'' Et, finalement, je le rencontre alors qu'il s'entretient avec une classe. Ce moment est resté gravé en moi : il entre, et commence d'entrée de jeu à clamer le début de son roman Les voleurs d'écriture, de tête. Sa voix vibre dans une salle soudain silencieuse et attentive. Les mots résonnent en chacun, les yeux brillent, des larmes se mettent même à couler. Après avoir ainsi captivé et imprégné les cœurs, il s'interrompt pour dialoguer avec les adolescents. Il questionne, fait des blagues, raconte des anecdotes.

Je me souviendrai toujours de ce moment car, en l'espace de trois quart d'heure, il avait réellement donné le goût de lire à certains adolescents, j'en suis intimement convaincue. Aujourd'hui, je rejoins en cela la pédagogie Steiner qui pense que l'écrit ne se rencontre réellement que par le bais de l'oral. Pour donner à lire, il faut sans doute, comme le dit si joliment Daniel Pennac, devenir soi-même livre vivant.

Et j'ai aussi appris une autre chose, quand j'achète un livre à un de mes enfants et qu'il ne veut même pas le regarder, parce que, peut-être, j'en ai déjà trop dit… "Oh, il est trop bien, ce livre, je l'ai lu quand j'avais ton âge" : oui, mais voilà, ils ont peut-être à cœur de revendiquer qu'ils ne sont pas moi, qu'ils n'ont pas forcément envie d'avoir les mêmes goûts, etc. Et puis, si je l'ai déjà lu, ils se disent parfois que j'en sais peut-être déjà plus qu'eux. Alors, au lieu de les dégoûter par avance, ou même si c'est déjà fait, et même s'ils sont déjà absorbés par la télévision à ce moment-là, j'ouvre le livre, je lis pour le plaisir de lire et, je vois mon enfant attiré comme un aimant !"''

D'autres réflexions sur le site : http://laroseliere.csp.qc.ca/corporation/pedagogie/pourquoi-ecrire-si-gros.htm