La contraception, et surtout la pilule, vers les années 70, ont permis aux femmes de choisir quand et comment elles voulaient un enfant. Les modes de garde pour les jeunes enfants leur ont permis d'aller travailler, mais qu'en est-il aujourd'hui ? Les femmes sont-elles plus heureuses en travaillant ou en restant chez elles ? Et l'image de la femme au foyer est toujours perçue comme un retour en arrière, voire de la soumission. Ne peut-on pas permettre aux mères de travailler quand elles se sentent prêtes et leur donner des avantages et une reconnaissance, pas seulement financière, sur les premières années quand c'est un choix : elles sont restées chez elles pour élever leur enfants. Si je m'interroge sur la place des femmes, des mères, c'est aussi pour mieux comprendre nos mères. Où en sont-elles ? Sûrement partagées entre des choix éducatifs de leur époque et la réalité sociale de leur génération. Et nous : où en sommes-nous aujourd'hui ? Où en sont nos parents? Quelle place leur accordons-nous si les relations et la communication sont pour certains difficiles, voire douloureuses ? Lors d'une conférence sur l'allaitement dans ma région, il y a peu de temps, une chose était remarquée : nos mères nous avaient très peu allaités et ne pouvaient souvent pas nous montrer comment faire, car elles-mêmes n'avaient parfois pas été allaitées ou avaient été influencées par la médecine. Une autre remarque suite à cette conférence, c'est qu'aujourd'hui, on valorise l'allaitement car les enfants allaités sont moins obèses, moins malades, voire plus intelligents que les enfants nourris au biberon. Alors ? Alors le changement des mentalités se fera-t-il une fois que les conséquences seront là et prouvées par des études scientifiques ? Peut-être, mais concrètement comment fait-on avec nos parents ? Comment puis-je parler avec ma mère, mon père sans me sentir jugée et sans conflit ? Peut-être en essayant de poser des questions à vos parents sur leurs choix éducatifs, sur la grossesse de votre mère : toutes ces étapes qu'ils ont traversé, les écouter avec bienveillance. Et vous, de votre côté, ni les juger, ni les repousser. Des ponts vont se faire. Comme également continuer d'affirmer vos choix éducatifs en leur demandant de prendre le relais, dans une situation concrète. Je pense aussi que si on est persuadé du bien-fondé de ses choix, que l'on reste clément, sans agressivité, les autres à leur tour ne se sentiront pas agressés. L'exemple est la meilleure façon de montrer. Si votre mère vous voit faire avec votre petit et qu'elle constate que son petit-enfant est heureux, elle pourra plus facilement admettre et accepter. Demain, ce sont nos enfants qui deviendront parents et, grâce à nos choix d'accompagnement pour une parentalité plus respectueuse, à leur tour ils transmettront une parentalité plus humaine, mais aussi des choix de vie plus sains, plus respectueux."

Vanessa P., 3 enfants : "Quand nous n'avions pas d'enfant, tout allait bien. Mais, à la naissance de ma fille aînée, ma belle-mère a pris un peu plus de place et, parfois, je l'ai mal pris. Je me rappelle qu'elle "m'arrachait" mon bébé des bras dès qu'elle franchissait ma porte, sans me demander mon avis, ni l'avis de mon bébé. Je me sentais attaquée, volée, je n'aimais pas ça du tout. J'en avais même parlé à mon mari qui était gentiment intervenu. Il faut dire que ma belle-mère était tellement contente de voir sa petite-fille ! Nous n'habitons pas franchement loin, trente-cinq minutes de route, et il s'était instauré une sorte de rituel muet (sans jamais se l'avouer vraiment) : il fallait qu'elle vienne à tout prix une fois par semaine, sinon ça n'allait pas. Mon mari en souffrait car il voulait rendre sa mère heureuse (il l'aime profondément), et il savait que pour la rendre heureuse, il fallait cette visite hebdomadaire. Du coup, il se bloquait la semaine, ses moments de pause, nos week-ends, sans même savoir si sa mère viendrait ce jour-là. À cela s'est ajouté le fait que ma belle-mère n'était pas vraiment tolérante, et que ce qui n'était pas fait comme elle l'entendait n'était pas utile ou intéressant. Quand mes beaux-parents ont commencé à garder ma fille âgée de 2 ans sans notre présence, une nuit et deux jours, là, ça s'est sérieusement dégradé... Nous sommes pour une éducation sans violence et mon beau-père, lui, ne le comprend pas. Cela fait de futurs délinquants, disait-il. Ma belle-mère clamait haut et