Jessica V., 1 enfant, six mois

La maternité change une femme, c'est fou. Avant d'avoir vos enfants, pensiez-vous être la mère que vous êtes devenue ? Moi, pas du tout ! Je suis complètement gaga de mon bébé, je l'allaite, je lui fais des purées et compotes maison et bio. Je ne le laisse pas pleurer. Je l'ai dans les bras toute la journée. Appelez-moi Musclor. Je fais tout ce que je disais que je ne ferais pas avant qu'il soit né. Aujourd'hui, mon fils est toute ma vie. Tout tourne autour de lui. J'étais la première à dire qu'il fallait laisser pleurer son enfant pour qu'il ne soit pas capricieux, la première aussi à dire qu'il ne fallait pas l'avoir tout le temps dans les bras, à dire que je ne l'allaiterais sûrement pas, etc. Mais d'avoir mon bébé m'a complètement changée. D'ailleurs, je n'ai plus trop les mêmes rapports avec mes copines sans enfants. C'est bizarre. La naissance de mon fils m'a chamboulé et m'a complètement métamorphosée.




Julie M., 1 enfant, six mois

Pendant ma grossesse, j'étais convaincue que seuls les accouchements surmédicalisés et l'éducation occidentale existaient. Je ne m'étais jamais posé la question d'autre chose, puisque que je n'avais jamais vu/entendu autre chose. Pendant nos essais bébé, j'ai commencé à songer à l'allaitement. Avant, je pensais que ça abîmait la poitrine. Pourquoi allaiter alors que de chouettes biberons existent ? Je ne connaissais que l'alimentation au biberon. Je n'avais jamais vu quelqu'un allaiter. Mais voilà que j'ai commencé à me questionner quand le désir d'enfant est apparu. Une fois enceinte, l'idée d'allaiter est devenue plus présente. Je commençais réellement à pencher plus pour l'allaitement que pour le biberon. Puis, tout au long de ma grossesse, je me suis renseignée et je me suis rendue compte à quel point je ne voulais pas donner du lait artificiel. J'avais quelques chose de si bon pour mon bébé dans mes seins. J'avais aussi vraiment cette envie de connaitre la sensation d'un bébé qui tète. Je m'imaginais souvent avec mon bébé au sein.

En allant à une séance d'information, une sage-femme nous a expliqué que la péridurale pouvait endormir le bébé et donc jouer sur la tétée de bienvenue. J'ai été surprise car je voyais la péridurale comme quelque chose de révolutionnaire. Jamais je n'aurais pensé que ça pouvait être négatif sur mon allaitement auquel je tenais tant ! J'ai donc commencé à me renseigner sur les effets la péridurale. J'ai appris à quel point elle pouvait avoir des effets négatifs. J'ai alors souhaité m'en passer ! J'ai cherché des récits de femmes ayant fait sans. J'en ai trouvé, dans le contexte d'un accouchement respectueux et physiologique. J'apprends donc qu'un accouchement peut se passer autrement qu'avec des fils partout. Compte tenu de mon désir de me passer de péridurale, je fais un projet de naissance.

Concernant mon enfant à venir, je n'étais pas vraiment pro maternage proximal (que j'ai connu en me renseignant sur l'allaitement via le net comme si ça allait forcément de paire). Mais, j'avais déjà fais des choix qui se rapprochaient du maternage proximal, comme allaiter jusqu'au sevrage naturel : si je fais ce qui a de meilleur pour mon bébé, j'aime autant le faire du mieux possible ! J'avais opté pour le cododo mais seulement les premières semaines pour une question de "mauvaises habitudes". J'ai acheté un sling pour l'extérieur car les poussettes ne sont pas pratiques. Je savais aussi que les portes bébé rigides n'étaient pas top pour les bébés. J'avais aussi décidé de pas laisser pleurer bébé. En fait, j'étais attirée par le maternage proximal, mais sans trop me l'avouer, me disant que c'est trop extrême comme façon de voir les choses. Je n'étais pas toujours assez convaincue non plus. J'avais peur des "mauvaises habitudes". La vérité, c'est que j'avais aussi peur de sortir des sentiers battus.

