Marianne n'aime pas le maternage...
Par Grandir Autrement le lundi 1 décembre 2008, 09:31 - General - Lien permanent
Dans le dernier numéro de Marianne, un long article intitulé “ Quand l'écologie renvoie les femmes à la maison ” fustige les pratiques recouvertes par le parentage proximal.
L'article s'ouvre en associant l'allaitement, les couches lavables et l'accouchement à domicile, ainsi que le choix d'élever ses enfants à la maison, à une “ régression ”. Le postulat de base de l'auteur consiste à dire qu'on ne peut faire ces choix qu'en renonçant à la liberté durement acquise par les féministes des années 60-70. Ce postulat, disons-le tout de suite, est faux. Non, les mères écologistes du XXIe siècle n'ont pas choisi de vivre “ la vie de leurs grands-mères ”, comme le prétend l'article. Non, nous ne sommes pas retournées un siècle en arrière, comme le prétend Elisabeth Badinter, que l'on a connue sous un meilleur jour. Tout, dans cet article, révèle une profonde méconnaissance de ces pratiques et de ces choix, et un attachement quasi dogmatique à des idées que l'on peut aujourd'hui considérer comme obsolètes, telle celle qui consiste à voir dans le biberon le symbole de la libération de la femme.
Pourquoi considérer, en effet, que la mère qui allaite est forcément cantonnée à la maison ? C'est - déjà - mal connaître celles qui font le choix de rester au foyer, souvent très investies dans la vie associative et locale. C'est - ensuite - volontairement méconnaître ou ignorer que beaucoup de femmes allaitent et travaillent. Travailler et allaiter ne relève pas de la gageure, au contraire : j'ai personnellement repris le travail quand mon aînée avait trois mois et demi, et quelques années plus tard, quand la seconde avait 8 mois. Cela ne m'a pas empêchée de continuer à les allaiter matin et soir et plus les jours où je les avais avec moi. De même, cela ne nous a pas empêchés, mon mari et moi, de sortir en amoureux si le coeur nous en disait, et pour une raison simple : j'avais un tire-lait. Nombre de mes amies ont fait également ce choix d'un allaitement (souvent prolongé) sans renoncer à leur investissement professionnel : j'ai autour de moi des enseignantes, des infirmières, des cadres de la finance, des ingénieurs, des journalistes qui ont fait le choix d'allaiter et de travailler. Nul besoin de donner du lait en poudre à un bébé pour permettre à sa mère de le confier. Du reste, ce n'est pas incompatible. L'auteur va même jusqu'à affirmer que les études médicales, dussent-elles émaner, comme elle le reconnaît, des instances les plus officielles, ne sont pas toutes confirmées. Il est pourtant aujourd'hui certain que l'allaitement constitue de loin l'aliment le plus approprié aux besoins d'un bébé, et qu'il est bel et bien excellent pour sa santé. Contester ce point, tout comme associer l'allaitement à un nécessaire renoncement au monde du travail, est une contre-vérité dangereuse, qui plus est décevante quand elle émane d'un journal qui compte dans son lectorat un certain nombre d'écologistes de gauche. Il faudrait au contraire, dans une visée progressiste, l'accepter, et peut-être étudier des modalités destinées à faciliter sa mise en œuvre lorsque la mère qui travaille fait le choix d'allaiter.
Allaiter - faut-il le rappeler ? - est un choix aussi respectable que celui de ne pas allaiter. En aucun cas le fait d'allaiter ne remet en cause le choix de ne pas le faire. Il ne s'agit pas de culpabiliser les femmes qui n'allaitent pas, il s'agit simplement de faire connaître ce que l'article s'ingénie ici à occulter : allaiter n'empêche pas de travailler, comme travailler n'empêche pas d'allaiter. S'il est possible de tirer son lait, il est aussi possible de remplacer les tétées par des repas solides pendant l'absence de la mère, et même de lui donner des petits pots (il en existe même des bio, comme l'ignore l'auteur, qui, décidément, manque de nuance dans le portrait quelque peu caricatural qu'elle brosse) - ou encore, si la mère ne souhaite pas tirer son lait, du lait artificiel. Il faut enfin rappeler ici le droit du travail, qui permet à une femme de tirer son lait sur son lieu de travail, en disposant d'un lieu et d'un temps pour ce faire.
