Deux ans après, quand on m’a dit que je risquais de perdre ma fille à 22 SA, je me suis dit "Si elle nait prématurée, je l'allaiterai !" Mais finalement, elle est née à 40 SA ! J'ai hésité en salle d'accouchement et puis je lui ai quand même refilé du lait artificiel. Ça, au moins, je connaissais... Par la suite, ma fille en a décidé autrement : elle buvait mal ses biberons, pleurait beaucoup et cherchait en permanence à téter mes seins. Du coup, quand elle a eu dix jours, n'en pouvant plus, je me suis finalement décidée à l'allaiter et me suis lancée dans une relactation. J'ai dû beaucoup me renseigner auprès de personnes compétentes et, à partir de là, mon intérêt pour l'allaitement en général n'a cessé de grandir. Si j'avais un troisième enfant, je ne me poserais vraiment aucune question : allaiter son enfant est pour moi une telle évidence à présent ! J'ai beaucoup de mal, à présent, à voir un nourrisson nourri au lait artificiel... Mais bon, vu mon "passé", je ne permets aucun jugement ! Je me contente de parler de l'allaitement avec bonne humeur et lui donner une bonne image, en espérant que cela motive les mamans à allaiter leur prochain enfant, et je fais tout ce que je peux pour aider les mamans allaitantes qui rencontrent des problèmes.

Loraine D., maman de 2 enfants, l'ainé non allaité, le deuxième de 25 mois (allaité)


Marie G. a été choquée, enfant, par la vision inattendue d’un sein allaitant. Mais dans ses désespoirs liés à l’infertilité, c’est l’allaitement qui a incarné pour elle la maternité.

J'ai été marquée par une vision d'allaitement dans mon enfance. J'avais 6 ans : j'étais la dernière enfant de toute notre famille, sans contact avec des enfants plus jeunes. Ma mère n'a jamais allaité et ma famille est très pudique. Un beau jour, alors que je jouais chez une copine, sa maman a vraiment "déballé" le sein pour allaiter le petit frère de mon amie. Son sein était immense et l'aréole très brune. Je ne m'y attendais pas, je ne connaissais pas. Cette vision m'a tellement choquée que j'ai trouvé l'allaitement "dégoûtant" pendant des années.

J'ai trimé pour tomber enceinte, après deux ans et demi d'essai. Ma vision a évolué peu à peu. Et de manière incroyable, dans mes "désespoirs" liés à l'infertilité, la maternité était incarnée au contraire par une super vision de l'allaitement. Je sentais au fond de moi, je m'imaginais allaiter ce bébé. C'était pour moi "ça", MA maternité, cet acte représentait "être mère", bien plus qu'accoucher, être enceinte ou tout autre acte de maman. Bref, gros revirement de vision.

J'aimerais maintenant allaiter le plus longtemps possible. Je comprends très bien que l'on soit choqué de l'allaitement, et désormais j'essaie de montrer qu'allaiter est possible partout, histoire que les futures générations voient qu'allaiter est "normal", et sans rien montrer, discrètement, sans choquer.

Marie G., maman d'un fils de 8 mois (allaité)


Carole L. n’envisageait pas du tout allaiter son premier enfant, même si la tétée de bienvenue aurait pu la tenter. Durant sa deuxième grossesse, elle était décidée à tenter d’allaiter.

Pendant ma première grossesse, je ne me suis même pas posé de question, il était inenvisageable pour moi d'allaiter : peur, dégoût, mal informée, envie que le papa participe, et personne autour de moi n'allaitait. Pourquoi je ne voulais pas allaiter ? Je n'en sais trop rien, probablement un peu de tout à la fois.