Puis Quentin est né. Pendant l'accouchement, j'ai cédé pour la péridurale. J'ai eu l'accouchement que j'aurais voulu éviter : couchée avec des fils partout à attendre que ça passe, déconnectée mon corps et de mon bébé. J'en pleure encore aujourd'hui tellement j'ai l'impression d'être passée à côté de mon accouchement. Cela a renforcé mon idée de vouloir un accouchement physiologique. J'envisage d'ailleurs un AAD pour le deuxième. Les premières semaines de Quentin ont été très dures. Je me suis rendue compte qu'un bébé demande beaucoup plus d'attention, de contact que simplement « manger-boire-caca-pipi ». J'avais vraiment du mal à gérer car je ne voulais pas le laisser pleurer tout en essayant de rentrer dans un schéma de type éducation occidentale, basé que l'idée qu'un bébé doit être autonome très tôt et réglé. Je déployais des efforts énormes pour que Quentin apprenne à rester dans son parc. Je m'inquiétais du nombres de tétées qu'il prenait en me demandant toujours si ce n'était pas trop. Je m'inquiétais car il réclamais toujours nos bras. Même si je ne lui refusais jamais, je trouvais que c'était trop. Ce n'étais pas parce que je n'avais pas envie. Mais j'avais l'idée que c'était comme ça que ça devait être, même si moi j'adorais l'avoir dans mes bras. J'ai commencé à vraiment être fatiguée et démoralisée de lutter contre mon ressenti. En moi, je sentais que cela ne me posais pas de problèmes qu'il soit non stop dans mes bras et qu'il tète tout le temps. Je voyais que mon bébé était heureux comme ça. Mais dans les livres, ils disaient le contraire et que j'étais en train de faire fausse route. J'avais donc aussi peur de mal faire si je ne suivais pas le schéma type. Un vrai combat dans ma tête. C'était totalement démoralisant de reprendre x fois Quentin du parc parce qu'il voulait pas y rester pour le remettre et le reprendre 10 min. Répondre à ses pleurs que je pouvais éviter simplement en le mettant pas dans son parc me prenait toute mon énergie. Donc je me suis vraiment remise en question : soit je le laisse pleurer pour rentrer dans ce schéma type d'éducation d'un bébé qui doit absolument être autonome, soit j'accepte que ce mode ne me convient pas, je fais comme je le ressens, comme mon instinct me le dicte.

J'ai opté pour la deuxième solution car pour moi il est impossible de laisser pleurer mon bébé. J'ai commencé à porter Quentin plusieurs heures par jours. Miracle, mon bébé a moins pleuré. Je ne me pose plus de questions par rapport à jusqu'à quand je peux faire le cododo. Je ne compte plus les tétées. Je materne à souhait sans me demander sans cesse si je fais fausse route. Je sais que c'est comme cela que Quentin et moi nous sommes le plus épanouis ! Voilà c'est bien plus facile comme ça. Je me sens mieux. J'adore répondre aux besoins de mon enfant sans me demander si dans tel ou tel livre, ils apprécieraient. Comme je ne fais jamais les choses à moitié, je me suis bien renseignée sur le maternage proximal. Ce qui me semblait extrême me semble naturel maintenant que j'ai bébé. Je m'intéresse à l'HNI, l'éducation alternative. Je suis fermement contre laisser pleurer un bébé, ainsi que contre la fessée. Je commence à comprendre l'utilité du bio. Bref, je deviens adepte car je me sens bien dans cette façon de vivre ma maternité.

Même si la maternage me tentait avant d'avoir Quentin, c'est surtout Quentin lui-même qui m'y a amené petit à petit car je me suis rendu compte à quel point un bébé est fragile et n'est pas un robot programmé par la société, mais un mammifère qui a un grand besoin de sa maman pour son bien-être. Je dois dire aussi qu'en maternant Quentin, je ne fais que répondre à ses besoins tout en répondant aux miens également, car je ne vais plus contre mon instinct, je le suis, je me facilite la vie et profite à fond de mon bébé !

Axelle V., 1 enfant, trois ans

Avant la naissance de mon fils, j'étais remplie de certitudes, persuadée de tout savoir sur ce que je ferai, la manière dont je réagirais. Je savais que je n'étais pas pour laisser pleurer mais pour le reste : fermeté et sévérité étaient mes maitres mots. Je ne me renseignais même pas sur quoique ce soit puisque je savais tout. Le cododo : beurk, dégôutant et inimaginable. Les fessées, ça n'a jamais tué personne. L'allaitement : un an max. Je retournerais travailler aux 9 mois de mon bébé et ça me ferait du bien. Je pensais qu’aux 1 an de mon fils, je le laisserais à ma mère ou à ma belle-mère et que nous partirions à l’étranger avec mon mari. Je pensais que nous le ferions garder souvent, parce que je ne voulais pas changer ma vie.

