À partir des questions précitées et d'autres, bien entendu, l'anthroposophie propose des résultats de recherches, menées de manière spirituelle, que tout un chacun peut s'assimiler en les pensant lui-même. Ici intervient, outre la raison personnelle, la liberté qui est à la fois la capacité de penser de manière autonome et de le faire indépendamment des perceptions sensorielles imposées du dehors. L'anthroposophie propose aussi une méthode de recherche destinée à ouvrir progressivement et consciemment, à l'homme qui veut s'y appliquer, les portes du monde de l'esprit où se trouve la source de ce qu'il recherche.

Si elle part de la connaissance, déployée le plus largement possible, l'anthroposophie permet aussi aux connaissances de s'exprimer dans la forme de l'art. Tous les arts, de la musique à l'architecture, des formes les plus subtiles aux formes les plus matérielles ; avec un art tout nouveau : l'eurythmie qui donn à la parole et à la musique de pouvoir s'exprimer dans la forme du mouvement et de la gestuelle humaine. Par l'art, qui s'adresse davantage au domaine des sentiments, l'anthroposophie peut amener de la vie aux représentations apportées par la connaissance.

À cette vie de l'esprit, manifestée dans la connaissance et vivifiée par l'art, l'anthroposophie ajoute une troisième dimension, celle de la pratique concrète. Pour soigner les hommes et les nourrir, pour éduquer les enfants, accompagner les handicapés, etc., en fonction de leur nature, terrestre et spirituelle, l'anthroposophie offre des démarches médicales, agricoles, pédagogiques, etc., puisées elles aussi aux sources de l'esprit. Elles ne se présentent pas comme des « alternatives » aux pratiques en vigueur, mais des « élargissements » de ce qui se réalise déjà, par le fait qu'elles s'ouvrent à une vision plus globale, plus large de l'être humain. En résumé, on peut dire que l'anthroposophie cherche à éclairer l'homme dans toutes ses dimensions, à partir d'une vision spirituelle, afin de lui permettre de répondre par lui-même aux questions qu'il se pose, et cela jusque dans la vie pratique.

En quoi l'anthroposophie a-t-elle un impact sur les écoles Steiner-Waldorf ?

Sur la toile de fond générale qui précède, nous pouvons préciser ce qui a trait à la pédagogie. Nous entrons là dans le domaine de l'anthropologie ou, autrement dit, de la connaissance de la nature humaine.

L'anthroposophie considère l'être humain dans sa globalité, à savoir comme une individualité dotée d'une triple constitution : physique, psychique et spirituelle. Nous nous trouvons là devant des données d'expérience. En effet, chacun peut observer qu'il dispose d'un corps physique qui le conduit dans la vie, d'une âme qui se révèle dans les sentiments et d'un esprit qui lui permet de connaître l'univers et de se connaître lui-même.

Si elle veut éduquer entièrement l'homme, la pédagogie doit pouvoir le nourrir sur les trois plans décrits et elle le fait - ceci dit en raccourci – en éveillant des facultés latentes dans ces trois domaines par les activités manuelles et physiques, par la pratique des arts et enfin par la connaissance élaborée à partir d'expériences intensément vécues.

Dans la mesure où l'être humain évolue et se transforme, les méthodes d'apprentissage varient avec l'âge. Ainsi, dans la toute petite enfance, l'accent est mis sur les activités concrètes, vécues de façon ludique, afin d'éveiller le petit dans son corps et de former ses organes ; ceci se fait grâce à une imitation de toutes les bonnes choses que les adultes apportent à sa vie sensorielle et à son besoin intense d'activité. Par la suite, l'art sera davantage sollicité pour susciter dans l'âme de l'enfant en croissance un véritable amour du monde et des êtres qui l'entourent et stimuler ainsi le désir de les connaître. Ensuite, il aspirera petit à petit à s'élever vers la connaissance conceptuelle de ce qu'il aura appris à aimer auparavant. À l'adolescence, il pourra alors se mouvoir dans le monde d'idées claires et rigoureuses acquises en pensant par lui-même, source de liberté individuelle.

À travers ces exemples très succincts, nous pouvons voir que, par le moyen de l'anthropologie, la connaissance de l'homme, l'anthroposophie apporte aux professeurs des outils conceptuels permettant d'élargir la pédagogie à toutes les dimensions de l'être humain, dans sa nature spécifique et dans son devenir.

