments à jouer et découvrir le monde, puis, soudainement, il a de nouveau besoin de venir contre moi.

Je n'arrive pas à expliquer ce besoin de contact et cette peur de l'abandon. Il a eu une naissance merveilleuse, sans violence. Je ne l'ai jamais laissé à qui que ce soit et je ne me rappelle pas d'un fait marquant. Quoiqu'il en soit, il a très peur de l'abandon ! »

Marianne B., 2 enfants, Suisse


« Je suis la maman de quatre enfants, de 7 ans à 5 mois, dont trois enfants aux besoins intenses. Chloé, notre aînée, n'a malheureusement pas eu la chance d'être écoutée dans ses besoins. Nous étions trop formatés "laissez pleurer". Par contre, Éloïse, notre seconde, a reçu au maximum la réponse à ses besoins intenses. Elle n'a quasiment pas été posée avant 6 mois et était toute la journée en écharpe, le sein à disposition, et contre moi la nuit, sein en bouche. À partir de 6 mois, avec l'acquisition de la position assise, elle a accepté quelque peu d'être posée, de temps en temps, de courts moments, mais les tétées ont continué à être très nombreuses et elle a dormi le sein en bouche en permanence jusqu'à l’âge de 1 an.

Ysée nous a paru beaucoup moins intense que sa sœur. Elle tétait moins et acceptait mieux d'être posée… Oh ce n'était pas le bébé des bouquins de puériculture, qu'on peut poser une fois endormi, et encore moins qui s'endort seul, en souriant, dans son lit-cage. Non, mais malgré un sommeil exclusivement sur maman et un nombre de tétées plus proche de vingt par jour que de quatre, à 12 mois, elle fut un temps de repos avant l'arrivée d'Eden, qui, lui, après un premier mois calme, mais difficile question santé, a pris le même chemin qu'Eloïse.

Chloé, qui n'a pas été écoutée dans ses besoins intenses petite, reste aujourd'hui une petite fille de 7 ans aux besoins très intenses, qui cherche sans cesse l'attention et l'affection des autres. Eloïse a trouvé assez d'activités avec l'école et le centre de loisirs pour être plus "posée" à la maison. Tous les trois ont "fait leurs nuits" (une nuit de 21 h à 7 h du matin sans aucun réveil) aux alentours de 3 ans.

Que dire d'autre sur notre expérience ? Que nous avons bien vieilli, nous les parents, avec pas mal de fatigue, mais aussi combien de sourires, de bonheurs, de joie, de fierté. Que nous sommes heureux de voir l'épanouissement d'Eloïse grâce au maternage proximal, alors que notre entourage nous conseillait le "laisser pleurer" et tutti quanti. »

Marie P., quatre enfants


« Même si je n’aime pas les définitions, pour moi, un bébé aux besoins intenses, c’est un bébé dont les besoins et les demandes vis-à-vis de son entourage sont très, très importantes. Tous les enfants ont des besoins importants ; tous ont besoin d’être aimés, rassurés, nourris, portés… Les bébés aux besoins intenses demandent une participation des parents très forte, sollicitent leurs entourage de façon très intense. L’investissement de départ est multiplié par dix, par cent, par rapport à d’autres enfants. Leur niveau de tolérance et leur niveau émotionnel est beaucoup plus bas. Par exemple, alors qu’un bébé a besoin d’être porté pour s’endormir, un bébé aux besoins intenses a non seulement besoin d’être porté, mais dans une position plutôt qu’une autre et dans certaines conditions particulières (avec tel mouvement du parent, dans telle ambiance sonore…). Et puis, je crois que la notion de bébé aux besoins intenses varie aussi beaucoup en fonction des parents : tel bébé sera perçu comme aux besoins intenses par certains parents alors que, pour d’autres, il sera tout à fait « normal ».

Nous devions endormir Matéo dans l’écharpe avec des mouvements verticaux très amples (le must : descendre des escaliers ou le trottoir de façon rythmée), quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit. Le moindre bruit (une dame qui passait avec des talons, une moto dans la rue, un papier plastique…) le réveillait, ainsi que le moindre changement dans le rythme… Je me souviens que nous avons été, Loren et moi, plusieurs fois accostés par la police car nous étions dans la rue à 4, 5 ou 6 heures du matin, à faire du sur place en montant et descendant le trottoir ! Et le nombre de livres que j’ai lus dans la rue, adossée à un mur pour garder la position debout et le mouvement de balancement pendant qu’il dormait !

Hélas, je n’avais jamais entendu parler de bébés intenses avant la naissance de Matéo. Son comportement m’a énormément perturbée. Je pensais qu’il y avait quelque chose qui clochait, j’en venais à avoir du mal à m’attacher à lui. J’ai beaucoup douté, pleuré, pesté… À La Leche League, lors d’une réunion, une maman d’un bambin aux besoins intenses m’a conseillé le livre « Que faire quand bébé pleure ». Cela a été la révélation, Matéo était décrit dans le livre, trait pour trait !

Ce qui m’a aidée, en premier lieu, c’est le papa, Loren ! Ensuite, d’autres personnes ressources qui m’ont rassurée, soutenue et accompagnée : un docteur, une sage-femme, La Leche League... Puis, plein d’autre choses comme l’allaitement, l’écharpe de portage, des livres… Pour ma seconde, c’est tout à fait différent. Et puis, beaucoup de choses me sont devenues naturelles, comme allant de soit. Alors, tout est plus facile.

En grandissant, Matéo reste intense. Mais sur d’autres plans. Cela demande toujours autant de disponibilité et cela remet toujours autant de choses en question.

En ce qui concerne l’entourage, la réaction dépend des moments. Il y a toujours des moments d’adaptation pour tout le monde et, parfois, cela coince encore, même maintenant. Mon entourage, et moi-même aussi, parfois, nous nous attendons à ce que, maintenant que Matéo a plus de 5 ans, tout cela soit du passé. Ils ne comprennent pas pourquoi il est toujours nécessaire d’adapter l’environnement de Matéo pour que cela soit plus plaisant pour tout le monde, ou de lui laisser plus de temps pour beaucoup d’aspects.

Il est sûr que c’est grâce à Matéo que j’ai exploré le maternage proximal de cette façon. Il m’a fait évoluer, grandir. Même si parfois cela me coûte, je ne regrette pas d’avoir eu tout ce cheminement laborieux et parfois difficile. Je n’aurais jamais été celle que je suis sans l’avoir eu. Et je suis bien contente que cela soit mon aîné, pour partir, dès le début de mon rôle de mère, avec une vision différente du maternage et une ouverture à d’autres possibilités. »

Paola A.-P., deux enfants