Quand mon loupiot est né, tout a volé en éclats. Outre un grand mal être intérieur face à ce tsunami personnel, mon couple a gravement vacillé. Tout à coup, je ne savais plus rien à part ce que mon cœur me hurlait : non, je ne laisserai pas mon bébé hurler ; oui, je sais mieux que personne ce qui est bon pour lui. Si au début il dormait bien, nos différences soudaines de point de vue avec mon mari ont tout de suite provoqué de violentes disputes, qui ont perturbé le sommeil de notre petit bout. Il a fallu s’adapter, et cette adaptation a nécessité, de ma part, une découverte soudaine du parentage, et de tout ce qui va avec. Cela a été une vraie révélation. Cela m’a permis de tenir le coup et de sortir la tête de l’eau. Ainsi donc, dormir avec son bébé n’allait pas en faire un être pervers incapable de se détacher de sa maman ? Ainsi donc, d’autres parents faisaient les mêmes choix que moi, mais les assumaient et même arrivaient à en prouver le bien-fondé ?

Mon fils a 29 mois, il est toujours allaité, dort toujours avec nous, est toujours porté et est gardé à la maison car, contrairement à une autre de mes certitudes, je n'ai jamais pu retourner travailler. Il n’a jamais passé une nuit sans moi, n’est gardé au maximum que quelques heures. J’essaye au maximum d’appliquer la CNV (communication non violente), autre grande découverte et petit à petit, j’y amène mon mari. Les deux fessées données ont été un regrettable dérapage. Je me suis excusée auprès de mon fils après. Je lui explique tout, je l’écoute au maximum et je suis chaque jour surprise de constater à quel point ma patience et ma compréhension grandissent et à quel point mes réflexes éducatifs reculent. C’est un petit garçon adorable, extrêmement éveillé qui fait l’admiration de tous (même si, comme tous les enfants de 2 ans et demi, il sait être plus qu’espiègle !). Surtout, il parle admirablement bien, ce qui fait un sacré pied de nez à une personne de mon entourage proche qui m’avait certifié qu'à ses 1 an, il aurait des problèmes. Elle s’était renseignée auprès de plusieurs orthophonistes qui tous lui avaient assuré qu’un enfant allaité plus de 6 ou 7 mois avait toujours besoin d’orthophonistes pour parler car ils avaient systématiquement des retards de langage.   Notre second bébé arrive fin mai. Je suis tellement plus sereine. J’ai intégré que je ne savais finalement rien de ce qui arriverait mais que je saurais m’adapter à mon bébé, parce que c’est bien cela le plus important.

Béatrice M., 1 enfant, 3 ans

Après plusieurs années de vie commune, on a décidé, mon conjoint et moi, de devenir parents. Avec le recul, je ne peux pas parler d'un réel désir d'enfant mais plutôt d'une décision du type "on va en faire un parce qu'il faut". C''est la continuité logique d'un couple. Mon test positif a provoqué une stupeur puis beaucoup de larmes : j'ai vraiment eu peur mais peur de ne pas être à la hauteur de la tâche. J'étais inquiète aussi car je me disais que j'aurai dû régler certaines choses de mon passé avant. Cela a duré plusieurs semaines, puis ma fille a fait sa place dans mon cœur. Je l'ai désiré plus que tout, tout en restant trés inquiète quand à mes capacités de mère.

Ma résolution fut donc : "les bonnes habitudes". J'ai hurlé lorsqu'une amie m'a dit partager son lit avec sa fille de quelques semaines. J'envisageais d'allaiter mais j'appréhendais le regard des autres et je pensais faire partie de "ces femmes qui n'y parviendront pas". J'avais des idées très précises sur la façon d'être une bonne mère. Je savais ce que je ferais pour que ma fille fasse ses nuits tôt et pour qu'elle devienne sage et heureuse.

Quand ma fille est née, je me suis incroyablement sentie "mammifère" : la mère de mon petit. Sa venue au monde a été l'instant le plus incroyable de ma vie et être sa mère la plus grande aventure. Les débuts de sa vie ont été compliqués, les soucis liés à la maladie ont fait exploser les derniers remparts : je suis devenue avec le plus grand bonheur le strict contraire de celle que j'imaginais être. Je me suis découverte animale, aimante, caressante, allaitante.

Aujourd'hui notre fille de 31 mois se sèvre, partage notre chambre et souvent notre lit, elle est heureuse et nous aussi. Le bonheur pour nous, c'est la pluie qui claque sur les velux tout en entendant notre fille ronfler à nos côtés.

