Thibaut, organisateur des réunions Papazoïdes (Paris) :

« J’aimerais amener des parents à une réflexion et peut-être à un changement »

« Pour l’instant, nous n’avons fait que deux réunions : en septembre et en novembre. La suivante sera en mars 2008. C’est donc une expérience encore nouvelle.

La première fois, cinq pères se sont retrouvés autour d’un bon repas. Nous avons discuté des interrogations qu’on peut avoir en tant que papas, dans le rapport à nos enfants. Cela nous a amenés automatiquement à parler de nos expériences de fils vis-à-vis de nos pères et à voir un peu ce qu’on voulait reproduire ou pas de ce qu’on a reçu ou subi.

Au départ, l’idée est venue lorsque j’ai discuté avec un enfant de six ans, qui me racontait que, dans sa famille, quand sa petite sœur fait des bêtises, c’est à lui qu’on demande de punir la petite en la frappant. J’aurais aimé parler aux parents de ce garçon. En parlant avec d’autres personnes, je me suis aperçu que cette attitude de jugement n’était pas une bonne idée et qu’on ne peut pas ainsi changer les choses. Je pense qu’il faut être plus ouvert et montrer ce qu’on fait, nous ; quelles sont les alternatives, etc. Idéalement, j’aimerais amener des parents qui « maltraitent » leurs enfants, ou en tout cas ne les traitent pas aussi bien que dans mon idéal, à une réflexion et peut-être à un changement. Et cette réflexion est alimentée par chacun. Cela devient évident, de l’extérieur, quand on voit une méthode que nous considérons brutale, mais cela vaut le coup pour tous de s’interroger sur nos propres méthodes.

Moi-même, il m’arrive d’avoir des pulsions quand mon enfant fait quelque chose qui m’énerve un peu. J’ai parfois envie de crier ou de le bousculer un peu, et je pense qu’il est intéressant de discuter de nos pulsions, des alternatives, de ce qu’on peut demander aux enfants. Je me pose un certain nombre de questions concernant l’autorité parentale par exemple. Qu’est-ce qui dépend réellement de l’adulte et qu’est-ce qui est un abus de pouvoir ? J’ai quand même l’impression que l’autorité paternelle traditionnelle est encore très marquée, donc c’est un sujet qui revient beaucoup dans les réunions.

J’ai également remarqué, qu’entre pères, nous ne discutons pas forcément très facilement dans des lieux tels que le Cafézoïde. Je le regrettais un peu, j’avais envie qu’on puisse se connaître. Pour les réunions Papazoïdes, on fait la cuisine et on se met à table, et je dirais qu’on se « met à table » dans les deux sens, parce qu’on va discuter des thèmes liés à la paternité. Certains thèmes sont plus faciles à aborder entre pères et entre pairs. Je ne tiens pas à aborder certains sujets devant mon fils, ni devant sa mère. J’aurais peur du jugement de celle-ci et je me sens plus libre d’en discuter avec d’autres pères.

Les réunions ont lieu plutôt en semaine, le soir (vers 19h30). Pour se joindre à la prochaine réunion, le plus simple est de contacter le Cafézoïde. Plus les pères seront intéressés et plus nous nous organiserons pour faire des réunions plus régulières. »

Pour contacter les Papazoïdes :

http://www.cafezoide.asso.fr, 01 42 38 26 37, cafezoide(at)aol.com

Yann, fondateur, du groupe Patern’ et Lait (Haute Normandie) :

« Partager ses joies, ses interrogations et trouver du soutien »

« Brigitte, de l’association Matern’ et Lait, avait cette idée d’organiser des réunions de pères depuis longtemps, il ne lui manquait plus que des pères motivés. Un jour, sur le ton de l’humour, je lui ai envoyé un CV en disant que j’avais vécu pleinement la première grossesse, fait une couvade et que je m’étais épanoui dans le cabinet du gynéco à la première échographie, etc. Et c’est comme ça que nous nous sommes lancés.