En salle d'accouchement, sous péridurale et avec un travail très long, bébé qui ne descend pas, on parle un peu allaitement avec la sage-femme. Je lui dis que non, je suis sûre de moi, je préfère le bib, elle n'insiste un peu, mais pas trop. Une fois mon bébé né, on me le laisse en peau à peau pendant une bonne heure. Petit doute, légère envie de mettre ce bébé au sein… Je me dis aujourd'hui que, si on m'avait proposé à ce moment-là une tétée de bienvenue, je l'aurai tentée avec plaisir. J'ai même essayé quelques temps plus tard, alors que mon bébé avait 3 ou 4 semaines, de le mettre au sein, mais sans succès. Mon seul regret, aujourd'hui, est de ne pas avoir osé demander cette tétée en salle de naissance. Pour mon deuxième bébé, aucun doute, avant même de savoir si nouveau bébé il y aurait, je voulais l'allaiter ! Je me suis beaucoup renseigné pendant ma grossesse, beaucoup lu, le tout sans me mettre la pression, je me disais on verra, on essaie et on voit ce que ça donne.

Les débuts ont été difficiles mais sans plus. Seule la mise au sein me posait quelques petits soucis. Aujourd'hui, ma fille a un an et elle est en cours de sevrage ; elle n'a plus qu'une tétée par jour. Cette année lactée n'a été que du bonheur.

Mon fils ne semble pas traumatisé d'avoir eu des bib et de voir sa sœur au sein. Pour lui, la norme, c'est le sein. Il m'a bien sûr posé la question de savoir pourquoi sa sœur était allaitée et pas lui. Ce à quoi je lui ai répondu, en toute franchise, que quand il était né, je n'avais pas trop envie d'allaiter. Mais j'ai bien insisté sur le fait que je ne l'en aime pas moins pour autant.

Carole L, maman d'Enzo 7 ans (non allaité) et Inès 1 an (allaitée).


Cette maman ne se sentait pas capable d’allaiter pour sa première fille. Quelques années plus tard, elle s’est sentie prête et a allaité sa deuxième fille avec émotion.

Lorsque j'ai accouché de ma première fille, j'avais 27 ans et j'avais un travail avec des horaires chargés. Dès que j'ai su que j'étais enceinte, j'étais sûre d'une chose : je ne souhaitais pas allaiter. Allaiter, ce n'est pas pour moi, c'est bien ce que je pensais. Mon entourage, famille et amis, était majoritairement pro-allaitement mais personne ne m'a jugée, on m'a toujours dit "si tu ne le sens pas, ne le fais pas". Je pense que je ne me sentais tout simplement pas capable et je ne me voyais pas du tout donner le sein. Le papa était ravi de pouvoir participer en donnant le biberon. Bref, tout s'est très bien passé. Cinq ans ont passé et je suis enceinte de ma deuxième fille mais là, dès le début de la grossesse, je me suis posée la question de l'allaitement. C'était presque comme une évidence, je me sentais prête. Malgré les débuts pas forcément évidents, le geste de mettre mon bébé au sein est venu si naturellement ! J'étais heureuse et très fière de ma petite puce ! Franchement, aujourd'hui, je vois l'allaitement comme la continuité de la grossesse, des moments privilégiés que l'on partage avec son bébé. Il est sur nous, à nous regarder, c'est simplement magique de pouvoir vivre cela et ça dépasse toutes mes espérances ! Les mots ne suffisent pas : il faut le vivre ! Maintenant je ne regrette rien pour ma première fille. À ce moment-là, je ne souhaitais vraiment pas allaiter. Tout ce que je souhaite aujourd'hui, c'est pouvoir allaiter jusqu'à ses six mois. Elle en a deux et demi aujourd'hui. J'encourage les mamans qui se posent la question à essayer !


Gaëlle D. ne pensait pas à l’allaitement, à l’ère du biberon. Lors de sa grossesse, des informations l’ont rassurée sur ses capacités à allaiter, ce qui lui a permis de se lancer sereinement dans l’allaitement de son bébé.

Je n'avais pas vraiment réfléchi au sujet en début de grossesse, mais, ayant vu mon petit frère au bib, pour moi, c'était normal de donner le biberon. Ma mère nous avait allaités au tout début mais avait dû vite arrêter, pas très soutenue... Et puis, vers six mois de grossesse, une copine m'a prêté le Thirion. Je l'ai lu avec attention et il m'a paru évident que j'essaierais d'allaiter, surtout quand ça m’a confirmé qu'une petite poitrine n'était pas une contre-indication. Non pas que j'étais contre l'allaitement avant, j'avais déjà vu allaiter une ou deux fois avant, avec une impression plutôt positive, mais je trouve qu'on n'y pense tout simplement pas à l'ère du tout-biberon. C’était donc une décision sereine et motivée. Ma famille n'a jamais mis en doute mon allaitement (en tout cas devant moi !), malgré les petites difficultés du début.

