Faire preuve de bon sens face aux réflexions déstabilisantes : "Ton lait n’est pas assez riche" : bien sûr que si ! Les autres mammifères ne se posent même pas la question !

"Ton lait est trop clair" : ça reste dans la même lignée, c’est sûr que si l’on regarde du lait juste tiré en début de tétée, il est translucide car peu riche en graisses, mais il va se modifier en cours de tétée et au cours de la journée et de la croissance de bébé ! Quelle merveille quand même !

"Ton bébé pleure tout le temps, il meurt de faim, donne lui un biberon" : pourquoi ne se préoccupe-t-on que des pleurs des bébés allaités ? Un bébé allaité ne pleure que parce qu’il a faim et pas parce que sa couche est mouillée ou parce qu’il a besoin de câlins ? À méditer !

Je ne vais pas me lancer dans la liste exhaustive de toutes les réflexions, mais on peut partir du principe que si c’est négatif, on n’écoute pas ! Si toutes les mamans allaitantes se donnent le mot, je suis prête à parier que d’ici peu une étude très sérieuse, d’un médecin très sérieux, affirmera qu’allaiter rend sourd ! »

Aurélie A., quatre enfants

« Quand on est sûre de soi et des bienfaits de l'allaitement, en fait, on ne reçoit pas tant de critiques... Des questions, des remarques surprises, mais les gens ne vont pas plus loin, en fait, quand ils voient que leurs questions ne dérangent pas et ne nous font pas douter.

"Tu vas la sevrer bientôt, non ?" Ben non, j'ai allaité sa sœur jusqu'à un an, et je compte bien en faire autant avec elle !

"Tu es sûre que tu as assez de lait ?" Ben oui, vu que de toute façon, elle s'arrête quand elle n’a plus faim... et qu'elle ne réclame rien d'autre !

"Tu l'allaites encore ?" Ben oui, tant que j'ai du lait et qu'elle en veut ! C'est gratuit, toujours chaud, ça ne prend pas de place, ça s'emporte partout... Y a rien de plus pratique !

"Comment tu fais quand tu veux sortir ?" Je l'emmène avec moi (partout, même en cours ou en examens !) ou alors je tire mon lait... De toute façon, je ne ferai pas garder mon bébé pendant plus de quelques heures avant ses un an.

"Et le papa, il est pas jaloux ?" Il ne l'entend même pas réclamer la nuit et ça l'arrange que ça soit tout prêt et tout chaud pour ne pas être réveillé.

Mais, au final, j'ai eu plus de réflexions admiratives que de véritables critiques ! Les gens sont en général épatés de découvrir qu'on peut allaiter plus de deux mois. Beaucoup pensent que ce n'est même pas possible, à commencer par mères et belles-mères qui ont elles-mêmes sevrés plus tôt par « manque de lait » ou par conformisme. Alors, on passe pour une super-maman... »

Anne R, trois enfants

« Alors, pour mon deuxième, je n’ai pas encore de critiques, mais pour mon premier, ça a fusé étant donné qu’il a été allaité jusqu’à 28 mois. Donc, on répond qu’il va être allaité sûrement jusqu’à ses 18 ans ou bien jusqu'à son mariage ; que de toute manière, je ne pense pas avoir vu ni les hommes préhistoriques, ni Marie faire chauffer le lait des bébés au micro-ondes...

Quand on me dit qu’il est temps d’arrêter d’allaiter bébé à partir de 6 mois, je réponds : « Pourquoi ? Alors les enfants biberonnés arrêtent aussi le biberon ? »

Et j’en passe et des meilleures… »

Christelle X., deux enfants

« Ben ça dépend de la critique et de la personne ! Déjà, si la personne n'est pas importante à nos yeux, le mieux, c’est de ne pas répondre et d'ignorer tout simplement. On mène son allaitement tranquillement, sans se soucier des gens.

Si la personne est importante à nos yeux, tout dépend si elle est ouverte ou pas. Si elle ne l'est pas... là encore, le mieux est de ne pas répondre tout simplement. Ça évitera des discussions stériles qui ne feront pas changer d'avis la personne. Si la personne est ouverte, ben là tout est permis !

Ensuite, tout dépend aussi de la nature de la critique : si elle porte sur la conduite de l'allaitement, sur ses impacts sur la santé de l'enfant, sur l'aspect psychologique... Les réponses seront différentes à chaque fois. Pour ma part, la plupart du temps, je cite des sources "officielles" (ministère de la Santé, OMS, AFPA...), puis je clos la discussion. Ça m'a toujours bien réussi !

