Dans les jardins d’enfants Waldorf, les jardinières et les jardiniers d’enfants s’efforcent d’équilibrer les périodes de jeu libre avec des activités vivantes et significatives et des tâches de la vie quotidienne. C’est ainsi qu’un jour de la semaine est réservé pour la fabrication du pain.

Pour avoir du pain sur la table, nous n’allons pas simplement au supermarché, mais sa fabrication implique le travail humain. En participant ainsi, de façon ludique, chaque semaine, l’enfant intègre les différentes étapes nécessaires à sa préparation et la valeur du travail humain.

Il est de pratique courante en automne, que le ou la jardinière ramène des gerbes de blé d’une ferme  biologique locale et que, pendant plusieurs jours, les enfants s’affairent à battre et à trier le grain avant de le passer au moulin manuel. À force d’un effort enthousiaste et soutenu, les enfants découvrent comment obtenir une farine fraîchement moulue à partir du grain.

Puis, au fil des semaines, cette farine est transformée en miches de pain nourrissantes et odorantes. Pendant que les enfants s’adonnent au jeu libre, la jardinière prépare la pâte à partir d’ingrédients tous aussi naturels que possible et préférablement de qualité biologique, voire bio-dynamique, afin que l’enfant, dès le plus jeune âge, apprécie des aliments de qualité.  Certains enfants se joignent spontanément à l’activité et demandent à assister l’éducatrice, puis retournent à leurs occupations pendant que la pâte se repose et lève.

Recette du pain « maison » :

1 c. à soupe de levure sèche 1/3 de tasse de miel 3 tasses d’eau tiède 3 et 4 tasses de farine d’épeautre ou de blé complet 1/3 de tasse d’huile 1 c. à soupe de sel   1.  Mélanger la levure, le miel et l’eau tiède au fouet. 2.  Rajouter 3 tasses de farine. Laisser reposer 45 minutes. 3.  Rajouter 4 tasses de farine, le sel et l’huile pour former une pâte. 4.  Saupoudrer de la farine sur la table. Y pétrir la pâte. 5.  Former de petits pains et cuire à 180° C pendant 30 minutes.     « Mettons nos tabliers, nos tabliers, nos tabliers. Mettons nos tabliers pour faire le pain. »

Cette chanson invite les enfants à quitter les activités dans lesquelles ils se sont engagés pour se joindre à l’activité de fabrication du pain. Le fait de nouer son tablier assure non seulement la protection des vêtements, mais ancre aussi l’intention de se mettre au travail.

En attendant que tous les enfants finissent de se laver les mains, les autres sont invités à réveiller leurs doigts en s’adonnant à plusieurs jeux de doigts.   J’ai faim Il faut du pain Il n’y en a guère Qu’allons-nous faire ? Il nous faut tous travailler Moi, j’apporte la terrine Moi, j’y verse la farine Moi, je pétris la pâte Moi, je l’enfourne en toute hâte Et moi je crie, et moi je crie : Bon appétit, tout est servi !   Chaque enfant reçoit son pâton et le travail de pétrissage et de façonnage commence. Pour marquer l’engagement de chaque enfant au pétrissage de son pâton, on entonne souvent un air en relation avec l’activité : « De nos mains, de nos mains, pétrissons la pâte. De nos mains, de nos mains, façonnons le pain. »

Les enfants donnent toute leur attention à la tâche, ainsi que leur énergie puis, au bout d’un certain temps, souvent, l’attention retombe. Alors, la jardinière fait le tour de la table avec des canneberges « rubis » (on peut le faire avec d'autres baies ou fruits secs) à enfouir dans la pâte pour les « cacher des voleurs » . Quelques-unes se perdent sur la table, pour le plus grand plaisir des « petites souris »… Les enfants se ressourcent dans les images offertes et continuent avec entrain leur tâche. Finalement, le moment est venu d'achever la mise en forme de la pâte. Les enfants laissent libre cours à leur imagination : citrouille, escargot, serpent, fleur, oiseau… Ou, à l’occasion d’une fête spéciale, les enfants sont invités à exécuter des formes symboliques de la fête : dragon pour la Saint-Michel, soleil pour la célébration du solstice…      Le travail est à présent terminé. Les ustensiles sont nettoyés et rangés, la table est lavée, le sol est balayé… et les tabliers se dénouent alors que le pain passe au four. Les activités de la matinée continuent alors qu’une délicieuse odeur de pain frais flotte dans la pièce. Quand les enfants s’assoient pour déguster le fruit de leur labeur, ils participent à un apprentissage social, au sens le plus profond du terme. Une bougie est allumée pour marquer la célébration quotidienne.

Les enfants joignent leurs mains pour exprimer leur gratitude pour les fruits de la terre, pour célébrer la communion fraternelle, mais aussi avec tout l’Univers où le travail humain, avec la participation des éléments de la Terre, de l’air, de l’eau et du feu ont transmuté le grain en pain, nutrition du corps, oui, mais aussi de l’âme qui y goûte la satisfaction d’un monde harmonieux.

Ainsi, bien au-delà de l’aspect pratique et technique d’apprentissage à faire le pain, l’enfant aura acquis d’autres facultés essentielles à son développement. Sans compter toutes les implications sur la motricité fine et musculaire, faire du pain est une fête pour les sens  qui y sont pleinement engagés : le pétrissage implique toute la paume de la main jusqu’au bout des doigts, dans un mouvement rythmique qui stimule le sens du toucher de toute la main. L’odorat et le goût sont conviés à cette fête, la vue se rassasie de la couleur  des pains croustillants et notre cœur célèbre son sens du bien-être.

« Terre qui nous donne le pain Soleil qui mûrit le grain Chère Terre, Cher Soleil, On ne vous oubliera jamais. Bon appétit tous les amis Grands et petits ! (tout petit, tout petit, tout petit !) »

Chalia Tuzlak Québécoise http://rootchildrenearlyyears-chalia.blogspot.com