Un grand changement s'est aussi opéré en moi. Adolescente et même adulte, j'ai souvent souffert d'un manque de confiance dans mon corps. J'avais de sérieux complexes. Il s'agissait uniquement d'un problème de corps. J'ai confiance en moi de manière générale, dans le sens où je suis d'une nature assez enjouée et optimiste. Je me suis souvent sentie bien dans mes baskets professionnellement parlant. Mais ce corps, quel boulet à assumer : trop de rondeurs, j'ai donc fait un régime vers mes 20 ans. Et là horreur, qu'est ce que j'ai pu me faire draguer, même par des personnes que je connaissais parfois depuis des années et qui ne m'avaient jamais regardé. Je devenais intéressante depuis que je m'étais embellie. Très peu pour moi. Je suis toujours la même, moi.

Quelques années passent. Le 1er septembre 2006, la vie s'installe en moi. Suivent 9 mois riches en émotions. Ce corps ne me joue pas d'entourloupe. Il joue le jeu jusqu'au terme de ma grossesse. Il assure un havre de paix et de sécurité pour mon bébé d'amour. Encore et encore, il assure et me permet un accouchement par voie basse sans soucis majeurs. Puis, il nourrit mon enfant,ma chair. Ah, les seins qui me faisaient complexer : trop comme ci, pas assez comme ca. Durant ma grossesse, j'en ai acheté des foulards et autres barrières aux regards tellement j'angoissais d'allaiter en public. Finalement, un espèce d'instinct animal m'a fait dépasser tout cela en un clin d'œil : ma fille a faim, je la nourrit. Point. Ce corps est devenu mon ami, il réconforte ma fille de son odeur, il la nourrit de ses seins, la porte et la berce de ses bras, l'embrasse de sa bouche. Être mère, c'est vraiment une expérience unique, allaiter, c'est la rendre magique.

Sophie D., 4 enfants

La maternité change une femme, oui. Mais pour ma part, je crois que si le "regard" du bébé change quelque chose, ce n'est pas forcément le "premier" regard. C'est plutôt son regard au quotidien, les interactions qui se font, l'image de nous qu'il nous renvoie. Ainsi, on part un peu vierge au premier enfant. On ne sait pas quelle maman on sera. On trimballe l'héritage de notre propre enfance et de nos parents à qui - selon les souvenirs qui auront été laissés -, nous souhaiterions "dans l'absolu" ressembler ou pas. L'enfant est encore un être "abstrait", l'objet d'un désir, un sujet peut-être, mais sans consistance concrète. Et puis l'enfant paraît. Il est souvent bien différent de celui qu'on avait imaginé. Il pleure, il a froid, il a faim, et nous, on est démunis. On avait tellement envisagé le bonheur à 3 qu'on en avait oublié le prix du bonheur. Et là, il faut s'adapter. C'est là que les principes sont remisés au grenier et que notre vraie nature émerge. Mais notre vraie nature dépend aussi de notre capacité à nous faire confiance. C'est rarement au premier enfant qu'on cododote facilement, j'en suis sûre (même si ça existe), tout simplement parce qu'on a "peur" de l'écraser. On "écoute" beaucoup aussi, avec ce premier enfant : l'entourage, les médecins, les puéricultrices. Et on n'écoute pas toujours des conseils adaptés. On en oublie de s'écouter soi. Du coup, il y a des "erreurs" qu'on fait avec le premier bébé et qui ne se reproduisent plus avec les autres, parce qu'on se fait davantage confiance.

Je crois avoir été toujours dans le trip de la maternité proximale, mais pour Bertille, je ne savais pas mettre l'écharpe. Pour Enguerrand, je doutais de ma capacité à l'allaiter avec toutes les charges familiales et professionnelles qui pesaient alors sur moi. Résultat : j'ai des jumelles de 11 mois toujours allaitées, qui sont restées dans ma chambre jusqu'à 8 mois, portées - même si je suis toujours peu douée pour nouer l'écharpe, et massées comme mes deux premiers. Avec mes jumelles (bébés 3 et 4), ma confiance était importante, parce que les regards de mes deux aînés me prouvaient au quotidien que je pouvais "bien" me débrouiller. Je me suis laissée aller à ce que j'aimais vraiment, dans la proximité avec mes bébés. C'est la maternité au quotidien qui nous fait grandir en tant que mère, pas seulement la grossesse en soi qui n'est qu'un prémisse de tout ce qui nous attend.