Sandrine J., un enfant et enceinte

« Il n'y a rien de mieux que l'allaitement maternel pour l'enfant déjà, mais aussi pour sa mère. Un enfant préférera le sein de sa mère à un biberon. Si l'on produit du lait, c'est que notre lait est fait pour nourrir notre bébé. De plus, il est gratuit, toujours à bonne température, stérile et évolue pour le bien-être de bébé. »

Ludivine R., un enfant

« J'ai 22 ans et j'ai une petite fille de 13 mois, je l'ai allaitée 9 mois exclusivement au sein, puis j'ai introduit viande, poisson, légumes et fruits sans aucun souci, tout en l'allaitant en complément. Je ne travaille pas et c'est que du bonheur de voir grandir ma fille et de me dire que je la nourris depuis sa naissance avec mon lait ! C'est vraiment une fierté et si je peux l'allaiter encore un an ou plus, je le ferai.

J'ai aussi subi des réactions très diverses dans mon entourage, mais vous savez, soit les femmes vous jalousent parce qu'elles n’ont elles-mêmes pas eu l'opportunité de le faire (ou ont arrêté d'allaiter en pensant qu'elles n'avaient plus de lait alors qu'il est possible de relancer sa lactation), ou alors elles ont un point de vue très négatif sur l'allaitement : bébé dépendant de la mère, seins qui s'abîment avec le temps, peur de grossir, bref, l'allaitement serait une contrainte ! Moi, je dis, elles ne savent pas ce qu'elles ratent, et ce que leur bébé n'aura pas le bonheur de connaître !

Car non seulement le lait maternel favorise un système immunitaire efficace (ma fille n'a jamais été malade), mais en plus l'allaitement contribue à une perte de poids plus rapide pour la mère, à éliminer les graisses, rend l'enfant moins vulnérable aux virus, diminue le risque de cancer de l'ovaire et du sein chez la femme qui allaite plus de 12 mois dans sa vie, crée une relation privilégiée et fusionnelle entre la mère et l'enfant, bref, c'est tout simplement quelque chose de naturel et de magnifique ! Quand ma fille s'endort au sein le soir (et elle peut très bien s'en passer, mais pourquoi lui enlever ça, si ça lui plaît et la berce ?), je la regarde et je me dis que c'est la plus belle chose qui existe. Je comprends que certaines femmes privilégient leur carrière, mais cela n'empêche pas d'allaiter quelques semaines ou mois, au contraire ! J'ai eu une césarienne programmée et j'ai pu l'allaiter dés mon retour de salle de réveil. »

X., 1 enfant

« Pour ma part, je réponds juste : "ah, oui ?" et la variante est physique : soit un regard triste (si la personne me dit que je n'arriverais pas à allaiter longtemps), un visage intéressé légèrement moqueur (si la personne est très sûre d'elle), un visage neutre (si je sens que la personne ne désire pas réellement en parler).

Je n'essaye pas de changer une opinion quelle qu'elle soit, car cela pourrait réveiller des douleurs chez autrui. Mais en répondant sans vraiment s'intéresser, les monologues des personnes que vous avez en face de vous finissent par très vite se tarir.

Voilà c'est succinct, mais ô combien réel.

La plupart des gens qui ont une approche négative de l'allaitement sont des personnes qui ont souffert de ne pas avoir réussi cette partie de leur rapport à l'enfant : allaitement écourté, douleurs persistantes, mauvaise information... et quand on écoute les critiques jusqu'au bout, ces douleurs se déballent souvent d'elles-mêmes.

Une femme qui est persuadée, aujourd'hui encore, de ne pas avoir eu assez de lait, et, par conséquent, a allaité son enfant deux mois dont une partie en mixte (ceci expliquant cela), m'a dit (alors que j'étais enceinte) que je n'arriverais pas à allaiter mon bébé très longtemps lorsque je lui ai fait part de mon intention d'allaiter mon fils six mois en exclusif.

J'admets que l'impact de tels dires sur une jeune mère mal informée ou peu motivée pourrait mener à un écourtement d'allaitement. Mais se fâcher et vouloir absolument prouver à une mère qui a raté son allaitement, que c'est parce qu'elle ne s'est pas bien informée, et qu'elle n'était, de toute façon, pas motivée autant qu'elle voudrait me le faire croire, n'est pas constructif. Aussi seul le temps parle pour moi, et aujourd'hui, elle n'aborde plus le sujet, mon enfant ayant 7 mois et étant encore allaité presque exclusivement.

Le seul éclat que j'ai eu a été avec ma belle-mère qui m'a dit, alors que j'étais enceinte, qu'il fallait commencer les petits pots à deux mois... J'avoue avoir dit "non" de manière catégorique. La conversation n'est jamais revenue...

Voilà ma manière d'aborder les critiques, souvent pas très méchantes, mais "bateaux", qu'il m'a été donné de recevoir via le filtre de mon bon entendement (du moins l'espère-je).

Pascale M., un enfant

« Cela dépend de la personne qui critique. Si je sens qu'elle n'est pas ouverte, je réponds simplement que j'allaite mon fils parce que c'est bon pour lui et qu'on arrêtera quand il le décidera. Puis je change de sujet.

