Littéralement, « masser » se définit par « mobiliser les téguments de la peau », c'est assez large. La peau peut être mobilisée par les mains, les pieds (massages japonais) ou une autre partie du corps du masseur (avant-bras...), un outil médiateur (balle, ballon, pierres chaudes, gant en loofa, tissus divers, habits lors des massages habillés, etc.), un élément extérieur (l'eau qui glisse sur la peau lorsque l'on nage ou la pression du jet d'eau en balnéothérapie), voire un appareil souvent très coûteux donnant lieu à des tarifs de séance élevés sans pour autant forcément plus d'efficacité (palpé-roulé en endermologie, appareil à ultra-sons, machine à bercements). Les téguments de la peau peuvent également être mobilisés à distance, sans contact direct. C'est le cas, par exemple, lors des massages californiens où l'on agite un membre assez rapidement en le tenant par son extrémité : le mouvement rapide ainsi communiqué au reste du corps mobilise la peau et les muscles du bras ou de la jambe, voire du corps en entier, ce qui a un effet relaxant profond et agréable, ou lorsque le corps est mobilisé par l'intermédiaire de tractions sur la serviette sur laquelle le (la) massé(e) est allongé(e). Les modalités du massage peuvent varier : intensité d'appui, rythme rapide ou plus lent, fluidité des mouvements ou impositions statiques des mains sur la peau pour mobiliser les couches profondes du corps (muscles, fascias, organes, viscères...).

Théoriquement, si l’on s'en tient à la définition du massage donnée ci-dessus, les mains posées sur la peau sans mouvement, sans mobilisation de tissus ne seraient pas du massage. En fait, les effets étant similaires et cette manœuvre étant pratiquée en même temps que les manœuvres plus mobiles, les « simples » mains posées sur la peau ou les habits de la personne receveuse sont par extension considérées comme du massage et en France relèvent légalement de la compétence du masseur-kinésithérapeute.¹ Enfin, le massage peut être donné par une personne extérieure, professionnelle ou non, ou par soi-même en auto-massage. Selon l'intention et le contexte donc, le massage sera pratiqué par des personnes diverses sur des personnes encore plus diverses.

Lorsque l'on se cogne, qu'on se fait mal, on se frictionne spontanément la peau à l'endroit du choc pour soulager la douleur : c'est un automassage qui repose entre autres sur le fait qu'au niveau de la moelle épinière il y a une sorte de porte du système nerveux qui ne peut laisser passer qu'une seule information à la fois : la douleur ou la sensation tactile. On frotte donc la partie douloureuse, ce qui génère des informations qui vont circuler en direction du cerveau par l'intermédiaire de cette « porte » neurologique. La « porte » va laisser passer en priorité cette information-là et laisser l'information « douleur » de côté. L'information tactile est prioritaire sur l'information douloureuse. C'est le gate-control. Lorsque notre enfant se fait mal, on procède spontanément de la même manière en frottant délicatement ou plus vigoureusement la zone endolorie. Attention, le gate-control ne fonctionnera que si l’on ne rajoute pas de pathologie. Autrement dit, si l’on frotte délicatement sur un bleu en superficie, il y a des chances pour que ce soit plus efficace que si l’on masse profondément et vigoureusement pour "soigner le mal par le mal" comme on entend parfois. Cela augmente juste la douleur et souvent la détresse de l'enfant, c'est tout. À l'efficacité du gate-control, on ajoute le fait de s'intéresser à notre enfant et à sa douleur. L'écouter et le prendre en compte joueront aussi positivement sur la résolution de cette douleur.

On va alors peut-être le prendre dans nos bras pour accueillir ses pleurs et ses mots-maux, en le câlinant et en lui caressant spontanément le dos alors que ce n'était pas là qu'il avait mal. On donne un massage à notre enfant, spontanément, sans y penser. Le massage devient alors un moyen d'entrer en contact, un outil de lien, un massage-message. Tu as mal et tu m'appelles, tu me tends les mains. Je viens, je t'écoute et te prends en compte, je te prends dans mes bras et je te masse, je t'accueille et te soutiens. Le massage comme moyen d'entrer en con-tact (toucher-avec), le massage comme outil de lien est tout-à-fait adapté au sein d'une famille. Massage parent-bébé, massage parent-enfant, massage en couple : prendre le temps de se masser est un bon moyen de se rencontrer, de garder un lien, de vivre ensemble. Mais dans une famille ce n'est pas obligatoire, cela renvoie chacun à son propre corps et à son histoire, à la bonne entente que l'on entretient avec soi-même ou pas. Un parent ayant été violenté au cours de sa vie, et en particulier au cours de son enfance, ne sera pas forcément à l'aise pour prendre un temps de massage avec son enfant et sera parfois peut-être brusque, voire violent malgré lui. Le corps a sa mémoire que l'intellect a parfois occulté pour pouvoir grandir, tout simplement. Le toucher et les corps à corps remettent à jour rapidement ce qui a été vécu, même si la mémoire en parole a sélectionné les souvenirs pour ne garder que ceux qui étaient « acceptables » et gérables au moment des violences subies. Il ne sert à rien alors de se forcer, le massage n'est pas non plus la seule façon de se toucher.