Gaëlle D., maman d'un enfant de 6 mois ½ (allaité exclusivement).


Hélen J. préférait peut-être ne pas faire différemment de sa propre mère. Mais, peu à peu, l’allaitement a fait écho en elle et elle s’est sentie prête.

Il y quatre ou cinq ans, je n'étais pas du tout dans le projet bébé. J'avais discuté avec ma mère et lui avait dit que je ne pensais pas allaiter quand j'aurai un bébé, que ça ne m'attirais pas, à la limite de me dégoûter. Je n'avais jamais vu une femme allaiter. Ma mère ne l'avait fait qu'un mois pour chacune de nous. Je pense que, par là, je lui disais que je ne voulais pas faire différemment, mieux ou plus qu'elle et que je lui demandais l'autorisation de faire à ma façon.

La "mode" de l'allaitement est arrivée ou alors était-ce moi qui étais prête à entendre ça ? Là, c'est devenu, petit à petit, une évidence ! Tout d'abord, les bienfaits et le rapport privilégié ; puis, tout simplement, l'évidence que c'était ça que je voulais vivre avec mes enfants. Je pense qu'avant je n'étais pas prête à me projeter aussi charnellement dans la maternité.

Hélen J., maman d'une fille de 1 an (allaitée).


Sophie D. nous raconte son épopée. Bercée par des a priori sur l’allaitement, elle a nourri son aîné au biberon. Mais des images positives d’allaitement l’ont convaincu d’allaiter son deuxième. Malheureusement, peu soutenue dans ses difficultés pour son deuxième, elle a préféré ne pas allaiter son troisième enfant. Finalement, voir s’épanouir ses enfants lui a donné confiance en elle et lui a donné la motivation d’allaiter ses jumeaux.

Je suis la fille de quelqu'un qui m'a toujours décrit l'allaitement négativement : "j'ai allaité ta sœur aînée et j'ai eu des crevasses" ; "au retour de la maternité, je n'ai plus eu de lait, d'un coup et j'étais fatiguée..." ; "à toi, je t'ai donné le biberon, et tu grossissais bien". Comme beaucoup d'enfants nés dans les années 70, j'ai donc été bercée par un certain nombre d'a priori sur l'allaitement.

Ma sœur aînée elle-même, avec qui j'ai beaucoup parlé lors de nos grossesses quasi-concomitantes, m'a toujours fait part de son choix "naturel" pour le biberon, pour la sécurité qu'il véhiculait (au niveau des quantités absorbées par bébé), l'indépendance qu'il permettait, et l'absence de toute douleur pour la maman.

Avant mes grossesses, si je me souviens bien, je ne m'étais jamais posé la question de l'alimentation de mes bébés. Je crois bien que j'aurais répondu "biberon" si vraiment on m'avait posé la question, tout simplement parce que je n'avais pas connu d'allaitantes dans mon entourage !

Lorsque je fus enceinte de ma deuxième, j'ai, comme beaucoup, aperçu des affiches lors des consultations en maternité. On y voyait des bébés joufflus près des seins de leurs mères, et l'image m'a paru tellement rassurante que je me suis mise à m'intéresser à l'allaitement. J'ai fait, alors, une boulimie d'achat de ces revues grand public qui ne poussent pas beaucoup à la question, mais qui ont le mérite, au moins, de présenter les bienfaits de l'allaitement et de vous dire que "vous aussi, vous pouvez y arriver !".

Mon mari était très ouvert à la chose car sa maman, faisant exception dans une génération de biberonnantes, avait allaité ses trois enfants, tout du moins les deux premiers mois...