Nos réunions sont avant tout un lieu d’écoute et de partage d’expérience, sans jugement. On essaye de toucher aussi bien la population du Havre que celle de l’arrière-pays à Bresse. On a choisi un lieu à une trentaine de kilomètres du Havre pour que ce soit facile pour tous de se rencontrer. Certains parcourent une petite centaine de kilomètres pour venir nous voir. On va donc dans un bar qui nous réserve le premier étage de sa salle, tous les premiers vendredis de chaque mois. C’est à partir de 19h et la plupart des réunions se finissent vers minuit, voire une heure du matin. Une consommation est offerte par l’association. On discute, dans un premier temps jusqu’à 21h30-22h, après quoi le patron du bar nous propose un petit repas, ce qui permet à ceux qui le souhaitent de poursuivre ainsi la soirée.

C’est tout récent, ça date du mois de mai. On était au départ sur une moyenne de cinq papas à chaque réunion, et on est passé, depuis les trois dernières réunions à sept-huit en moyenne. Ça tourne plutôt bien. Certains sont assidus, d’autres ne viennent qu’une fois, selon leurs disponibilités.

Lorsque les papas reviennent, on se connaît un peu mieux. On sait combien ils ont d’enfants, quel âge ils ont, quelles sont leurs préoccupations et leurs joies. Cela permet d’aborder plus facilement des sujets qui peuvent être un peu tabous dans notre sociétés, comme la sexualité pendant la grossesse, par exemple. On arrive ainsi à se livrer et à se rendre compte qu’on n’est pas seuls à se poser des questions ou à rencontrer telle ou telle difficulté. Je me souviens par exemple d’une conversation sur les pleurs du soir, où un papa a osé avoué qu’il avait eu envie de secouer son enfant, devant son incapacité à le calmer. Il ne l’a pas fait ; il a préféré reposer l’enfant, quitte à le laisser pleurer. Mais au cours de cette réunion, il a pu s’exprimer sur ce sujet difficile.

Ça reste anonyme : je ne demande que le prénom du papa, sa commune de résidence et le nombre d’enfants qu’il a. Personne n’est obligé de se livrer. Certains viennent et écoutent pendant les deux premières heures. Puis, lorsque ceux qui ne désirent pas se restaurer sur place s’en vont, on arrive à un groupe plus restreint, et là, il leur est parfois plus facile de se lancer dans la conversation.

On n’est pas toujours d’accord ; par exemple, certains admettent donner des fessées. On essaye alors simplement de leur dire qu’il peut y avoir une autre façon de faire, sans leur dire pour autant que ce qu’ils font n’est pas bien. On n’est pas là pour ça. Ils repartent avec des solutions si on en a à leur proposer, mais en tout cas ils ont pu livrer leur expérience. On partage des petits trucs, comme le collier d’ambre pour les poussées dentaires ou la recette du liniment. On se refile aussi des adresses, comme celles des sages-femmes qui pratiquent l’haptonomie ou celles des médecins pro-allaitement. On a eu une conversation intéressante avec un papa végétarien, qui se demandait s’il était bien d’imposer le végétarisme à son enfant. C’était son souci du moment, il l’a partagé et on en a discuté.

Les pères qui viennent sont plutôt très ouverts sur tout ce qui écologie, développement durable. Le profil des pères qui viennent, c’est plutôt des papas « nature ». Et ce sont généralement des papas d’enfants allaités, tout simplement parce qu’on « recrute » essentiellement par le biais de l’association Matern’ et Lait. C’est souvent difficile pour un père de faire le premier pas, de se déplacer pour venir voir. Une fois qu’il est venu, il réalise la richesse des sujets abordés. Ceux-ci peuvent être aussi légers que la recherche d’une nounou, ou bien plus lourds, comme la perte d’un enfant en fin de grossesse.

Il y a des questions qu’on n’a pas toujours envie d’aborder avec sa compagne. Il y a aussi le fait que, pendant la grossesse, l’entourage se focalise sur la future maman, la maman se focalise sur son ventre, et, en tant que papa, on a parfois envie d’exister, nous aussi ! Les réunions sont réservées exclusivement aux pères. Je pense que la présence de nos compagnes changerait le contenu des conversations. Par contre, nous avons des projets, comme de faire des après-midis jeux avec nos enfants, au mois de mai.

Moi le premier, je reviens toujours enchanté de ces réunions. J’y trouve aussi des pistes pour mes enfants, qui ont deux ans et demi et trois mois et demi. »

Pour contacter le groupe Patern’ et Lait :

http://maternetlait.info postmaster(at)maternetlait.info