L'article évoque également le choix que font certaines de rester à la maison, en partant de présupposés là encore bien contestables. Pourquoi, par exemple, penser que ce retrait soit définitif ? Nombre de ces mères choisissent de prendre un congé parental, pour retrouver ensuite plus sereinement le monde du travail. Pourquoi penser que le fait d'être chez soi empêche toujours de travailler ? Certaines mères “ à la maison ” en profitent pour mettre en place un vrai projet professionnel, voire monter leur entreprise, ou bien travaillent avec leur enfant. Du reste, peut-on penser que les pressions que les femmes subissent parfois au travail soient plus enviables que le fait d'élever sereinement ses enfants à la maison ? La véritable question qui se pose, en termes de féminisme, c'est aussi la question du congé parental masculin. Pourquoi si peu de pères en profitent-ils ? Peut-être parce que leur carrière est plus “ intéressante ”: l'article oublie que la parité salariale, par exemple, est très loin d'être acquise. Très concrètement, une femme qui travaille a souvent un salaire moindre et, les frais de nourrice déduits, il n'est pas plus intéressant d'aller travailler - voire même complètement coûteux si on prend en compte les autres frais que cela engendre (vêtements pour le travail, repas à l'extérieur le midi, transports etc.) Les hommes, avec un salaire supérieur et des pressions toutes différentes, ne se posent même pas les mêmes questions. À l'heure actuelle, comme l'article le note à raison, ce sont encore les femmes qui assument en majorité les tâches ménagères, pression domestique que la plupart des hommes, selon les statistiques, sont sans connaître. On le sait : à niveau de diplôme égal, la réussite professionnelle féminine est moindre. Comment alors ne pas comprendre la lassitude des femmes ? Dans un contexte socio-économique tout différent de celui des trente glorieuses, il n'est pas étonnant que, déçues par le monde du travail, elles opèrent une forme de repli sur soi à la maison. Ou bien, tout simplement, qu'elles cherchent l'épanouissement ailleurs que dans le travail à tout prix, forme d'esclavage moderne. En irait-il de même si le partage des tâches était réel, si l'égalité de traitement existait dans le monde du travail et si le monde professionnel laissait plus de place à la vie de famille ?
Que veut dire être une femme ? Cela veut dire, biologiquement, que l'on a des seins et un utérus. Le féminisme des générations précédentes a cherché à abolir les différences. Mais la société, notamment le monde du travail, ne les a jamais vraiment gommées. L'auteur l'écrit, encore une fois, avec justesse, les tâches ménagères incombent bien souvent en majorité aux femmes ; mais on ne voit pas en quoi l'allaitement poserait un problème sur ce point. Le père peut bien donner le bain, jouer avec son enfant, cuisiner, faire les courses... Il y a tant à faire autour d'un enfant, pourquoi focaliser sur le biberon ? D'autant plus qu'il reste, encore une fois, tout à fait possible pour un bébé allaité de recevoir son lait autrement qu'en tétant sa mère. La libération, donc, dans la gestion du quotidien domestique, n'est pas advenue, ou n'a pas été totale. Les couches lavables retiennent alors l'attention de l'auteur. Je crains cependant qu'elle ne fasse l'amalgame entre les couches lavables actuelles et les langes d'antan. Les couches lavables actuelles sont tout aussi faciles d'utilisation que des couches jetables : une vraie révolution s'est opérée en la matière, révolution qu'on aurait tort de négliger, tant ses implications écologiques et économiques sont grandes (les études le prouvent). Pour avoir utilisé les deux systèmes, je puis dire qu'il est plus confortable de faire une machine de couches tous les deux jours que devoir descendre des poubelles pleines le soir ou encore d'aller faire la queue au supermarché, sans parler du porte-monnaie. Là encore, la réflexion de notre président peut prêter à sourire : pourquoi penser que la question des couches n'intéresse que les femmes ? Les hommes aussi changent leur bébé. Du reste, dans les familles écolos, les pères, pour la plupart, semblent bien plus impliqués que dans les familles traditionnelles.
Plus globalement, le choix qui, souvent, se propose à une mère qui travaille est le suivant : avoir une indépendance financière plus importante, mais au prix d'un asservissement à un employeur dans le but de faire prospérer une entreprise ; ou bien se contenter d'une allocation de congé parental, mais en choisissant de s'occuper d'un être qu'elle aime et qui le lui rend bien - " aliénation " (pour reprendre le mot d'Éliette Abécassis) précieuse, comme dans toute relation d'amour. Pourquoi ne pas considérer cette évidence que ces femmes, dans leur renoncement (temporaire ou définitif) au monde du travail expriment : il faut prendre en compte la situation familiale au travail, par exemple en aménageant les horaires, ou en luttant contre les " mises au placard " au retour du congé de maternité ou parental, lors de choix de reprise à temps partiel également, ou encore en permettant de travailler en partie de chez soi ? Il y a alors fort à parier que certaines d'entre nous, heureuses de pouvoir enfin concilier leurs aspirations de mères et de femmes actives, ne feraient plus les mêmes choix.