On a d'ailleurs beaucoup ri à l'époque, car j'avais ressorti un vieux poupon de ma malle de jouets pour tester les positions décrites dans les revues !

Hélas... quand Bertille est née, tout n'a pas été aussi serein que je pouvais l'imaginer. Je me suis retrouvée en chambre double à la maternité, ma fille pleurait beaucoup plus que le poupon en plastique, elle pinçait fort mes seins. Le personnel, tout en m'encourageant verbalement à allaiter, me donnait très peu de conseils pratiques et donnait l'impression d'être absolument débordé.

Je me suis accrochée, un peu par orgueil, mais surtout parce que je persistais à vouloir donner le meilleur à ma fille.

J'ai eu beaucoup de crevasses et de crises de larmes. Je m'en suis sortie avec des bouts de sein en silicone et un allaitement mixte qui a duré presque 7 mois : c'était mieux que rien ! Demi-victoire.

Lorsque j'ai été enceinte de mon petit garçon, une partie de moi voulait retenter et faire mieux, une autre partie était déjà fatiguée d'avance à l'idée de prendre totalement en charge un petit, un an seulement après l'aînée. Au final, j'ai biberonné Enguerrand, lui donnant quand même la tétée de bienvenue en salle de naissance : à l'époque, c'est ce qui m'avait semblé le plus confortable.

Avec le recul, je me rends compte que je manquais alors davantage de confiance en moi que d'énergie. Et, quitte à faire les choses, il m'était insupportable intellectuellement de les faire à moitié. Donc je n'avais voulu prendre aucun risque, et surtout pas celui de me décevoir.

Quelques années ont passé et beaucoup de lectures me sont tombées sous les yeux. Le fait d'élever au quotidien deux petits, de les voir s’épanouir, de recevoir des compliments sur leur éveil, m'a donné confiance dans mon rôle maternel. Et la confiance, c'est le début du succès !

En 2008, j'apprends que je suis enceinte, et, bonheur immense, j'attends des jumeaux.

Autour de moi, les inquiétudes allaient bon train quant à la surcharge de travail qui allait peser sur nous. La question de l'allaitement était souvent balayée d'une main, puisque, c'est bien connu : "avec des jumeaux, on n'a pas assez de lait", "on y laisse sa peau", "il faut parer à l'essentiel". Je vis une grossesse rythmée par un nombre important d'examens médicaux qui font parfois état d'un "décrochement" dans la courbe de croissance de l'un ou l'autre des bébés. Je connais par ailleurs les risques de prématurité. Des jumeaux, c'est exceptionnel, dans tous les sens du terme.

Très vite j'ai alors la conviction que l'allaitement sera le meilleur pour des bébés qui risquent de naître plus petits que la moyenne (et surtout plus petits que mon fils, qui pesait plus de 4 kg...). Je suis tout simplement mentalement en train de me forger les meilleurs alibis du monde pour allaiter, comme une excuse que je donnerais aux gens pour "tenter quand même"...

Sans trop en parler à mon entourage, je prends contact avec une sage-femme libérale très formée à l'accompagnement des mamans, au plus proche de la nature. Je me rends aussi à une nouvelle consultation du centre hospitalier sur l'allaitement. A chaque fois, mes intentions sont très bien accueillies et encouragées. Je parle des difficultés que j'ai eues avec l'aînée et je trouve enfin des réponses à mes questions. J'apprends, par exemple, qu'on ne doit pas coller bébé au sein mais le positionner de telle manière à ce qu'il le trouve ou le lâche de lui-même. Véritables révélations. Je reconstitue d'un coup ce qui n'a pas été avec ma fille : son énervement, mes bobos, mon appréhension.

J'arrive détendue à l'accouchement et, quand on me pose la question de l'allaitement, en salle de naissance, je réponds immédiatement "oui". Mon mari me soutient, non sans inquiétudes. Le personnel est extrêmement agréable avec moi, me dit que c'est admirable de vouloir allaiter ses jumeaux. Je ne crois pas que ce soit si "admirable" que ça, mais on peut dire que ces remarques m'ont donné une énorme confiance en moi et une volonté de fer.