Par là, nous voyons que l'être humain est au cœur de la pédagogie d'inspiration anthroposophique. De même qu'on ne peut éduquer un être humain que par un autre être humain, le but de l'éducation est de permettre au petit homme venant sur terre de devenir un homme accompli. C'est en fonction d'une « image de l'homme réel » que l'éducation peut se faire et non en fonction d'impératifs extérieurs, qu'ils soient économiques, politiques ou de tout autre ordre. La seule prise en compte de tels impératifs extérieurs conduit souvent à instrumentaliser l'être humain et non à lui permettre de s'accomplir librement en fonction de ce qu'il est.

Si le pédagogue s'inspire d'une telle image, il est évidemment aussi appelé à s'intéresser aux travaux de recherches pédagogiques menées par ailleurs et, pour les matières enseignées, à assimiler le savoir nécessaire acquis à notre époque.

Il faut également insister sur le fait que l'anthroposophie ne constitue pas une conception du monde destinée à être enseignée aux enfants. Si c'était le cas, on ne respecterait pas leur liberté ni celle de leurs parents. La pédagogie s'adresse à tous les enfants de la terre dans le respect des choix philosophiques et religieux des familles. La liberté est une valeur sacrée reconnue par l'anthroposophie et la pédagogie qui s'en inspire. Ceux qui en douteraient pourraient trouver dans la diversité des types d'écoles de par le monde et dans toutes les aires culturelles de nombreux exemples qui infirmeraient l'idée d'un modèle reposant sur une pensée unique.

Enfin, en ce qui concerne la société anthroposophique, celle-ci n'intervient pas dans le fonctionnement des écoles qui sont des entités indépendantes reposant sur leurs propres forces.

Quelles sont les activités de votre association ?

La Société anthroposophique en France est une Société publique à vocation culturelle. Elle est constituée en association de personnes désireuses de cultiver l'anthroposophie individuellement ou en groupes. La vie de la Société repose d'abord sur l'initiative de ses membres actifs. Ceux-ci animent les groupes de travail locaux ou thématiques qui étudient l'anthroposophie selon leur propre méthode.

En dehors des réunions de membres – souvent ouvertes à des sympathisants -, la Société organise à Paris et en province des conférences et des congrès publics en partenariat avec les groupes locaux. L'entrée dans la Société est ouverte à tous ceux qui s'intéressent à l'anthroposophie, sans distinction d'appartenance philosophique ou religieuse.

La Société, qui a son siège à Paris (2 rue de la Grande Chaumière, 75006 Paris) est administrée par un comité de cinq personnes. À raison de deux fois par an, les délégués des groupes se réunissent avec les responsables pour s'informer mutuellement et se concerter sur les actions à mener conjointement. Actuellement, la perspective du 150e anniversaire de la naissance de Rudolf Steiner en 2011 nous occupe particulièrement. Des rencontres ont aussi lieu avec des représentants d'institutions qui s'inspirent de l'anthroposophie. Chaque année, les membres de la Société sont invités à participer à l'assemblée générale de l'association où sont présentés le rapport d'activité, les comptes annuels et des perspectives de travail pour l'année suivante. L'assemblée a lieu dans le cadre d'un congrès où interviennent des responsables de la Société anthroposophique universelle, à laquelle la Société nationale est affiliée.

Tous les deux mois, la Société édite un bulletin d'information pour les membres comprenant des articles de fond, des nouvelles sur la vie anthroposophique dans le monde et sur les activités des groupes locaux, des informations sur les séminaires et journées d'études, ainsi que sur les nouvelles parutions. La Société dispose d'un site (anthroposophie.fr). Sur le plan européen, le site Anthromédia (anthromedia.fr) donne des informations en quatre langues sur les activités anthroposophiques. Au siège à Paris, une bibliothèque est accessible au public.

Pouvez-nous parler de l'anthroposophie dans le reste du monde ?

Il faudrait au moins tout un livre pour recenser les activités et réalisations anthroposophiques dans le monde. Disons brièvement que les différents champs d'activité sont représentés un peu partout. La chute du rideau de fer a vu une expansion des initiatives en Europe de l'Est. En Asie, leur essor est remarqué. En ce qui concerne l'agriculture, la méthode bio-dynamique est de plus en plus pratiquée et ses produits (de marque Demeter, entre autres) appréciés des consommateurs. Les produits cosmétiques et les médicaments sont de plus en plus demandés. Sans compter la création d'écoles et de jardins d'enfants (plus de mille institutions dans le monde), ainsi que d'instituts de pédagogie curative pour enfants handicapés.

Cependant, ce qui compte le plus, c'est l'état d'esprit qui anime les réalisations. Pour rester sur une note positive dans un monde déchiré, je citerai la création d'un jardin d'enfants qui réunit des enfants palestiniens et israéliens, et une école à Haïti qui s'efforce actuellement de prendre complètement en charge les soixante enfants qui y sont scolarisés. Tous signes d'espoir pour demain.