Peut-être que, simplement, ces femmes que madame Isabelle Saporta fustige, ces écologistes qui paraissent si rétrogrades et si dures sous sa plume, ont-elles simplement envie d'entrer en résistance envers un monde qui les oppresse.
Allaiter, accoucher sans péridurale, choix digne de " l'âge de pierre " pour reprendre l'expression de madame Saporta, témoigne d'une volonté d'investir pleinement son corps. Si les femmes font ce choix, c'est peut-être en effet pour éprouver en quelque sorte leur féminité. Accoucher peut ainsi se comprendre comme une forme de rituel, en notre société qui en manque tant, rituel par lequel une femme se ré-approprierait un corps quelque peu étranger, réifié par les pratiques médicales, dans une épreuve qui, péridurale ou pas, va la transformer tout entière, puisqu'elle devient mère. Se passer de péridurale ou accoucher chez soi, c'est, dans cette perspective, vouloir s'éprouver soi-même, un peu comme un sportif. C'est, quoi que vous disiez, madame Saporta, une libération, un acte pleinement féministe par lequel la femme affirme que son corps n'appartient qu'à elle. Accoucher librement, dans la position que l'on veut, ce n'est souvent pas possible dans les maternités françaises actuelles. Il est du reste faux de penser qu'il s'agit là d'un acte inconscient. Aux Pays-Bas, par exemple, c'est le choix proposé pour toutes les grossesses physiologiques. À ce titre, l'article divulgue encore une contre-vérité : une doula seule n'est pas habilitée à procéder à un accouchement. Il faut nécessairement la présence d'un médecin ou d'une sage-femme, sans quoi il s'agit de pratique illégale de la médecine. L'exemple cité est donc fallacieux. Il est aussi à savoir que l'accompagnement par une doula existe depuis déjà longtemps dans les pays anglo-saxons. En France, ce phénomène traduit sans doute aussi le malaise ressenti par la baisse des effectifs de sages-femmes, la détérioration du suivi qui en découle en structure hospitalière.
Loin de remettre en cause les luttes menées par leurs aînées, je pense personnellement que la génération actuelle des femmes essaie de redéfinir la féminité. Elles ne discutent pas la pilule ou la péridurale, elles en redéfinissent l'à propos. Fondamentalement, nous avons aujourd'hui des enfants que, pour la plupart d'entre nous, nous avons choisi d'avoir, grâce à la génération de féministes qui nous ont précédées, et envers qui nous éprouvons une vraie reconnaissance, loin de vouloir les “ tuer ” symboliquement comme le suggère Badinter. Nous avons simplement envie de voir nos enfants grandir.
Il y aurait tant à dire ! Mais, pour résumer, si c'est possible, il semblerait que ce qui choque l'auteur de l'article comme madame Badinter soit cette vision différentielle, voire différentialiste du corps féminin, éprouvé dans ses spécificités (accouchement “ nature ”, allaitement). Mais qui a dit, dans un monde où Obama vient d'être élu président des États-Unis, que la différence était l'inégalité ? Si la femme est différente de l'homme, n'est-elle pas pour autant son égale, son versant complémentaire ?
Bérengère Chapuis


Commentaires
Je viens de lire votre article « quand l’écologie renvoie les femmes à la maison » et je suis profondément attristée, révoltée, voire même insultée. En effet, accouchement à domicile, allaitement prolongé, pause dans la vie professionnelle, couches lavables, portage, cododo, alimentation préparée à la maison…c’est tout moi ! Sauf que sur un tel sujet, j’attendais une analyse différente d’un magazine comme Marianne qui, me semble-t-il, porte des valeurs humanistes.
À l’heure où les femmes choisissent quand elles deviendront mères et le nombre d’enfants qu’elles porteront, elles ont en effet le « toupet » de vouloir vivre pleinement leur maternité. Désirer un enfant, attendre parfois des années qu’une grossesse arrive, porter 9 mois, le « pondre » et ne prendre que 10 semaines pour s’en occuper ne leur semble plus satisfaisant. Las des diktats des valeurs masculines, elles osent enfin prôner à nouveau qu’elles sont femmes et explorer à fond leur féminité.
Alors, oui, elles vont oser accoucher à domicile pour reprendre en main leur accouchement et ne pas se laisser « accoucher » par un gynécologue tout puissant qui imposera son jour, son rythme, à ce moment si spécial dans la vie d’une femme.