J'ai commencé à allaiter dans la joie, et avec fierté, je peux le dire. L'une de mes jumelles avait un peu de mal à prendre le sein, mais cela s'est réglé avec de la patience et l'aide des sages-femmes et des auxiliaires pour le positionnement.

Aujourd'hui, elles ont plus de 3 mois et n'ont jamais eu d'autre lait que le mien. Je retravaille parce que je suis profession libérale, mais je tire mon lait et tout se passe bien. Pas de crevasse, pas de silicone entre elles et moi.

J'ai pu continuer à fusionner avec mes filles grâce à ce lien lacté qui n'appartient qu'à nous. C'est très important, en particulier quand on a des jumeaux, et de surcroît quand on est obligée de travailler.

Je ne regrette rien de toutes mes expériences, même pas les biberons donnés à mon fils Enguerrand, car il me fallait bien cette remise en confiance dans ma fonction de mère sereine et détendue pour me remettre le pied à l'étrier. Et ses sourires repus après le bib préparaient ceux de mes filles endormies contre mon sein aujourd'hui. Quant aux relations avec les autres mamans, je peux dire que je suis aujourd'hui plus ouverte à leurs difficultés que si tout était toujours allé de soi.

Sophie D., maman de 4 enfants : une fille de 4 ans (allaitée trois semaines en exclusif puis jusqu'à 7 mois en mixte), un fils de 2 ans et 8 mois (nourri au biberon), des jumelles de 4 mois (allaitées exclusivement).


Estelle S. n’avait comme modèles que des expériences d’allaitement terribles parmi les femmes de sa famille. Malgré cela, les informations qu’elle a reçues pendant sa grossesse l’ont rassurée et elle s’est décidée à tenter l’allaitement.

Dans ma famille, je n'avais que des exemples d'allaitement ratés. J’'étais née grande prématurée et ma mère a tiré son lait pour moi quand j'étais en couveuse, mais une infirmière lui a dit à la fin qu'on le jetait car il n'était "pas assez riche". Ça l'a tellement dégoûtée qu'elle n'a pas essayé d'allaiter mon frère. Sa mère a eu des abcès aux deux seins lors de son premier allaitement et a dû être opérée des deux seins. Elle n'a pas pu allaiter ses autres enfants, qui ont été nourris au lait de vache coupé. Une de ses sœurs n'a jamais essayé d'allaiter, l'autre a eu des crevasses qui ne guérissaient pas pour son aînée et n'a pas voulu allaiter les deux autres tellement elle en avait un mauvais souvenir. Une de mes arrière-grand-mères a mis son enfant en nourrice car "elle n'avait pas de lait". De plus, je me disais que c'était mieux de pouvoir se relayer avec le papa, surtout la nuit.

Par ailleurs, je suis très sensible du bout des seins (et très frileuse à ce niveau-là) et j'ai toujours détesté les contacts à ce niveau-là, donc l'idée d'allaiter me paraissait assez désagréable.

Pendant la préparation à l'accouchement, je me suis un peu renseignée. En particulier, je me suis rendue compte que, contrairement à ce que je croyais, le lait artificiel ne valait pas le lait maternel au niveau nutritionnel et santé. Finalement, je me suis dit que j'allais essayer, vu que je pourrais toujours revenir en arrière. Ma mère a commencé à faire des remarques un peu désagréables, mais ceci a plutôt eu tendance à me conforter dans cette idée, par esprit de contradiction.

Estelle S., maman d'une fille de 22 mois (allaitée 2 mois ½ exclusivement et jusqu'à 6 mois en mixte).


Nathalie G. se préparait à allaiter par devoir et était effrayée par les sensations d'un bébé qui tète. Mais les informations qu'elle a reçues pendant sa grossesse ont changé l'idée qu'elle se faisait d'allaiter.

Je n'avais pas vraiment envie d'allaiter mes enfants, a priori. Je me disais qu'il fallait que je le fasse, que c'était mieux pour eux, mais je m'apprêtais à le faire le minimum de temps et en serrant les dents. Ça me dégoûtait un petit peu et je pense que j'avais peur des sensations provoquées par un bébé qui tète. Est-ce que ça pouvait être sensuel ? Ça m'effrayait. Mais, en même temps, intellectuellement on va dire, je voulais le faire. Mon mari lui, était archi pour.