Si c'est quelqu'un de plus ouvert et qui critique plutôt dans le but de s'informer ou pour être éclairé sur le sujet, j'explique un peu plus en détail les avantages. L'allaitement a beaucoup aidé mon fils pendant ses deux périodes de gastro. Grâce aux tétées, il a échappé à l'hospitalisation. En effet, mon lait était la seule chose que son corps acceptait et ça lui a permis d'éviter la déshydratation.

L'allaitement, ce n'est pas que nourrir, c'est aussi un câlin et une manière de se consoler ou se rassurer pour le bébé.

L'allaitement, c'est quelque chose de naturel, alors pourquoi donner à nos enfants du lait artificiel ?

L'allaitement est un lien unique entre mon fils et moi. Les tétées sont des moments de bonheur pour nous deux.

Je ne fais rien de mal en allaitant, bien au contraire, c'est pour le bien de mon fils et pour moi aussi. Il faut savoir qu'allaiter plus d'un an diminue le risque de cancer du sein.

J'explique aussi que notre pédiatre est consultante en lactation et que je fais partie d'une association d'information sur l'allaitement. Cela rassure...

Pour finir, je retourne la question en demandant ce qui les gêne ou bien je dis : "pourquoi allaiter un bambin gêne-t-il plus qu'un parent qui met une fessée à son enfant ?" Là, ils se rendent bien compte que l'allaitement long n'est simplement pas dans leurs habitudes de vie.

J'ai l'impression que, quand il est question d'allaitement, soit on critique facilement parce qu'on ne connaît pas, soit parce qu'on n'a pas réussi son projet et que finalement on aurait aussi aimé vivre cette belle histoire. C'est dommage ... »

Vanessa L., un enfant

« J’allaite mon fils d’un an et nous cododotons, je peux donc dire que je suis à ce titre doublement critiquée, plus particulièrement par mes amies de mon âge plus que par ma famille et belle-famille. En effet, d'origine méditerranéenne (algéro-italienne), dans ma famille au sens large, l’allaitement est promu et requis comme le fondement de notre éducation. En revanche, à l'extérieur, il y a beaucoup d'incompréhension. On me plaint d’être esclave de mon bébé, des tétées, de devoir donner le sein quand lui le veut ou le décide. Ma réponse est claire, sans ambiguïté ni agressivité : je veux le meilleur pour mon enfant, or les études démontrent tous les bienfaits de l'allaitement pour le bébé et pour la mère. Le bébé bénéficie d’une relation fusionnelle avec sa maman, est mieux protégé contre les maladies, tout comme la maman qui voit réduire considérablement ses risques de cancer du sein notamment. Enfin, l'allaitement, contrairement à ce que les gens pensent, est beaucoup plus simple et pratique que de donner le biberon (préparer, chauffer, attendre, panne de lait). Moi, je suis son sandwich géant, son doudou, toujours là quand il en a besoin et ça simplifie tellement la vie... »

Victorine M., un enfant

« Personnellement, quand je lis toutes les remarques et critiques qu'essuient certaines, quelques, voire la plupart des allaitantes, qui postent sur le forum, je suis un peu abasourdie. J'ai la chance de ne jamais avoir subi de telles choses. Il y a bien quelques réactions un peu étonnées, voire dubitatives, mais le plus souvent admiratives. Je ne sais pas si ça tient à ma façon de vivre mon allaitement, totalement assumée, libérée de toute forme de contrainte sociale ou de mon "jem'enfoutisme" viscéral quand à l'image que les autres peuvent avoir de moi. Je ne saurais dire si devant une telle assurance, les gens n'osent tout simplement pas me dire leur façon de penser, mais, mis à part deux ou trois petites réflexions qui ont glissé sur moi comme l'eau sur le poisson, je n'ai eu à souffrir d'aucun désagrément verbal.

Les rares fois où c'est arrivé, je me suis contentée de ce regard un peu cynique, faussement peiné, de celle qui est vraiment désolée de contrarier les plans si parfaits de l'ordre de l'univers en ne faisant pas comme elle est censée faire, ou d'un sourire triomphant du type "je fais ce que je veux avec mes cheveux".

Je crois aussi que j'ai mis mon cerveau en mode "sourde oreille" à tous les bons conseils ou mauvaises critiques dont chaque personne que je peux croiser dans la rue, connue ou inconnue, est loin d'être avare. Tout simplement parce que, comme le dit l'adage populaire : "les conseilleurs ne sont pas les payeurs" et que j'ai eu largement l'occasion de me rendre compte que ceux et celles qui nous abreuvent le plus de leurs conseils ont très peu allaité, voire carrément pas du tout. Si c'est pas un comble, ça ! »

Zéférina D., un enfant