À nouveau, timidement, elles osent allaiter. Mais dans un pays à la traîne comme la France, la situation pour les femmes est encore bien délicate. Culpabilisation de la femme qui ne souhaite pas allaiter, mais stigmatisation de la femme qui allaite plus de 3 mois et parfois même, oh mon dieu, un bambin au-delà de 2 ans ! Dans tous les cas, c’est la femme qui y perd !
Et puis, oui, ensuite, elles veulent aussi porter leur enfant, le masser, faire des activités avec lui. Parfois même, comble, l’enfant sera déscolarisé pour avoir l’école à la maison !
Et puis, du coup, tout ça les renvoie vers l’écologie et elles se disent alors qu’elles vont regarder un peu plus précisément ce qu’on leur présente comme les grandes libérations :
- plus de corvée de couches : oui on a tout pensé pour vous : consommez du jetable !
- plus de corvée de cuisine et d’allaitement, tout est prêt : consommez de la M… en boîte !
Alors, oui, elles osent enfin reprendre du pouvoir : nous avons notre corps pour mettre au monde, des seins pour nourrir et des bras pour porter nos enfants, seules, gratuitement et avec amour, simplement !
Je me pose des questions.
Pourquoi laisser les seules valeurs positives de féminité aux seules droites réactionnaires (cf. l’image du bras droit de MC Kain qui allaite) ?
Pourquoi ne pas dire aux femmes qu’il est tout à fait possible d’allaiter et travailler, que bon nombre font se ce choix, mais bien souvent se cachent encore ? Qu’elles ont droit à 1 h par jour jusqu’au 1 an de l’enfant ?
Pourquoi ne pas encore déplorer ces crèches qui ferment la porte aux mamans qui souhaitent allaiter en journée, voir refusent le lait maternel ?
Pourquoi encore si peu de crèches sur le lieu de travail ?
Pourquoi ne pas proposer à M. Sarkozy qu’il subventionne des services de ramassage et de lavage de couches, plutôt que d’estimer qu’il a raison et que l’on retourne bel et bien au siècle des grands-mères ? (Je vous rappelle aussi juste, que l’on a quand même des machines à laver, nous !)
Pourquoi ne pas faire de véritables propositions pour que les femmes puissent vivre pleinement leur féminité et leur maternité dans le temps, pour celles qui le souhaitent (au moins 2 ou 3 ans), sans perte financière, sans être pénalisées dans leur carrière ? Parce que, oui, ça reste profondément injuste de devoir être en partie dépendante de son conjoint et pénalisée quand un travail à plein temps, 24h/24 et 365 jours par an n’est « rémunéré » qu’à peine plus de 300 € par mois par le congé parental.
Pourquoi ne pas non plus déplorer le manque d’adaptation du monde du travail à la maternité ? Mi-temps aux horaires adaptés, télétravail restent encore des options tellement confidentielles. Et n’en déplaise à Me Badinter, elles ne sont pas forcément déçues du monde du travail. Car, bien souvent, ces choix le sont de femmes avec de belles positions sociales qui réussissent également professionnellement. Mais, justement, à l’heure où l’on va nous demander de bosser jusqu’à 70 ans, celles-ci considèrent que la maternité et s’occuper d’un enfant en bas âge ne dure qu’un temps dans la vie d’une femme. Et, au vu de l’importance grandissante qu’accordent les spécialistes et études aux premières années de la vie d’un enfant, ça peut valoir le coup d’y consacrer plus de 10 (bientôt 12, ha ha ha quelle avancée !) semaines à temps complet !
Et alors allaiter non plus 8 à 15 enfants non désirés mais 1, 2 voire 3 enfants (à 4,5 ou 6…ça le reste encore pour certaines) est une expérience merveilleuse, accompagner un enfant à grandir reste encore l’une des expériences humaines les plus enrichissantes dans la vie d’une femme. Quoi qu’ait pu lui apporter de bon sa vie, par ailleurs.
Porter des valeurs d’humanisme auprès de nos enfants est plus qu’urgent dans une société où la jeunesse ne fait que nous recracher à la figure le peu d’attention qu’on leur a porté. Les valeurs et les choix que nous portons ne sont absolument pas une régression, mais bien un sacré virage qui préfigure ce que sera, je l’espère, la société de demain. Une société humaniste qui respectera sa terre nourricière et où la dimension féminine, qui aujourd’hui fait encore peur par sa puissance de création, sera enfin pleinement reconnue et valorisée. L’égalité n’a de sens que dans la pleine reconnaissance des différences de chacun.