Pendant la grossesse je suis allée avec lui à un cours sur l'allaitement. La sage-femme, qui donnait ce cours, m'a donné une formidable envie d'allaiter. Elle a parlé de la pression qu'exerçait un bébé sur le sein en tétant et ça m'a complètement rassurée sur les sensations qu'on pouvait avoir en allaitant ! Cela paraît idiot, mais avec le recul, je me dis que ça a fait partie des informations fondamentales pour moi. Ça a totalement modifié l'idée que je me faisais de l'allaitement. Cette sage-femme avait un discours très charnel qui faisait totalement écho à ce que je ressentais pour ce bébé qui bougeait dans mon ventre. Elle parlait du lait qui coulait quand on pensait à son enfant, des repères olfactifs qu'il avait sur le sein. Pour qu'on repère les tétées efficaces, elle nous a mimé les déglutitions d'un bébé qui tétait. Je trouvais tout ça juste adorable et je me sentais déjà fondre d'amour. J'ai fortement ressenti que l'allaitement concrétisait cet amour de la façon la plus naturelle au monde. Et voilà ! J'étais entrée avec une vision très médicale de l'allaitement et un grand sens du devoir à accomplir quoi qu'il m'en coûterait ; et je suis ressortie pleine d'enthousiasme et d'amour. Aussi très soulagée, car au fond je ne me trouvais pas normale de ne pas avoir réellement envie d'allaiter. Au final, la mise en route de l'allaitement n'a pas été facile, mais l'envie était là et je me suis accrochée. Et j'ai pu allaiter avec bonheur (je trouve « cliché » de dire ça mais c'est vraiment le cas).

Nathalie G., maman d'un enfant de 26 mois (allaité 11 mois)


Evelyne M. a été tellement déçue par son premier allaitement qu'elle n'a pas retenté pour son deuxième enfant. Mais la grossesse a réveillé en elle son instinct de louve.

J'ai allaité mon premier bébé, pleine de motivation, par besoin et envie viscérale. J'ai vite été découragée : aucune information, aucune aide, lymphangite à la maternité mal traitée suivie d'un abcès… et arrêt à trois semaines. Je m'étais dit, pendant la grossesse de mon deuxième bébé : "Non je n'allaiterai pas, je crois, c'est bien plus simple de donner le biberon, pas envie de batailler...".

Vers la fin de ma troisième grossesse, je ne sais pourquoi, l'instinct de louve peut-être ? Je me suis dit "Allez, je retente une dernière fois... et surtout, je ne persévère pas si ça ne marche pas". Finalement, je me suis retrouvée à allaiter mon troisième enfant 20 mois jusqu'au sevrage naturel. Je crois que l'envie était là, au fond de moi. Donc le changement d'avis a été juste une prise soudaine de confiance en moi et le fait de me retirer la pression.

Evelyne M., maman de 3 enfants : 11 ans (allaité 1 mois), 7 ans (allaité 3 mois) et 20 mois (toujours allaité).


Noémie Q. avait peur de ne pas apprécier d'allaiter. Mais l'idée a fait son chemin et elle s'est décidée, pour des raisons rationnelles au début, puis bien d'autres choses ensuite.

En tout début de grossesse, je ne pensais pas allaiter. J'étais convaincue que mon lait était pourtant la meilleure chose pour mon bébé, mais j'avais très peur de ne pas apprécier d'allaiter. Lors du premier entretien avec la sage-femme, elle m'a évidemment demandé si je pensais allaiter. Je lui ai expliqué donc que je voudrais donner mon lait à mon fils mais qu'allaiter me faisait peur. Elle m'a répondu "Je pense que vous allaiterez".