Virginie L., 1 enfant

On est prof. Alors les "sales gosses mal élevés" et "enfants roi", c'était niet. Sincèrement, un bonne fessée méritée n'a jamais tué personne. Des limites claires et immuables sont nécessaires. Comme tout le monde, la chambre était prête. Le cododo ? Ben, on risque quand même d'écraser son enfant. Et puis quid de l'intimité ? Allaiter : oui, si je peux (me disais-je, à 4 mois de grossesse), oui jusqu'à la reprise du travail (me disais-je avant d' accoucher), oui jusqu'à 6 mois (à la naissance), jusqu'aux grandes vacances (à 6 mois de bébé), jusqu'au sevrage naturel (à 1 an de bébé). Au final, mon bébé m'a littéralement obligée à accepter autre chose. J'avais déjà été bien attendrie par les discussions sur les forums. Au final, j'ai dormi avec mon bébé dès la maternité. J'ai allaité jusqu'au sevrage naturel pendant ma deuxième grossesse. J'ai pratiqué le peau à peau et le portage. Je me suis ouverte à un parentage "non violent" qui ont entraîné de profondes réflexions sur ma pratique professionnelle. Mon bébé m'a fait mère mais aussi prof. Il m'a conduite à développer des aptitudes non exploitées : un grand merci à lui.

Monica de C., 1 enfant, 8 mois

Pendant des années, j'ai été une femme obsédée par son travail. La maternité ne me parlait pas trop, mais je me disais que si un jour je décidais d'être maman, je m'organiserais pour rentrer vite au travail. Il y a 3 ans, un besoin d'équilibre dans ma vie m'a emmené à démissionner. Deux ans plus tard, avec mon compagnon, on a eu envie d'avoir des enfants. Je suis tombé enceinte quand nous vivions au Congo où j'avais peu de possibilités de trouver un travail qui m'intéressait. Bien malgré moi, j'ai donc décidé de ne pas travailler et de me concentrer sur ma grossesse. J'ai beaucoup lu et je me suis vite aperçu que je voulais une accouchement naturel, puis un accouchement à la maison. Une chose m'a emmené vers une autre et, avant d'accoucher, j'avais adopté une philosophie qui ne ressemblait en rien ce que j'avais envisagé auparavant. Je m'étais connectée avec mon instinct et je me suis sentie très confortable avec cela. Je me suis laissé portée, en partie guidée par des livres, mais surtout par un instinct qui me disait qu'il fallait être présente, que mon bébé avait besoin de moi et qu'être mère c'était ça : être là. Donc, l'idée de reprendre le travail s'est envolée. Je ne le ferais pour rien au monde maintenant. Au début de ma grossesse, je me disais qu'il me fallait au moins 4 mois avec mon bébé, puis 6 mois, puis 1 an. De même pour l'allaitement, maintenant je me dis que si ma fille a besoin de téter plus longtemps, alors ce sera plus longtemps.

Je ne dirais pas que la grossesse et la maternité m'ont changé. Je dirais que l'expérience m'a permis de me connecter avec une partie profonde de moi-même, un instinct animal et une sagesse ancestrale. Je ne comprends pas comment la plupart des femmes vivent leur maternité sans se connecter avec cette sagesse, comment elles restent persuadées qu'elles ont besoin de la médecine pour faire ce voyage fabuleux, comment s'expliquer que l'opinion générale sur la grossesse, l'accouchement et la petite enfance se soient tellement éloignée du "bon sens" ? Comment se fait-il que la plupart de femmes pensent que c'est normal d'accoucher allongée sur le dos dans une salle froide, bruyante et trop éclairée ? Comment s'expliquer que, pendant des années, la société occidentale ne se soit pas interrogée sur le fait que la majorité des femmes nourrissaient leurs bébés avec du lait d'un autre animal ?

Me voici aujourd'hui maman d'une petite fille de 8 mois, née à la maison. Je suis contente de l'allaiter, de dormir avec elle et de la porter près de moi là où je vais.

