''Lors de mes recherches sur le sujet, j'ai appris que des traitements pouvaient être commencés tôt, selon une approche d'orthodontie fonctionnelle ou selon les principes de la dentosophie. Nous avons eu la chance de trouver un chirurgien-dentiste pratiquant la dentosophie et notre fille a commencé son traitement : elle venait d'avoir 6 ans. L'approche de cette dentiste m'a immédiatement plu par le fait qu'elle discutait directement avec ma fille et prenait son temps. Elle l'a aidé à apprivoiser le cabinet en lui expliquant ce qu'elle voyait, en testant comment faire monter et descendre le fauteuil. Et, pour chaque soin, elle prend toujours du temps pour décrire ce qu'elle va faire et ne le fait que si ma fille est d'accord. Elle ne la force jamais. Certes, cela demande plus de temps et d'énergie, mais quel plaisir de voir ma fille venir la voir avec le sourire aux lèvres et sans aucune appréhension ! Côté traitement, notre dentiste l'axe sur deux fronts : une partie fonctionnelle et une partie psychologique. Certes, le traitement est plus long qu'un traitement tardif conventionnel, mais qu'est-ce que le temps quand on travaille sur les problèmes de fond et pour l'avenir ? Il faut également savoir que ce type de traitement demande un certain investissement en temps et en énergie de la part du patient, mais également de sa famille quand il s'agit d'un enfant. On doit accompagner notre fille lors de ses exercices et dans sa démarche intérieure, tout en douceur et en écoute. La seule chose révoltante, c'est que ce n'est pas pris en compte par la sécurité sociale, qui ne rembourse que les soins traditionnels tardifs… Quelle démarche ! Attendre que tout soit bien détraqué pour venir réparer, alors qu'il est si simple et efficace d'intervenir en amont et de faire du préventif… Les traitements traditionnels s'obstinent souvent à juste aligner les dents, quitte à rétrécir encore plus la mâchoire, et ne traitent pas le fond du problème. Ce qui fait que, souvent, ça ne tient pas à long terme. À l'opposé, un traitement fonctionnel considère la position des dents comme un symptôme et traite le fond du problème. Quand notre fille a commencé à perdre ses dents de lait, et probablement suite à des rhumes d'hiver, elle a perdu le bon placement de sa langue. N'étant plus collée au palais au repos, sa langue n'a plus modelé et agrandi le palais et elle est venue pousser les dents vers l'avant. Du coup, au lieu de respirer par le nez, elle passait souvent en respiration buccale. Et le cercle vicieux commençait : respirer par la bouche, c'est risquer de moins filtrer les microbes, donc être plus malade, donc respirer encore moins par le nez. D'un autre côté, moins le palais et sa bouche grandissait, moins il y avait de place au niveau des fosses nasales, donc moins les microbes pouvaient être évacués, augmentant les risques de rhumes. Notre dentiste a donc commencé le traitement en apprenant à notre fille comment bien placer sa langue et prendre conscience de sa position. Elle lui a montré de courts exercices à faire pendant la journée. Pour la nuit, notre fille porte un activateur : c'est un appareil tout souple qu'elle place dans sa bouche, et qui ressemble aux protections d'un boxeur. Il y a fallu quelques semaines pour que ma fille le garde toute la nuit, on y allait progressivement et sans jamais la forcer. D'autant plus qu'à cause de la position de sa langue, elle avait un réflexe de vomissement plus en avant, ce n'était donc pas facile pour elle, au début. Mais elle s'y est vite faite, et, rapidement, elle a pu le garder toute la nuit. L'objectif de cet appareil est de l'aider à respirer par le nez et à bien positionner la langue pendant la nuit, d'exercer de douces pressions sur la mâchoire et de guider les nouvelles dents qui sortent. Elle le porte toutes les nuits, d'elle-même, sauf une dans la semaine, à son choix : une petite pause qui lui fait du bien et qui lui permet de bien accepter les autres nuits. L'autre partie du traitement porte sur l'aspect psychologique. La dentosophie considère que les dents reflètent aussi ce qui se passe psychologiquement chez la personne. Pour essayer de comprendre cette notion, je me suis imaginée cet exemple. Un enfant qui est timide et va peu vers l'extérieur et les autres aura une position corporelle particulière, en retrait. Je le vois bien serrer les lèvres et ses joues, reculer et baisser sa langue. Toutes les forces modèlent la mâchoire vers une forme plus petite : les dents auront alors moins de place et se chevaucheront. Dans le cas de notre fille, petite, elle était plutôt réservée. Elle commence à s'ouvrir davantage sur l'extérieur, comme par hasard depuis que le traitement a commencé. Lors des séances de discussion avec sa dentiste, notre fille a repris un jour les explications avec ses mots : "Dans ma bouche, c'est comme s'il y avait une rangée d'enfants et pas assez de place pour tous, les uns à coté des autres. Alors ils se mettent comme ils peuvent, certains en travers, d'autres au-dessus". Amusant cette comparaison dents/enfants… Notre fille doit donc aussi travailler sur comment se faire une place parmi les autres, que ce soit parmi ses amis ou dans sa famille. Elle suit tout ce traitement puis maintenant un an et demi. La situation a déjà bien évolué : ses dents commencent à avoir plus de place et sa langue est de plus en plus souvent au palais quand elle est au repos. Elle respire aussi presque toujours par le nez, ce qui fait qu'elle a été bien moins malade ces deux derniers hivers. Bref, des améliorations qui nous motivent à poursuivre !''