Sonia,
La Rivière Enverse 74
A « Marianne » :
Je viens de lire votre article « quand l’écologie renvoie les femmes à la Maison » et j’en reste sans voix. Sur toute la longueur, les propos sont d’une telles violence et d’une telle stigmatisation, sans aucune nuance, que la première question qui me vient à l’esprit est « avec qui ou avec quoi votre journaliste a-t-elle des comptes à rendre ? ».
Vous montrez du doigt ce que vous jugez être un extrémisme de l’écologie, du maternage et de l’allaitement, mais vos propos et ceux de Madame Badinter n’en sont pas moins extrêmes. Que faites vous de la nuance, de la liberté de chacun ou de chacune de faire ses propres choix et de les assumer ? Et où sont passés les pères dans votre article ? Nous sommes toutes des mères célibataires ou dépendantes d’un conjoint qui LUI travaille à l’extérieur du domicile ?
Visiblement ni vous ni Madame Badinter ne connaissez le bonheur que procure le sourire épanoui d’un enfant qui vient de téter et qui lâche le sein, ni celui d’un bambin qui se love contre vous dans son écharpe de portage. Et non, ce type de bonheur du maternage « de nos grands mères», comme vous dites, n’est pas réservé aux seules mères. Ne vous en déplaise, de plus en plus de pères y prennent une part active, portent leurs enfants, vont les chercher la nuit pour les apporter à leur mère pour qu’elle puisse les nourrir, et sont comblés de voir leur enfant nourri au sein. Au passage, ils savent changer un bébé qui a des couches lavables et mettre une lessive en route ! Cela vous surprend ? Vous ne saviez pas que ce type d’homme existe ??? Je vous l’accorde, cette espèce là ne se trouve généralement pas dans les speed-dating ou les boîtes de nuit, mais plutôt au sommet des montagnes, sur les rivières, dans les forêts et sur les sentiers de randonnées… Cela ne les rend pas accessibles à tout le monde, effectivement !
Le maternage n’est pas seulement une affaire de femme mais une affaire de famille. Ne vous en déplaise, Madame, il existe aussi de nombreux papa souhaitent prendre un congé parental. Certes, peu franchissent encore le pas, souvent ils se contentent d’un temps partiel pendant les six premiers mois de l‘enfant, car malheureusement les mentalités en France (votre article en est la preuve la plus brillante !) ne sont guère évoluées et il n’est pas facile lorsque l’on est père de demander un congé parental à son employeur. Déjà les mères qui le font sont montrées du doigts, alors les papas, vous pensez…. Qu’ils restent sur leurs chariots élévateurs ou devant leurs bétonnières ceux là !
Et non Madame, il n’y a pas seulement les mères au foyer qui choisissent les couches lavables et les purées maison. On peut travailler, avoir un poste important, allaiter ses enfants et leur cuisiner des plats sains sans être une « esclave » ! D’ailleurs, les maris eux aussi cuisinent et aiment préparer « des petits pots maison » pour leur enfant. Vous ne saviez pas non plus ??? Décidément, à quelle époque vivez vous ? Il n’y a pas de congélateur chez vous ? C’est vrai ma grand-mère n’en avait pas elle non plus. Vous ne savez pas que les petits pots, plats cuisinés maison et même le lait maternel se congèlent ??? Un litre de soupe légume maison qui a été congelé est prêt en cinq minutes et peut nourrir 4 personnes… cela vous étonne ? D’ailleurs cela est bien moins cher que les « briques » de soupe du commerce !
J’ai deux enfants de 4 ans et 9 mois : tous 2 allaités 6 mois exclusifs, allaitement toujours en cours pour le deuxième et poursuivi jusqu’à 23 mois pour l’aîné. Pour tous les deux j’ai utilisé des couches lavables. Cela vous choque ? Vous pensez que c’est être asservi à ses enfants ? Vous pensez que passer des heures au supermarché pour trimballer des sacs de couches jetables, des packs d’eau et de lait ainsi que de sortir quotidiennement des kilos de sacs poubelle du domicile cela est mieux ? Vous croyez que cela prend moins de temps ? Vous ne devez pas savoir compter correctement…
Quant à l’allaitement, cela procure du plaisir Madame, et de la sérénité, pour toute la famille.