Vers le septième mois de grossesse, j'avais fait mon chemin, toute seule, et je savais que j'allaiterai mon fils, si possible jusqu'à la diversification. En parallèle, tout le monde me demandait si je comptais allaiter et je répondais "Je ne sais pas". Je me sentais un peu coupable car, autour de moi, tout le monde allaitait, ou presque. Je me suis documentée sur le sujet, j'ai un peu réfléchi. La décision est venue naturellement, je ne sais pas quand ni comment. Au départ, les arguments qui me convainquaient le plus étaient d'ordre médico-biologique, très rationnels. Aujourd'hui, mon bébé a cinq mois et ce sont bien d'autres choses que les aspects médicaux qui me poussent à continuer ! Depuis que j'ai repris le boulot, je ne pourrais pas me passer de ces super moments.

Noémie, maman d'un fils de 6 mois (allaité)


Carole S. ne concevait même pas l'idée d'allaiter. Mais la grossesse lui a permis de faire son chemin pour tenter une tétée de bienvenue. Quand son bébé est né, elle a alors fondu pour ce petit bout et a continué de l'allaiter.

Il y a un an encore, je me disais que si j'avais un enfant je lui donnerai le bib. Avoir un enfant sur mon sein me paraissait inconcevable, limite choquant, surtout quand je voyais des mamans allaiter.

Et puis, en février, test de grossesse positif. Comme toutes les futures mamans, je me pose des milliers de questions, sur ce qui sera le mieux pour mon enfant. Je me sens différente, je m'imagine mère, l'idée de l'allaitement commençait à naître, je me dis que la tétée de bienvenue, avec le bon colostrum, ça ne serait pas mal quand même !

Mon ventre s'arrondit, bébé devient concret, il bouge, il communique avec moi à sa manière. Tiens, et si je l'allaitais trois mois ? C'est bien trois mois, c'est ce que tout mon entourage me dit... Après tout, je connais tous les bénéfices de l'allaitement. Et puis je passerai au bib à la reprise du boulot !

Le 2 novembre 2007, on le pose sur mon ventre. Il est si petit, si fragile. Son petit corps, tout chaud sur le mien, provoque en moi tout un tas d'émotions. Je pleure, qu'il est beau ! Peu de temps après, sa petite bouche minuscule contre ma peau cherche frénétiquement mon sein, il a les yeux grands ouverts, il cherche, sent ma peau, mon sein... J'ai un peu peur, je veux attendre une infirmière pour la mise au sein... mais il a l'air si impatient ! L'infirmière se fait attendre, alors je me lance, toute seule... Et ça marche remarquablement bien ! Passées deux semaines de difficultés, de craintes, de pleurs et de doutes, chaque tétée devient un peu plus, chaque jour, un pur moment de tendresse et de bonheur. Je suis une femme et une maman comblée. Le sentir tout contre moi à chaque tétée provoque en moi une telle émotion que j'en ai parfois les larmes aux yeux. Je n'imagine plus une seule seconde arrêter de le nourrir de mon sein. Je ne déciderais de la fin que le jour où, lui, il prendra la décision. Comme quoi, un petit être peut parfois tout changer !

Carole S., maman d'un fils de 17 mois (allaité 1 an et quelques semaines, dont 6 mois exclusivement).


Nine R. ne concevait même pas de devenir, un jour, maman. Son premier enfant lui a permis de se réconcilier avec elle-même et de prendre confiance en son rôle de mère. C'est tout naturellement qu'elle a allaité son deuxième enfant.

Avant toute chose, je tiens à préciser que ce je vais tenter de mettre en mots, il m'a fallu quasiment 5 ans pour le comprendre ! La non envie d'allaiter mon premier était très forte, très viscérale, mais j'avais bien du mal à la comprendre. Par où commencer ? Par ma mère, évidemment ! J’ai eu une relation avec ma mère très difficile. Une mère pour qui devenir maman a été très compliqué, une mère qui a un rapport au corps un peu maladive, une mère très fusionnelle et très toxique. Pendant longtemps, il a été évident que je n'aurais jamais d'enfant. D'ailleurs, quand j'ai rencontré l'homme de ma vie, je lui ai très vite dit que je ne voulais pas d'enfant. J'avais 25 ans, j'étais vraiment convaincue que devenir maman, ce serait une horreur pour le pauvre bébé qui tomberait sur moi.

