Nouvelle hospitalisation identique à la première. J'ai perdu vingt kilos, j'en suis à trois mois et demi de grossesse, je vis l'enfer et le médecin me renvoie chez moi en me disant de me reposer, que ça va passer. Cherchant de l'aide, je profite d'être encore capable de parler, grâce à la perfusion qu'on vient de m'enlever, et je vais au Planning Familial. Ils m'envoient vers un gynécologue qui me dit qu'il ne sait pas quoi faire pour la grossesse, mais que je ne peux pas rester comme ça, que ma vie est en danger. Il me demande ce que je veux. Je lui réponds : "que ça s'arrête". Il me dit qu'il ne sait pas comment, si ce n'est l'interruption de grossesse. J'en parle à mon homme, qui est paniqué par mon état. On accepte l'interruption et le Planning Familial m'oriente vers la Hollande, seul lieu où j'ai trouvé de la compréhension et de l'humanité.

En 2003, c'est la mise en route de notre deuxième bébé. Il nous a fallu tout ce temps pour "guérir" de cette première grossesse et trouver le courage de remettre en route un bébé... dans l'incertitude de ne pas revivre le même cauchemar. Et, effectivement, je découvre ma grossesse de la même manière : avant même un retard de règles, j'ai des nausées, vomissements, asthénie... Cette fois-ci, je suis bien décidée à ne pas me laisser faire et à agir avant d'en être au stade de légume où je ne peux plus que subir. Je multiplie les consultations chez les gynécologues pour trouver celui qui m'aidera. Je rencontre de tout : celui qui veut m'hospitaliser en psychiatrique, celui qui me dit que ça va passer, celui qui me dit que je reproduis ma première grossesse, etc. Mais, cette fois, j'ai la chance de travailler entourée de professeurs en médecine : je leur annonce ma grossesse et explique mes ennuis. Ils sont outrés car ils m'apprécient et savent que je ne suis pas dépressive. Ils me disent qu'ils ne vont pas me laisser comme ça !

En fait, ils se piquent de curiosité pour mon cas et c'est eux qui font les recherches : ils trouvent une étude canadienne, corroborée par une étude espagnole, qui explique le problème du foie et comment le contourner. Ils m'envoient à l'hôpital, chez un professeur de leurs amis, avec des recommandations longues comme le bras, et des instructions précises sur la conduite à tenir. Le professeur est sceptique - lui aussi pense qu'il n'y a rien à faire contre les vomissements des femmes enceintes - mais accepte de tenter le coup du régime hyperprotéiné strict. Et ça marche ! Je suis à un mois de grossesse, je n'en reviens pas ! Le reste de la grossesse se passe comme un charme, mais je ne reprends pas d'alimentation normale.

À la naissance de ma fille, je prends comme médecin traitant un homéopathe, à qui je raconte mes deux grossesses. Il  me dit que oui, bien sûr, c'est le foie qui produit les nausées/vomissements/asthénie des femmes enceintes, mais que la médecine "traditionnelle" n'est pas prête à accepter des solutions aussi simples qu'un régime hyperprotéiné, car elle est à l'ère du médicament. Il me dit que, quand même, pour avoir atteint ce niveau, je dois avoir un foie fragile, ce que confirment d'autres signes. Je suis un traitement pour apurer et renforcer mon foie.

En 2008, c'est le début de ma troisième grossesse et je m'en aperçois après deux semaines de retard de règles car je n'ai aucun symptôme ! Le bonheur. Pour conclure histoire, j'ai rencontré cette année un professeur qui m'a demandé s'il pouvait détecter si j'étais porteuse d'une anomalie génétique qui expliquerait la fragilité de mon foie. Effectivement, j'en suis porteuse. Elle est totalement anodine, sans conséquences... sauf si je surcharge mon foie en hormones de grossesse sans l'avoir préparé avant avec un traitement homéopathique.

Voilà, donc l'asthénie et les vomissements des femmes enceintes peuvent venir du foie, mais comme il n'y a pas de médicament approprié, et parce que les gynécologues ne voient pas où est le problème de vomir à longueur de journée ("C'est pour la bonne cause !"), personne ne fait d'effort pour résoudre le problème ; alors que, d'après l'étude canadienne, un allègement du travail du foie par un régime hyperprotéiné (qui doit être strict, proportionnellement aux symptômes) règle la situation en 48 h chez plus de 90 % des patientes ! »

Chantal C., deux enfants