Je travaille pour une entreprise de renommée mondiale et ai la responsabilité d’un service de plus de 100 personnes. Certains jours mes enfants sont gardés jusqu’à 11 heures par jour. Cela ne m’empêche pas de les porter en écharpe le week-end , de les allaiter le matin et le soir, même de tirer du lait sur mon lieu de travail. Mon dieu quelle horreur, quel archaïsme, allez vous penser ! Et s’il me plaît de faire ainsi ? En quoi cela dérange-t-il quelqu’un ? Cela fait culpabiliser les soixante-huitardes… Désolée pour elles… mais ne nous faites pas payer leur culpabilité refoulée. Vous n’avez jamais vu une grand-mère, soixante huitarde justement, avoir les larmes aux yeux quand elle voit son petit fils ou petite fille au sein ? Pourquoi cela les émeut tant selon vous ? Ou pourquoi les réflexions acides fusent –elles selon les cas… ? : tout simplement parce qu’il est impossible de revenir sur le passé et que souvent le bonheur des autres renvoie à sa propre histoire et cela fait mal.
Allaitement et travail, quel chemin de croix ? Le lait maternel protège des affections infantiles. Et je préfère protéger ainsi mes enfants que leur donner des antibiotiques et allonger les listes d’attente de consultations chez les pédiatres. Mieux vaut passer quelques minutes par jour à tirer du lait, que d’augmenter le taux d’absentéisme féminin (et oui on l’appelle comme cela !!!) dans les entreprises parce que nos enfants ont des bronchiolites, des gastros, et ramassent toutes les cochonneries qui traînent sur les lieux de garde. Ma fille de 4 ans ne sait pas ce qu’est un antibiotique et elle n’a jamais manqué un jour d’école. Vous croyez que tirer du lait cela prend du temps ? Mais quitter le travail en catastrophe parce que la nourrice vous appelle, aller chez le médecin en urgence, prendre les rendez-vous quotidiens chez le kiné pour la kiné respiratoire, et manquer le travail régulièrement pour toutes ces raisons, vous en faites quoi ??? Vous croyez que ce n’est pas aussi pour cela que les employeurs rechignent à donner des responsabilités et une égalité des salaires aux femmes ?
Tout n’est qu’une question de choix et d’organisation. Vous vous croyez moderne avec votre rejet de la différence ? Votre article est d’un racisme indécent Madame. Que faites vous de la liberté de chacun de choisir ? Non il n’est pas rétrogradant de rester à la maison pour ses enfants. Si je n’avais pas craint que mon employeur ne me mette dans un placard à mon retour de couches, j’aurais moi même demandé un congé parental plus long. Nous passons au minimum 40 ans de notre vie au travail, et j’ai, ne vous en déplaise, un emploi très épanouissant et à fortes responsabilités. Mais que sont 2, 3, 6 ans d’une vie consacrées à des enfants en bas âge par rapport à 40 ans (voire plus) consacrés à la vie professionnelle toute aussi épanouissante soit-elle ? Les lois protègent les femmes ? Que dire des employeurs qui demandent pendant les entretiens d’embauche si l’on est enceinte ou combien d’enfants on souhaite avoir ? Illégal allez vous me dire ? Une fois sur deux nous y avons droit !!!! Et je l’ai vécu personnellement. Pourtant avec mon allaitement prolongé, je n’ai JAMAIS manqué un jour de travail ! Et non, je n’ai pas de grand-mère ni de famille à proximité pour prendre le relais ! Désolée, elles sont soixante-huitardes, donc elles voyagent… mais après une vie de labeur elles l’ont mérité, non ?
Vous parlez de l’accouchement. Là encore c’est une question de choix et de liberté. De quel droit vous permettez vous de juger ? Un enfant est mort lors d’un accouchement à domicile ? Un peu facile comme argument, sorti du contexte … et sans autre précision. Vous croyez que les enfants ne meurent pas dans les maternités ? Cela n’existe pas en France ? Renseignez vous, car la France a un bien piètre score en ce qui concerne la sécurité des accouchements… nous sommes pourtant un pays soit disant » moderne », non ? Alors pourquoi sommes nous en queue de liste sur ce thème ? Bien sûr cela n’est aucunement lié au manque de moyens dans les centres hospitaliers, à la surcharge de travail du personnel médical, voire à son manque de formation. Certainement pas, pas de ça chez nous…
Nos grands-mère accouchaient dans la douleur. Quelle horreur ! Et je sais de quoi je parle, la mienne a eu 11 enfants nés vivants…
Mais nos grands-mères n’avaient pas le choix, elles. Ni de la contraception, ni de l’anesthésie, ni du type de maternage ! Toutes les femmes sont différentes, toutes ont des besoins différents. Pourquoi se monter les unes contre les autres ? Pourquoi les unes auraient raison et les autres tord ?Chaque choix est respectable, justement s’il est choisi et assumé. J’ai vécu 2 accouchements, un avec et un sans péridurale. Et bien Madame, ne vous en déplaise, mon accouchement sans anesthésie, et effectivement dans la douleur, est celui que j’ai préféré. Je l’ai beaucoup mieux vécu car je l’avais choisi et je l’ai géré entièrement alors que lors du premier accouchement j’ai subi toutes les volontés et protocoles de l’équipe médicale. Il est plus facile d’être acteur et d’avoir le contrôle que d’être « cobaye », vous ne le saviez pas ? Et bien moi je l’ai découvert. Et puis, c’est exact, si un jour je porte un troisième enfant, alors je souhaiterais le mettre au monde à la maison.