Et puis, 8 ans plus tard, après un gros et douloureux travail (des années de psychothérapies), je me suis autorisée la maternité. Mais avec des peurs immenses, notamment la terreur d'être toxique. Pour moi, la seule solution acceptable pour ne pas rendre mon enfant malheureux, comme je l'avais été moi-même, était donc que cet enfant ne dépende pas "trop" de moi, que son papa puisse s'en occuper au maximum, parce que lui me paraissait équilibré et que je me considérais comme dangereuse. Il fallait absolument que le papa puisse compenser mes immenses lacunes, en gros. A ma grande surprise, cette grossesse, que je redoutais tant, se déroulait idéalement bien. J’ai eu une grosse terreur juste avant la première échographie (l'impression d’avoir un alien dans mon ventre) mais, peu à peu, la grossesse devenait simple, une évidence... J'avais l'impression de me révéler à moi-même. Mais tout de même... il y a avait cette histoire de choisir ou pas d'allaiter. Et là, toutes mes craintes se sont cristallisées là -dessus. Ma terreur d'être une mère toxique s'est peu à peu transformée en terreur de devoir allaiter. Car le discours de mon entourage allait dans ce sens : ma gynécologue, la sage-femme qui faisait les cours de préparation, ma belle-mère, mes copines, mes collègues... Tout le monde m'expliquait pourquoi je devais allaiter, pourquoi c'était mieux pour mon bébé... avec notamment cet argument terrifiant pour moi, le fameux "lien" entre la mère et l'enfant.

Je ne voulais pas que mon enfant ait un lien privilégié avec moi, je voulais que son père puisse s'en occuper autant que moi, j'avais le sentiment très fort d'être dangereuse pour lui. Le nourrir de mon lait, c'était trop pour moi.

Pour toutes mes copines, la maternité était une évidence, l'allaitement un prolongement de la grossesse, avoir un enfant "du bonheur". Je me sentais si différente à l'époque. Pour moi, l'idée de maternité était effrayante, avoir un enfant était source de terreur. Alors allaiter, ce n’était vraiment pas pour moi.

Je me suis quand même plongée dans le Thirion, emprunté à la bibliothèque : évidemment je n'en ai retenu que du négatif (trop drôle, quatre ans plus tard ,j'ai trouvé le même livre très encourageant, comme quoi tout est question de moment et d'état d'esprit). Mes copines témoignaient positivement, mais leurs témoignages me paraissaient décalés avec ce que j’étais. Je ne me sentais pas la patience.

Et puis il est né, je l'ai tenu dans mes bras, j'ai fondu de bonheur. Je lui ai évidemment donné une tétée de bienvenue. Un souvenir merveilleux. Tous les trois dans notre bulle, tout était doux, facile, je ne me posais plus de question. Et puis la réalité a repris le dessus, mes peurs aussi évidemment. Et je me suis accrochée à ce choix du bib.

Mais la transformation avait démarré dans mon inconscient.

J'ai appris que je pouvais être une mère acceptable au contact de mon premier enfant. Je suis devenue une maman avec lui, je n'ai plus eu peur de l’être. J'ai constaté que j'étais une maman différente de ma maman (même si des fois c'est bien compliqué et que malheureusement je reproduis une partie du schéma maternel, mais pas tant que ça finalement). Donc, pour une deuxième grossesse, plus besoin de cristalliser mes craintes sur quoi que ce soit, et allaiter... et bien oui, évidemment !

De même que ne pas allaiter était une évidence inexplicable pour mon premier enfant, il est devenu évident d'allaiter, pour le deuxième. Dans les deux cas, c'est un choix intime non raisonné en fait.

Je sais que si j'avais vécu dans une société où l'allaitement était la norme, mes craintes ne se seraient peut-être pas cristallisées sur l'allaitement. Mais là, en France, avec mon histoire familiale, ça a été comme ça. Voilà mon histoire de choix et de changement.

Nine R., maman de deux enfants : 5 ans (nourri au biberon) et 17 mois (allaitée).