Témoignage : L'éducation non violente et les doutes
Par Grandir Autrement le samedi 13 mars 2010, 01:09 - Témoignages - Lien permanent

Complément web au dossier "Cheminons ensemble"
Dans la théorie, nous avons lu que pour que l'enfant participe à la résolution d'un conflit, on lui demande de proposer les solutions, puis les parents et l'enfant en choisissent une ensemble. Quand nous avons commencé, Clément était trop petit pour nous proposer des solutions, il ne parlait pas encore. Nous étions alors coincés : toutes les solutions proposées venaient de nous et, bien évidemment, ne lui convenaient pas toutes. Ceci dit, bon an, mal an, ça a bien marché pendant trois ans et demi.
Actuellement, il a grandi et nous sommes souvent confrontés à une situation qui se répète (par exemple, taper sur son frère ou insulter). Nous renouvelons alors l'interdiction : il ne faut pas taper, on ne dit pas ça. Mais nous nous sentons démunis et impuissants quand l'action se répète plusieurs fois par jour. Quand la journée a été particulièrement difficile, nous nous demandons si nous avons eu raison d'avoir choisi ce mode d'éducation. En particulier, quand il s'en prend à d'autres enfants, j'ai toujours peur que les parents aient l'impression que, pour nous, ce n'est pas grave. De plus, cette éducation demande une très grande patience. Quand notre patience est débordée, nous craquons et retournons à la menace.
Mais bon, il n'y a pas de parents parfaits, comme le dirait Isabelle Filliozat. Par ailleurs, nous devons aussi gérer des rapports conflictuels avec les grands-parents, qui ne comprennent pas. Ils voient un petit garçon qui tape son frère ou son grand-père, qui répond, etc., et ses parents ne lui donnent pas de fessées, ne lui hurlent pas dessus (comme le fait mon frère, par exemple). Donc, ils critiquent : mais vous, vous n'étiez pas comme ça, mais machin, il ne fait pas ça, etc. Soit on avale les ouleuvres, soit on se fâche avec eux. Dans tous les cas, nous ne nous sentons vraiment pas soutenus. Nous nous inquiétons aussi des situations où ils sont exposés à des gens qui ne font pas comme nous : l'école, la nounou. Par exemple, "il ne faut pas pleurer". Je pense que les enfants sont capables de le gérer, mais en tant que parents, ce n'est pas facile. Enfin, il est très difficile de trouver un psychologue qui comprenne notre démarche, donc là non plus, pas trop d'aide possible.
Florence P., deux enfants
Commentaires
Bonjour Florence, je comprends très bien ce que tu ressens puisque ma femme et moi tentons une éducation non violente aussi.
En ce qui me concerne, choisir la non-violence ne signifie pas absence de fermeté voire absence de colère. Je ne suis pas un homme parfait, j'ai des limites et donc cela m'arrive d'être en colère ! Mais je ne frappe pas, et j'essaie d'utiliser les messages JE ... mais cela signifie que je crie ou du moins que ma voix est ferme et déterminée.
Si ma voix était toujours égale, mes filles (surtout l'ainée) ne comprendraient pas la différence entre ce qui est permis et encouragé et ce qui est interdit et réprouvé !
Non-violence ne signifie pas absence de colère. La colère est une émotion utile au même titre que la joie, la tristesse ou la peur qui mérite d'être investie quand c'est nécessaire : nous en avons encore parlé hier avec ma femme, ce qui nous semble juste c'est d'investir la colère pour marquer les limites sans être investie par elle. D'une certaine façon, nous essayons de mettre un masque de colère pour que notre enfant comprenne qu'il y a une limite à ne pas franchir sans que nous soyons en colère derrière le masque.
Bon, je le reconnais c'est plus facile à expliquer qu'à faire car nous avons tous une histoire psychologique avec des parents plus ou moins respectueux dont nous souhaitons souvent ne pas reproduire le modèle. Le danger est grand de faire l'inverse mais ce n'est pas mieux... pour l'enfant même si cela semble moins culpabilisant pour nous.
Je suis à ta disposition pour échanger sur le sujet.
En outre, je connais une psychologue sensible à cette démarche puisque je me suis engagé sur ce chemin suite à ma thérapie avec elle ; d'une façon générale, les analystes transactionnels certifiés sont sensibles à cette démarche. Tu peux trouver de l'information sur le site de l'IFAT (www.ifat.net).
Bien cordialement, bon courage et bonne journée
Laurent F, deux filles (2 m et 27 m)