Martine V.


La dentisterie holistique

Entretien avec Estelle Vereeck, auteure d'ouvrages sur les dents parus aux éditions Luigi Castelli (Le Dictionnaire du langage de vos dents ; Langage des dents, l'essentiel ; Les dents, temple de l'âme ; Orthodontie, halte au massacre ; Le Pratikadent, dictionnaire holistique des atteintes dentaires et de la biocompatibilité des soins).

Grandir Autrement : pourriez-vous vous présenter ? Estelle Vereeck : Chirurgien-dentiste ayant exercé en cabinet, je m'intéresse depuis plus de vingt ans à la globalité de la personne dans ses dimensions biologique, physique et psychologique. Les expériences issues de ma pratique m'ont permis d'explorer les liens entre états de stress et pathologies dentaires et à comprendre qu’au-delà des facteurs physiques habituellement invoqués (sucres et bactéries), existent des facteurs psychiques, liés au vécu émotionnel. J'ai étudié durant de longues années la dimension psychosomatique des atteintes dentaires à travers l'observation et l'écoute de mes patients d'une part et l'étude du symbolisme par une recherche personnelle d'autre part. Mes recherches ont abouti à cinq ouvrages sur la dentisterie holistique, dont trois plus spécifiquement consacrés au langage des dents, parus aux éditions Luigi Castelli et à la création du diagnostic psychodentaire, analyse de la personnalité établie sur la base d'une radio panoramique, que je propose à toutes les personnes désireuses de se connaître et d'aborder leur histoire dentaire de manière plus consciente. J'ai aujourd'hui cessé d'exercer pour me consacrer à l'écriture, à la recherche et à mon site, holodent.

Qu'est-ce que la dentisterie holistique ? Issue du terme grec holos qui signifie "tout" ou "totalité", la dentisterie holistique a pour vocation d'appréhender l’individu dans sa globalité. Pour la dentisterie holistique, la dent n'est pas un élément séparé du reste du corps mais un élément vivant en interaction permanente avec l'individu à de multiples niveaux. Tandis que la dentisterie classique se limite au niveau physique, celui de la matière palpable et visible, la dentisterie holistique prend en compte deux autres niveaux : la dimension énergétique et la dimension psycho-émotionnelle. L’énergétique étudie les résonances entre la dent et le reste du corps et prend en compte la compatibilité biochimique et énergétique existant entre un matériau de restauration ("plombage", implant, couronne, etc.) et le corps. La dentisterie holistique privilégie ainsi les matériaux les plus biocompatibles en évitant le plombage ou amalgame dentaire et en limitant au maximum l'emploi du métal dans le domaine des soins dentaires comme de l'implantologie et de la prothèse. La dimension psycho-émotionnelle s'attache à donner du sens aux problèmes dentaires à travers le langage des dents ou décodage dentaire. 

Et qu'est-ce que le décodage dentaire ? La bouche, lieu de verbalisation par excellence, est un endroit de somatisation privilégiée. Ainsi, pour le langage des dents ou décodage dentaire, toute atteinte (carie, déchaussement, dent mal implantée) est l’expression d’une charge émotionnelle qui n’a pu être libérée par la parole. Le décodage dentaire est un outil précieux pour le dentiste qui peut proposer une réponse alternative en première intention, avant d'envisager un traitement plus mutilant, en particulier en cas de douleurs inexpliquées ou psychogènes. Quant au patient, il peut, grâce au langage des dents, prendre une part active dans le processus de soins. Aborder ses soins dentaires en conscience permet de mieux les vivre au lieu de les subir, d'optimiser le processus de cicatrisation, en particulier lors d'extraction, dévitalisation, pose d'implant, etc., et de se donner toutes les chances d'éviter à terme la récidive du problème. Pour les personnes qui souhaitent mener un travail de développement personnel, le langage des dents est une porte ouverte sur l'inconscient qu'il est possible d'explorer, à l'occasion de soins dentaires ou en dehors, grâce au diagnostic psychodentaire établi à partir de l'analyse une radio panoramique.

Propos recueillis par Carine Phung Sites d' Estelle Vereeck : http://www.holodent.com http://psychodentaire.romandie.com