Voyez-vous, je suis convaincue que la vrai modernité et le vrai progrès c’est tout simplement le respect des uns et des autres, des différences. C’est pouvoir faire et assumer ses choix sans entraver la liberté des autres. La modernité c’est l’humanisme, et avant tout envers nos enfants. C’est super que des femmes puissent être des business women ! Mais vous croyez qu’elles ne souffrent pas lorsqu’elles ne voient pas leurs enfants grandir ? Lorsqu’elles ne peuvent pas dire qu’elles ont vu les premiers pas de leurs bambins ? Lorsqu’à 13,14 ou 18 ans ils leur explosent à la figure parce que l’argent et l’épanouissement professionnel ne remplacera jamais la présence, les bras, et encore moins le sein d’une mère ?
Alors ne jugez pas Madame : Il est honorable de ne pas allaiter si ce choix est fait en connaissance de cause. Il est honorable de ne pas utiliser des couches lavables si ce choix est assumé.
Mais de grâce, ne reportez pas vos doutes ni votre culpabilité refoulée sur ceux et celles qui ont fait un autre choix. Nous pensons que nos enfants valent cet investissement et nous espérons qu’avec l’affection et l’humanisme que nous leur avons transmis nous apporterons une goutte d’eau pour faire en sorte que ce monde soit un peu plus vivable, moins violent et plus serein.
Le pire des archaïsmes est la discrimination et le racisme. En lisant votre article j’ai eu « honte « que de tels propos puissent être publiés à notre époque si moderne… et dans notre pays si libre et si « égalitaire » ! Quel archaïsme… Je me demande qui de nous ou de vous est resté « 40 ans en arrière… » Mais quelque soit la réponse, je respecte les opinions des autres, moi .
Muriel
Taninges 74
Bonjour,
Mère de trois enfants, allaités (à la demande), portés (à la demande), instruits en famille, je n'ai pas le sentiment de vivre comme ma grand-mère puisque j'ai choisi cette vie qui me comble de bonheur!
La vrai régression, c'est ne pas respecter le projet de vie des femmes (et des hommes) qui décident de travailler...à la maison! Parce que l'air de rien, je cumule les mandats euh, les professions, lol!
Nina, 95
Tout simplement : BRAVO!!!!
J'étais si outrée par l'article paru dans Marianne... Votre réaction, espérons, aura son effet. Si un jour le gouvernement pouvait entendre nos requêtes, et qu'ils faisaient passer le message, enfin nous avancerions réellement, puisque c'est le seul moyen que gens "entendent, réagissent et changent". Pour le moment, nous sommes juste des marginaux, donc incompris... pour preuve avec cet article bourré de mensonges (oui, trop dur pour un journaliste de faire les recherches suffisantes pour avoir les preuves de ce qu'ils avancent...).
Un grand merci donc à cette répartie.
Bonjour,
Je fais partie des jeunes cadres trentenaires qui continuent à allaiter, utiliser des couches lavables, faire des petits pots maison etc. tout en travaillant. Je suis sans voix devant autant de méchancetés décrites dans Marianne, dont l'auteur n'a même pas pris le temps de bien connaitre le sujet et qui s'est défoulée sur les nouvelles-mamans. (cela me laisse penser que soit elle a des mauvaises expériences, comme p.ex. un allaitement non réussi, soit elle était payer pour écrire ce qu'elle a écrit).
Je lui conseillerais de lire un peu sur le nouveau féminisme définie par J. Matlary, qui promeut une conciliation entre vie de famille et vie professionnelle, et qui explique pourquoi l'ancien féminisme, à quoi l'auteur s'accroche, est complètement dépassé. On peut être d'accord ou non sur certaines visions décrites dans son livre, mais on ne peut pas nier que ses idées sur le nouveau féminisme sont excellentes et qu'elle a réussi à les mettre en œuvre dans sont propre vie notamment grâce à la politique familiale de son pays.
Donc, mesdames, retirons-nous un peu de la vie professionnelle pour revenir en pleine forme sur la scène (politique) et mieux se battre pour un féminisme qui n'est pas du tout rétrograde, contrairement à celui proposé par l'article.