Le sens du toucher est beaucoup plus important pour tout-un-chacun et en particulier pour un nouveau-né qu'on ne l'imaginait il y a quelques années. Des expériences aux siècles précédents ont montré que des enfants que l'on ne touchait pas, même si leurs autres besoins, dits physiologiques, étaient satisfaits (alimentation, hygiène, sommeil, élimination, etc.), mouraient. Ça a été le cas de bébés allemands vers l'an 1200 à qui leurs parents ou nourrices n'adressaient aucune parole sur ordre de l'empereur Frédéric II qui voulait découvrir quelle serait la langue spontanée des enfants si on ne leur parlait pas et si on ne les maternait pas. En fait, ils moururent tous! Au XIXe siècle et jusque vers 1920 aux États-Unis, plus de la moitié des enfants de moins d'un an mouraient de « marasmus » (terme grec signifiant « dépérissement »), et presque 100 % dans les orphelinats ! Les enfants dépérissaient et mouraient de « faim de peau » pourrait-on dire. Cela en raison des dogmes provenant de l'enseignement du Dr. Holt en vigueur à cette époque-là qui préconisait l'allaitement à heures fixes, voire les biberons de lait de vache coupés d'eau (entraînant des diarrhées souvent fatales), le bannissement des berceaux, l'interdiction de prendre les enfants dans les bras lorsqu'ils pleuraient et le refus des caresses qui risquaient de « gâter » les enfants. C'était aussi la période où étaient menacés d'excommunication les parents partageant leur lit avec leur(s) enfant(s) pendant le sommeil, suite à des infanticides déguisés en étouffements dûs à la promiscuité nocturne, dans des familles pauvres désespérées à trop grand nombre d'enfants (il n'y avait pas de contraception et l'avortement était interdit et très dangereux pour les mères). Ce sont encore ces idées dogmatiques diffusées dans un livre paru il y a 114 ans qui ont la vie dure dans l'entourage des jeunes familles d'aujourdhui et dans nos mentalités contemporaines. A New York, alors qu'un programme de soins maternels avait été institué dans les services de pédiatrie, où chaque bébé était porté, pris dans les bras, promené et materné chaque jour, la mortalité infantile des moins d'un an tomba à moins de 10 % en à l'hôpital. C'est dire si le toucher est vital. Dans une expérience en 1963, Harlow a élevé des singes rhésus orphelins en cage en leur laissant à disposition un substitut maternel métallique assurant l'allaitement et un substitut maternel doux et moelleux en lainage recouvrant une ampoule intérieure qui produisait de la chaleur. Il a comptabilisé le temps passé par les bébés singes auprès de chaque substitut et il s'est avéré que les bébés n'allaient vers la « mère » nourrissière en métal que pour téter et passaient la plupart de leur temps auprès de la « mère » chaude et douce au toucher contre laquelle ils se pelotonnaient alors qu'elle ne dispensait pas de nourriture (exemples relevés dans Ashley Montagu, La peau et le toucher - un premier langage, Éditions Le Seuil.) La « reconnaissance du ventre » censée être à la base des manifestations de joie en présence de sa mère par un nouveau-né dans le langage courant devrait être remplacée par la « reconnaissance de peau » ou la « reconnaissance du toucher » même si le lien qui unit un enfant à sa mère est évidemment bien plus que cela. Le massage parent-bébé est un moyen de nourrir ce bébé par sa peau, mais toutes les expériences de peau-à-peau partiel ou intégral sont bonnes à prendre. Lors du partage du lit entre le bébé ou l'enfant et son ou ses parents, il y a contact. Ce contact sera différent s'il y a habits ou non. Entre la famille en pyjama + couverture + turbulette ou parents nus ou torses-nus et bébé juste en couches, voire nu (en cas de pratique de l'hygiène naturelle nocturne), pelotonné contre le sein de sa mère, la surface de peau touchée, massée, la "surface" d'êtres en contact ne sera pas la même. La différence est encore plus palpable entre un bébé en chambre seule, a fortiori hospitalisé, et un bébé nu ou quasi contre la peau de sa mère toute la nuit. Il y a 8 à 10 heures de peau à peau d'écart par jour entre ces deux situations et les besoins de massage et de contacts diurnes de ces deux bébés (et de leurs mamans !) seront donc bien différents. Un bébé en écharpe porte-bébé nu contre sa mère habillée juste d'un débardeur ou d'un maillot de bain voire torse-nu (à la maison), ou un bébé en combinaison « bibendum » en poussette qui n'a même pas accès à son propre pouce, et vous comprendrez bien que l'effet massant, l'effet de lien n'est pas le même. Rien que la différence d'habillement entre hiver et été influe sur la quantité de « papouilles » directes que chacun va recevoir sur sa peau. Pour les bébés d'hiver, pensez à les dévêtir régulièrement en ambiance à bonne température pour pouvoir les câliner, les masser, prendre votre bain avec et satisfaire ainsi vos besoins réciproques de contact. Idem pour les grenouillères avec pieds emballés ou non, petits pieds à embrasser et massouiller ou enveloppés dans diverses épaisseurs de tissus, voire chaussures dernière mode (le petit bébé ne marche pas, il n'attrapera pas froid par ses pieds sur le sol...). Masser son bébé, ses enfants, son homme ou son amoureuse, oui donc, mais pas seulement. Toucher, câliner, entrer en contact, c'est vital. Et pourquoi tout ça ? Parce que ça fait du bien ! Parce que ça nourrit, parce que ça détend.

