«J’ai lu avec intérêt le hors série n°3 de votre magazine et ait été sensible aux arguments développés par les partisans de l’instruction en famille, et ceci d’autant plus que je suis psychologue de l’Éducation Nationale et que je critique cette institution pour les mêmes raisons. Je réprouve la violence institutionnelle faite aux enfants sous toutes ses formes et m’efforce de sensibiliser enfants et adultes, afin de la reconnaître, même dans ses aspects habituellement banalisés.

Je respecte par ailleurs le choix des parents de ne pas scolariser leurs enfants en institution.

Ici, je vais cependant me faire l’avocat du diable pour nuancer la belle image que peut représenter l’éducation uniquement en famille.

Je rencontre effectivement des enfants en souffrance à l’école ; certains parce que le système scolaire ne leur convient pas, ou parce qu’ils ont été dévalorisés ou peu encouragés par leur enseignants ou bien parce que le groupe classe ou certains de ses éléments les agressent sans qu’ils puissent être protégés par les adultes de l’école. Il existe de multiples raisons pour qu’un enfant souffre à l’école. Parfois, l’enfant vit mal sa scolarité parce que, chez lui, se jouent des drames : violences, menaces de divorce, de suicide, etc. et qu’il n’est pas tranquille. Parfois à la maison, il n’y a personne pour lui poser des limites et quand il trouve un cadre, il inverse le rapport dominant/dominé et devient éteint, trop passif, et souvent, si on ne lui cède pas tout, qu’on ne le couvre pas de cadeaux et de bisous, il imagine qu’on ne l’aime pas. Là aussi, différents facteurs sont en cause, mais qui ne dépendent pas que de l’école.

Je rencontre aussi régulièrement des élèves heureux de m’expliquer qu’ils doivent leur réussite à leur maître ou maîtresse ; la fameuse campagne qui avait été lancée par le gouvernement, il y a quelques années, a permis les témoignages de nombreux élèves qui considéraient qu’une rencontre avec tel enseignant avait été décisive dans leur vie, et pas seulement sur le plan de la réussite scolaire.

Par ailleurs, certains enfants trouvent à l’école un espace pour souffler : soit pour échapper un moment aux conflits parentaux qui leur sont pénibles, même si ont ne se sert pas d’eux comme enjeu, ou pour échapper aux besoins de contrôle permanent sur eux d’un de leur parent très angoissé. Sans compter qu’ils subissent parfois les pressions découlant du stress des grandes personnes concernant les résultats scolaires, la nourriture, leurs capacités, leur comportement, etc. Combien de parents sont étonnés de les voir si sages en classe, alors qu’à la maison, ils n’écoutent pas maman. Parents et enfants sont bien contents de cette séparation régulière pour refaire le plein d’énergie et ne pas se confronter en permanence.

La violence des adultes n’est pas que le fait de l’école et nous concerne tous.

Je ne doute pas que les familles qui témoignent dans ce magazine aient réussi à installer les conditions les meilleures pour l’éducation et l’instruction de leurs enfants mais, derrière nos motivations rationnelles, il en existe parfois d’autres plus inconscientes qui ne vont pas forcément dans le sens du développement de l’autonomie et de la créativité de nos enfants, même si nos enfants nous leurrent parfois tant ils ont l’air satisfait de la situation.

D’autre part, même si je ne doute pas que l’enfant instruit en famille puisse être aussi sociable et socialisé que celui instruit à l’école, je me dis que l’idée même exprimée dans un des articles que l’épanouissement ne peut être que personnel, m’inquiète quant aux conséquences pour tous si cette idée était généralisée. Certains sociologues actuels mettent en garde contre cette idéologie source de problèmes comportementaux.

Enfin, si l’école à la maison se généralisait, certains enfants ne recevraient que peu d’instruction, d’autres n’échapperaient pas à la maltraitance grave subie à la maison, car il n’y a pas qu’à l’école que leurs besoins biologiques, leurs besoins d’apprendre, leur besoin de reconnaissance ne sont pas entendus. C’est cette éducation là qui consiste à identifier ses besoins, à savoir se faire entendre et reconnaître qu’on oublie souvent de leur enseigner.»