Ella, 49
Maman travailleuse de 2 enfants allaités
Bravo Grandir Autrement pour cette réponse claire et pertinante !
Comme vous devez vous en douter, je suis moi même une jeune maman de 2 bébés allaités, portés et en lavables.
J'ai arrêté de travailler pour élever mes enfants car, avec les contrats précaires qu'on nous propose, rémunération au raz des paquerettes et aucune persepective d'évolution et à côté l'opportunité de voir grandir son enfant.. Y a pas photo le choix est vite fait... j'ai pas envie que ça soit la nounou qui entende le 1er mot, qui applaudisse les 1ers pas..
La journaliste de Marianne est sans doute une personne très fermé et aveuglée par ses idées car je ne me sens pas du tout rétrograde mais au contraire je pense que nous sommes l'avenir !
Magalie, 26 ans, maman nature de Oumy 2ans et 1/2 et Awa 4 mois
Bonjour,
Mère de deux enfants portés, allaités (en cours) et la 2e élevée en couches lavables, je voudrais apporter un autre son de cloche. Je travaille beaucoup, tiens à ma carrière passionnante, et cours sans cesse. Mon mari était archi-contre les couches lavables et j'ai cessé au moment où la propreté commençait à se mettre en place : un compromis donc. Mais lorsque j'entends N. Kosziusko-Morizet dire "il faut apprendre aux mères à utiliser des couches lavables", cela me scandalise : pourquoi les mères, d'abord, et pas les pères ? et surtout, je constate avec amertume que mes efforts écolo sont salement contre-balancés par les habitudes des crèches. Dans la nôtre, ils utilisent des Pampers, des lingettes, et des rouleaux de papier jetable à chaque change pour allonger l'enfant dessus. SI l'enfant arrive en CL, elle repart avec la couche dans un plastique, alors que nous fournissons tout, des sacs lavables à couche, des sacs en plastique de récup, etc. Que de gâchis ! Selon moi il faut considérer l'ensemble. De même qu'une mangue bio n'a aucun sens (kérozène du transport), il faut considérer les couches lavables au sein d'autres sources de gaspillage. Les crèches pourraient donner l'exemple, avec 70 berceaux ça fait des poubelles gigantesques ! Ne serait-ce qu'avec des gants de toilette lavés à 95° et des serviettes nominales changées régulièrement, on fait déjà des économies substantielles côté environnement, et c'est d'ailleurs ce que font les crèches publiques à Paris. On peut évidemment aller plus loin, personnellement je serais grandement satisfaite si les crèches se mettaient aux lavables, mais enfin, que le gouvernement nous propose un enseignement à l'écologie sans commencer par les collectivités locales, c'est un comble !
Et ne fustigeons pas tout en bloc : ma fille de 28 mois est allaitée matin et soir, ne mange pas (encore) certains aliments pour cause d'allergies et de diversification tardive, et dans cette crèche peu écolo, tout le monde le sait et l'accepte bien. Elle fait des blagues aux puéricultrices en leur disant "Je veux te téter" et elles rigolent et répondent sur le ton de la blague, c'est sympa comme tout !
Merci pour cette réponse au lamentable article de Marianne, et encore plus merci à la réponse de Muriel, qui est parfaite .
Sans avoir votre expérience de maternage avec mes 3 enfants, je constate cependant des similitudes entre les critiques de marianne sur le sujet, et celles que nous recevons régulièrement en tant que militants écologistes: les écologistes sont de plus en plus souvent qualifiés de terroristes. L'intolérance se généralise, surtout quand elle met en péril un mode de vie établi (basé en l'occurence sur la consommation).
Bientôt on traitera les mamans allaitante de terroristes du lait ?
Après relecture de l'article, je me demande aussi à quel lobby de la grande distribution et/ou de l'industrie agro-alimentaire cette journaliste a des comptes à rendre ...
Juste UN GRAND MERCI pour cette réponse et ces commentaires.
Je n'ai pas encore d'enfant, on fait tout pour, et ce que vous décrivez, c'est ce que je veux vivre. Rien que de suivre les méthodes naturelles qui nécessitent d'être attentive à son corps, je sens déjà combien je réintègre mon propre corps, je le connais, je le sens dans l'espace, je me familiarise profondément avec ma féminité, et déjà ça c'est une joie. J'attends le reste - l'enfant! - avec impatience, et il me semble que cette façon de faire - "l'enfant au naturel" si on peut dire - nous ancre plus dans le réel que "l'autre façon de voir", à fond dans la conso et dans le virtuel, le fugace.
Donc, encore une fois, Merci.