Emmanuelle B., 1 enfant, cinq ans

S’il y a un mot et un seul que je dois choisir pour parler de mon expérience de la parentalité, c’est indéniablement “autrement”. Un des premiers livres achetés lors de ma grossesse a été Elever son enfant autrement de Catherine Dumonteil-Kremer. C’est ce livre qui m’a ouvert les portes du chemin que j’allais suivre ensuite. Pourquoi ce “autrement” a-t-il tant résonné en moi ? Tout simplement parce que je ne me retrouvais pas dans les magazines pour femmes enceintes, jeunes mamans et futurs bébés. Vous savez ces magazines où les femmes sont resplendissantes et où, certes, elles ont peur de l’accouchement, mais juste avant et juste après, elle peuvent faire la une des magazines, sans un gramme de trop ailleurs que sur le bide, sans masque de grossesse et sans plus de profondeur que n’importe quel top model. Bref pas du tout le genre de magazine où je peux me retrouver. Ce genre de presse féminine que j’ai longtemps associé au genre féminin que je fuyais, tout dans le paraître. Là, voilà qu’on me parle “autrement”, et qu’un espace s’ouvre pour moi.

Et le premier pas se fait, sur un autre chemin, sur “mon” propre chemin. Bon, ce n’est pas qu’avant j’étais noyée dans la foule non plus, mais mes revendications pour ne pas “rentrer dans le rang” pour ne pas me “fondre dans le moule”, ça se passait surtout au niveau culturel et avec une certaine méfiance de tout ce qu’on voulait me faire gober comme “évident” mais sans remise en cause totale. C’est sûr que la normalité, la norme, le moule, ça a le mérite de maintenir, de contenir, il n’y a rien à faire, juste à suivre. Le champ des possibles de ce qu’on est paraît immense, mais si on retire de ce champ l’infini choix de ce qu’on peut consommer, ce qu’il nous est raisonnablement permis d’être est finalement plutôt très réduit. Le besoin de reconnaissance, l’habitude, la soumission qu’on nous apprend dans le modèle de société où on commence par obéir à ses parents, puis à la maîtresse, puis à ses professeurs, puis à son supérieur ne nous encourage pas franchement au “autrement”. Alors parfois, l’adolescence, une injustice, une envie d’autre chose, et on s’imagine différent, plus libre, plus autonome et sans doute plus heureux. Mais il faut de l’assurance, de la confiance, de la patience et de la détermination pour se sortir de nos vieux modèles.

Alors quel meilleur déclencheur qu’une vie en devenir, une vie que l’on donne, une vie que l’on souhaite tellement belle et tellement heureuse ? Et voilà, l’aventure commence. Autrement qu’avant. Il n’y a plus d’autoroute à suivre mais des sentiers tout juste balisés. Il faut enlever le masque, se retrouver pour avoir un guide. Sinon très vite on nage dans les doutes, les questions sans réponses, les questions qui s’enchaînent et nous paralysent. Ne suivre personne, mais se suivre soi. Ecouter les autres pour faire éclore ses propres solutions. Défricher, inventer, essayer, partager. Remettre en cause beaucoup de choses. Se débarrasser de ses croyances, des tas de réflexes, pensées, comportements dont on n’a même plus conscience mais qui nous entravent au quotidien. Se débarrasser des réponses trop rapides, des réponses toutes faites, des chemins qui ne sont pas les nôtres et des conseils inadaptés.

Mais attention, en cherchant son propre chemin, à ne pas tomber dans le piège de ce que j’appelle la “norme alternative”, où le “autrement” est certes différent de ce dont on nous rabat les oreilles, mais où la liberté n’est pas la bienvenue, où le faire comme les autres est toujours là même si les “autres” ont changé de visages, de convictions et de mode de vie. Le “autrement”, il faut le trouver, le construire, l’adapter. Il faut oublier les packages, les grilles, les listes… ou alors se les construire. Il faut faire ses propres choix et les assumer. Et notre meilleure aide, c’est d’être connectée, connectée à soi, connectée à ce que Clarissa Pinkola Estés appelle la femme sauvage, et connectée à ses enfants. C’est amusant de voir que récemment deux nouveaux titres sont apparus dans la presse, magazines que j’ai beaucoup appréciés et auxquels je me suis abonnée : Grandir Autrement, et Vivre Autrement… Décidément !

Ingrid V., 1 enfant, un an

La grossesse et la maternité ont changé bien des choses pour moi. Cela a adoucit mon caractère. J'ai pris conscience que je ne suis plus maître de la situation. Je connais la peur, par exemple celle de perdre ma fille. Mes priorités ont change. Ma famille vient avant le travail et l'argent, le bien-être de ma famille vient avant mon intérêt personnel. Pour protéger ma fille, j'ose désormais affirmer ma position vis-a-vis de ma famille. Physiquement, cela m'a changée. Je suis plus en harmonie avec moi-même. Je suis plus épanouie et plus belle selon mon entourage. Cela a changé la vision de mon couple : on est désormais une équipe et non plus deux individualités.