fort qu'une tape, ça faisait du bien, ça soulageait, et qu'elle avait mordu son fils très très fort pour qu'il arrête de mordre. Durant un séjour de ma fille, son second ou troisième je crois, il y a eu un clash. Quand nous sommes allés la récupérer, ma fille m'a dit qu'ils l'avaient grondée. Et mon beau-père s'est mis à crier "je t'avais dit de ne rien dire" en parlant à ma fille. Mon beau-père ne comprenait pas qu'il faisait peur à ma fille car il est très bourru et elle n'était pas habituée à ce genre de langage. Et ma belle-mère défendait corps et âme son mari. Nous n'avons jamais interdit à mes beaux-parents de gronder notre fille mais là, c'était d'une intolérance totale : mon beau-père ne comprenait pas que ma fille "pleurniche" (je reprends son mot), selon lui elle tenait sûrement ça de moi, qu'elle n'avait qu'à parler au lieu de faire ça. Il lui faisait peur et il ne s'en rendait pas compte ! Ma minette n'osait pas dire "je n'aime pas ça" à table, de peur de sa réaction, alors elle pleurait doucement. Je suis partie. J'ai laissé mon mari régler ce violent accrochage (il y a eu des mots blessants) car, plusieurs fois, mon beau-père avait dépassé les limites avec moi. Du coup, il y a eu un froid, de quelques jours. Avec mon mari, nous avons beaucoup parlé, je lui ai dit tout ce que je ne supportais plus, tous ces trucs qu'il s'imposait, etc. Avec mes beaux-parents, nous n'en avons jamais reparlé mais je crois qu'ils ont compris qu'il y avait des limites et qu'ils se devaient de respecter notre façon d'élever nos enfants, même si elle était différente de la leur. Je materne mes bébés, je les allaite jusqu'au sevrage naturel, je les porte en écharpe, on cododote avec eux, on leur met des couches lavables, on utilise des produits bio et naturels, de même dans notre alimentation. Je ne m'en suis jamais cachée ; si ma belle-mère me pose des questions, j'y réponds. Elle est maintenant habituée à ma façon de faire, je crois. J'ai même co-allaité, donc plus rien ne la surprend ! Nous avons à présent une sorte de relation complice de femme à femme, de mère à mère, tout en pudeur, tout en douceur et ça me plaît beaucoup. Elle est toujours pleine d'attention pour moi et j'essaie de l'être aussi. On parle de divers sujets mais jamais rien de trop profond, je sais que c'est au-delà de notre relation. On parle famille, on parle enfants, elle aime me raconter comment étaient ses fils tout petits. On parle cuisine, maison, jardinage. Et puis c'est tout. Je sais que je peux compter sur elle, et elle sur moi. Je suis totalement satisfaite. Je crois que le clash était nécessaire, j'ai pu sortir tout ce que j'avais sur le cœur et ils ont compris quelle était leur place, je pense. Pas facile pour des grands-parents, des "nouveaux" grands-parents de se situer. Mes enfants sont les premiers petits-enfants de part et d'autre. Ma belle-mère adore mes enfants. Elle les gâte beaucoup, mais c'est étrange, je vois bien qu'ils sont plus proches de ma mère comme si cette pudeur, ce fossé qui existe entre ma belle-mère et moi se reflétait sur eux, sur leur relation avec leur grand-mère. Puis je pense qu'il y aussi une question d'âge, ma mère étant plus jeune que ma belle-mère, ils sont plus proches d'elle, elle est plus dynamique, elle les fait rire, elle a un bon contact avec les enfants. Ma belle-mère, c'est plus la mamie-confiture. Je n'aime pas certaines paroles qu'elle leur adresse de temps à autres. J'en parle à mon mari, je ne dis jamais rien devant elle, je ne pense pas que ce soit mon rôle de la remettre à sa place. Le genre de parole que je déteste : "si tu ne me fais pas un bisou, je ne viendrai plus te voir", "si tu ne me dis pas bonjour, tu ne viendras plus à ma maison", "si tu n'es pas sage, je ne t'apporterai plus de cadeau". Je trouve ça monstrueux ! Le pire c'est "tu ne m'embrasses pas ? et bien je donne le cadeau à ta sœur". Avec mon mari, nous sommes très proches et sur la même longueur d'onde et, donc, il lui explique tout ça, tout ce qui nous dérange. Qu'elle comprenne ou pas, je m'en moque, je veux juste qu'elle fasse attention. La prochaine étape sera de partir deux-trois jours en vacances avec eux. Je sais qu'ils aimeraient beaucoup mais je crois que ce qui nous sauve dans notre relation, c'est la petite distance qui existe, et si jamais il y avait trop d'intimité, je crains que cet équilibre que nous avons acquis ne soit chamboulé. Mon mari ressent la même chose."