Un jour, à la même époque (il y avait des grèves et il n’avait donc pas beaucoup école), j’avais pris un jour de congé pour le garder et je me suis dit « Puisqu’il aime tant calculer, pourquoi ne pas nous amuser à poser des additions ? ». Et voilà que je lui montre comment faire des additions à deux chiffres. En quelques minutes, il avait compris le principe. De même pour les additions à trois chiffres. Me demandant jusqu’où il pourrait aller, je commence à lui montrer comment faire des multiplications du type : 21 fois 5. Même ça, il avait compris, et ce, le même jour ! J’en étais sidérée.

Je savais donc que mon fils était très intelligent et avait des facilités concernant l’apprentissage, surtout en mathématiques. Je me disais « Oui, il est peut-être surdoué, mais qu’est-ce que ça change ? » Et bien, aujourd’hui, je sais que ça change beaucoup de choses et que le savoir m’aurait aidé à faire face à certaines difficultés. Je ne savais pas par exemple que les enfants dits « précoces » étaient en général hypersensibles. D’où une tendance au retrait ou, au contraire, à l’opposition. Ce pourquoi je ne comprenais pas certaines réactions de mon fils, ni son anxiété. Apprendre que les enfants dits « précoces » sont souvent malhabiles de leurs dix doigts, qu’ils ne supportent pas l’échec, que leur facilité peut leur donner du mal ensuite à fournir de l’effort quand c’est nécessaire, m’a permis d’une part de réaliser que j’avais été une telle enfant (et donc de travailler sur moi, notamment en ce qui concerne le fait d’avoir tendance à me sentir énervée quand mes enfants n’arrivent pas à faire quelque chose, alors même que la raison me dit que c’est tout à fait normal que tout ne s’acquiert pas comme par magie) et, d’autre part, de mieux accompagner mon enfant. J’essaie par exemple de privilégier la manipulation dans ses apprentissages, de lui faire faire plus de travaux manuels, d’accompagner sa frustration quand le résultat d’une de ses créations ne lui plaît pas et de le valoriser le plus possible. Par exemple, il ne savait toujours pas faire ses lacets à 8 ans. Aujourd’hui, à 10 ans, il sait les faire mais encore avec du mal et, au lieu de lui dire que ce n’est pas croyable (tout en étant irritée, me rappelant sans doute combien j’étais moi-même frustrée quand je peinais à faire les miens ?), je lui fais remarquer les progrès qu’il a accompli.

Si j’avais su tout ce que je sais aujourd’hui sur les enfants dits « précoces », je n’aurais pas laissé mon fils s’enliser à l’école dès la classe préparatoire et j’aurais pu éviter qu’il perde autant confiance en lui aussi. Cela dit, à présent, il a déjà retrouvé beaucoup de cette confiance et j’espère que cela continuera ainsi. »

Amandine C., deux enfants