Elle n'a plus demandé pendant trois mois. Et, un jour, alors que je ne m'y attendais pas du tout, elle m'a demandé si elle pouvait téter. Comme elle avait un peu de mal à accepter la naissance de sa sœur, j'ai accepté sans trop me poser de question. De toute manière, je ne me voyais pas lui refuser cela. Elle a donc recommencé à téter après s'être sevrée complètement trois longs mois.

Le plaisir qu'elle en retirait était évident ; elle demandait, du reste, le sein de plus en plus – cela pouvait monter à quatre fois par jour ce qui, pour elle, était beaucoup. Malheureusement, de mon côté, la situation commençait à me peser vraiment. Je n'affectionnais rien tant que les douces tétées les yeux dans les yeux de ma deuxième. Avec mon aînée, j'appréciais énormément d'autres formes de câlins, de jeux... Tout doucement, j'ai commencé à lui proposer autre chose à la place, un câlin, une lecture... Cela n'a pas été facile car elle ne l'entendait pas de cette oreille. De mon côté, je culpabilisais beaucoup. Je me demandais si je n'aurais pas mieux fait de lui dire qu'elle était trop grande, ce genre de choses... Et, en même temps, ce genre de propos m’aurait fendu le cœur.

La solution est venue d'elle-même : les vacances d'hiver étaient là et nous ne pouvions plus partir comme prévu. La déception était grande, d'autant que nous avions prévu de rejoindre la grand-mère de Calliste à la montagne. Calliste disait vouloir y aller. Alors, je lui ai proposé de partir avec sa grand-mère, sans nous, pour quelques jours. Elle a accepté avec grand plaisir. J'ai beaucoup discuté avec elle pour être sûre qu'elle soit prête, car c'était là notre première vraie séparation. Mais elle était bel et bien prête. Elle est donc partie. À son retour, elle nous a annoncé qu'elle était désormais grande, qu'elle ne tèterait plus. C'était il y a six mois et, depuis, elle n'a jamais plus demandé. Elle est définitivement sevrée. Sa relation à sa sœur a aussi évolué : elle est très protectrice et lui caresse la tête quand elle la voit téter."

Bérengère C.

"Paul et Philippe se sont sevrés au tout début de ma deuxième grossesse, sans doute à cause du changement de goût du lait. Ils avaient 1 an. Quand Jean est né, Philippe a voulu reprendre le sein. C'était le lendemain de la naissance, à la maternité. Mais, il n'a pas réussi à retrouver comment faire. Paul a regardé son frère téter, mais rien de plus.

Je savais que cela 'risquait' fort d'arriver, donc j'y avais déjà réfléchi. Je savais que pour un 'tri-allaitement', il allait falloir poser des bornes, mais je me disais que cela pourrait être 'sympa'. Cela m'excitait d'essayer, et m'inquiétait aussi, non pas face à la quantité de lait à fournir, mais à cause de l'absence d'un troisième sein.

Quand Philippe m'a demandé à téter, cela m'a à la fois fait plaisir et beaucoup émue. Cela a aussi flattée mon orgueil. Fait plaisir parce que, pendant ma grossesse, cela m'a parfois manqué de ne plus allaiter les jumeaux, même si leur sevrage n'a pas été un déchirement et s'est fait, malgré tout, en douceur. Je n'étais plus nécessaire à leur alimentation, c'était un pas en avant. Alors, revenir au sein, c'était un peu comme si Philippe m'avait dit qu'il avait encore besoin de moi, ou que voir son frère téter lui rappelait de bons souvenirs, qu'il voulait retrouver. Cela m'a émue parce que il m'a 'demandée' en pleurant, comme si voir son frère lui rappelait que lui aussi tétait, que c'était sa place et qu'il y était bien, qu'il ne voulait pas la laisser totalement, mais en garder une partie : il n'a jamais repoussé son frère, mais a toujours voulu partager les tétées, Paul aussi d'ailleurs. Cela a flatté mon orgueil parce que je 'continuais' à sortir de la norme : j'étais la maman qui refaisait un bébé 19 mois après des jumeaux, la maman qui avait allaité un an ses jumeaux, la maman qui a trois enfants de moins de 2 ans, et maintenant, la maman qui 'tri-allaitait'.

Une fois que Jean a eu 3 mois, environ, Paul a, à son tour, redemandé à téter. Au bout de deux ou trois essais, il a retrouvé la technique, et s'est mis à demander assez souvent (deux ou trois fois par jour). Puis Philippe, qui avait très vite arrêté de demander car il ne savait plus, a regardé Paul téter, a redemandé, et a retrouvé lui aussi la technique... et voulait le sein aussi plusieurs fois par jour.

Au départ, j'étais assez amusée de ce co-allaitement à trois. Mais, assez vite, les demandes des grands se multipliaient, et il est arrivé que Jean réclame alors que les grands avaient bien tété juste avant. Dur dur pour bébé... Alors, j'ai commencé à réguler les demandes des grands : après Jean, ou sur un seul sein et on garde l'autre pour Jean, et pas de tétée le soir. Paul et Philippe ont assez bien accepté de devoir attendre pour téter, et, moi, je faisais attention à leur proposer lorsque cela ne me 'dérangeait' plus quand ils avaient réclamé auparavant.

Cela a aussi été l'occasion de quelques 'crises' car ils voulaient téter lorsqu'ils voyaient Jean téter. Or, je n'ai que deux seins ! Donc, Jean tétait d'un côté pendant que les grands tétaient chacun leur tour l'autre sein. Mais, j'ai vite arrêté ce système car les grands avaient tendance à écraser le petit... Du coup, Jean tétait en premier, puis les grands ensuite, 'comme avant'.

Cela m'a aussi fait bizarre, d'abord de par la taille du 'bébé' ! Passer d'un petit de 49 cm à un grand de 82 cm, cela fait bizarre ! Ensuite, des sensations différentes parce qu'ils cherchaient sans plus savoir, ils tétouillaient en fait, sans exprimer de lait du tout, davantage comme un petit qui s'est endormi au sein et qui tétouille de temps en temps. Une fois qu'ils eurent retrouvé la technique, je dirais que c'était une sensation très proche de celle de Jean, mais avec une succion plus sûre, plus forte aussi, mais en étant moins affamés au départ.

Maintenant, Jean a presque 1 an, et les grands ne demandent presque plus à téter. Jean ne tète plus non plus tout le temps, mais s'est fixé plus ou moins sur les heures de repas des grands, ou avant la sieste dans la chambre, après une période de grève des tétées. Je pense que cela a aidé. Je ne sais pas quel âge avancer lorsqu'on me demande 'quand les grands se sont-ils sevrés ?'. Je dis généralement qu'ils se sont sevrés à 1 an (donc au début de ma deuxième grossesse), et qu'ils s'y sont remis quelques mois après la naissance de Jean."

Anne-Sophie B.