La stimulation douce de la peau dans un cadre agréable provoque la libération d'endorphines, morphines naturelles produites par le corps qui peuvent amener un effet légèrement euphorisant, tout au moins, un effet de détente. La stimulation des défenses immunitaires et la maturation des grands systèmes physiologiques (respiratoire, digestif) chez le nouveau-né sont maintenant mis en avant également comme effets du massage des tout-petits, voire des plus grands. Le bonheur, c'est bon pour la santé ! Un massage global peut être pratiqué dans le cadre de la famille, ou peut être donné par un professionnel, habitué à prendre la juste proximité-distance par rapport à l'intimité physique et psychique du massé. En France, ce sont les masseurs-kinésithérapeutes qui ont le monopole légal de ces massages. Dans la pratique et dans d'autres pays, divers professionnels proposent ces massages-détente. Dans la mesure où ce massage est échangé dans la famille, la technicité n'est pas la priorité car le massage est un outil de lien privilégié, un outil de rencontre. Faites comme vous le sentez, dites ce que vous ressentez, pensez à demander ce que vous aimeriez, apprenez à observer, à ressentir ; accueillez-vous dans votre simplicité, accueillez l'autre dans sa complexité et chacun dans son unicité et ce sera le mieux pour vous. Si ce massage-détente est donné dans un cadre hors famille, faites attention à la personne que vous choisissez. Vous remettez votre intimité physique et psychique entre les mains d'une personne extérieure et son choix dépend de ce que vous recherchez. Un massage global peut détendre le corps et amener des émotions enfouies à ressurgir. Certains professionnels sont formés à l'accueil de ces émotions, d'autres non. Certains psychothérapeutes ont intégré le toucher et le massage dans leur pratique, d'autres ont développé des techniques psychocorporelles pour soigner le corps et l'âme en synergie. Ce sont des approches utiles en particulier pour les personnes très kinesthésiques, qui s'expriment beaucoup par leur corps, ou au contraire pour les personnes qui ont difficilement accès à leur intérieur. Dans ce cas, masser le corps peut aider à "nettoyer" ce qu'il y a à "nettoyer" différemment d'avec les mots. Dans des contextes particuliers, d'autres professionnels de santé peuvent être amenés à toucher et masser leurs patients : sage-femme, aide-soignante, infirmière, médecin, podologues, psychomotriciens, consultantes en lactation/allaitement, etc. Lors d'accouchements, de douleurs ou d’hospitalisations (pensez aussi aux bébés prématurés hospitalisés qui ont un énorme besoin de contact agréable pour équilibrer les nombreuses stimulations tactiles désagréables qu'ils ont reçues depuis leur venue au monde), pour l’accompagnement des personnes en fin de vie, les soins palliatifs ou de longue durée, les massages pratiqués par ces différents professionnels vont alors avoir pour effets ceux décrits précédemment et encore bien d'autres, selon le contexte et l'état d'esprit dans lequel ils seront dispensés.

Du réflexe physique (gate-control) au moyen d'entrer en contact, massage-message ou nourriture affective, stimulation physique ou outil de relaxation, soin de soi ou soin de Soi, soin du corps ou soin de l'être , à chaque couple masseur-massé son massage, à chaque instant sa création.

Un petit poème en conclusion:

Peaux en fleurs,
Deux Peaux à fleur de peau affleurent...

Prendre le temps,
S'asseoir.

Se regarder,
Se sourire,
Se toucher.

Masser,
Bercer,
Étirer,
Rassurer.

Porter,
Câliner,
Grandir...

ENSEMBLE.

''Rachel Delplanque, masseur-kinésithérapeute""
http://www.afleurdepeau.biz septembre 2008

1. NDLR : un débat juridique oppose en France – pays qui fait exception dans le domaine – kinés et masseurs non kinés. Joël Savatofski, kinésithérapeute, masse et transmet l’art du massage à des non kinés, ce qui lui a valu une série de procès. Il relate ce parcours dans son dernier livre, L’affaire massage bien-être, ou le droit d’être touché/massé par qui bon nous semble et qui nous semble bon ! , paru aux Éditions Yves Michel (2006).