Pendant la petite enfance, je crois profondément que le meilleur endroit pour l’enfant, c’est la maison. Ce milieu permet aux enfants de baigner dans l’amour familial, de se sentir aimés inconditionnellement, en sécurité et d’observer les tâches domestiques essentielles au maintien de la vie à la maison (art de cuisiner, hygiène de vie, etc.). Les jeunes enfants (de 0 à 7 ans) sont encore dans le monde de l’imaginaire et ont besoin de jouer et, surtout, d’imiter. Steiner disait qu’il n’était pas sain pour les enfants de se concentrer sur des apprentissages cognitifs, tels la lecture, l’écriture et les mathématiques jusqu’à ce que leur corps ait atteint un certain niveau de maturité, libérant ainsi les forces vitales nécessaires au travail cognitif.

Comme les jeunes enfants sont encore très connectés au rythme de leur corps, une expérience sensorielle de rythme est cultivée en associant les mêmes activités aux mêmes jours de la semaine (chez nous, le rythme est le suivant : lundi, lessive ; mardi, aquarelle ou cire à modeler ; mercredi, ménage ; jeudi, pain ; vendredi, artisanat ; samedi, visite avec des amis et dimanche, randonnée familiale en forêt) et les journées se déroulent dans le même ordre. Mes filles sont encouragées à participer aux travaux ménagers nécessaires à l’entretien de la maison : passer le balai, faire la vaisselle, plier le linge, épousseter, nettoyer la table après la collation, etc. Presque tous les jours, je leur présente un conte narratif avec des personnages, ainsi qu’une ronde comprenant des chansons et des jeux de mouvement et de doigts reliés aux rythmes des saisons. Elles dessinent avec des crayons en cire d’abeille et cuisinent avec nous. Elles sont de plus en plus intéressées à participer aux travaux de la ferme : elles vont traire la vache avec papa, nourrissent les lapins et viennent récolter des légumes au potager avec moi.

Dès la petite enfance, Steiner croit qu’il est important de cultiver chez l’enfant un sentiment d’émerveillement, de gratitude et de révérence. De plus, les fêtes nous aident à nous connecter aux rythmes de la nature. Le fait de célébrer les fêtes qui marquent l’année en créant une ambiance propre à chacun est enrichissant pour tous et nourrit l’âme des enfants. Nous nous efforçons donc d’intégrer ces fêtes dans notre rythme d’école à la maison. La préparation qui entoure les festivités (bricolage, cuisine) est aussi importante pour l’enfant que la fête elle-même.

À l’époque de nos arrière-grands-parents, les parents travaillaient physiquement, les femmes lavaient les vêtements à la main, fendaient le bois et travaillaient aux champs. Les jeunes enfants jouaient près d’elles et commençaient à les imiter dès qu’ils étaient en mesure de le faire. Les petits étaient portés en écharpe¹ et n’étaient pas continuellement stimulés, ni ne constituaient le centre d’intérêt, ils participaient simplement à la vie de tous les jours à titre de spectateurs.

Mais, aujourd'hui, nos enfants n’ont pas souvent l’occasion de voir des adultes s’adonner à du vrai travail. Pourquoi ? D’abord, parce que, généralement, à la maison ou à la garderie, les adultes passent leur temps à être en relation directe avec l’enfant. Nos enfants ont besoin de nous et de se sentir enveloppés de notre amour, mais ils n’ont pas besoin que l’on passe notre temps à les divertir ou à les stimuler intellectuellement. Permettre aux enfants d’être des enfants veut aussi dire qu’il nous faut reconnaître leur besoin d’imiter nos gestes et tâches quotidiennes et d’ainsi transposer l’énergie que nous mettons dans notre travail dans leur jeu. Voici une des raisons principales qui m’a incitée à garder mes enfants à la maison.

Les enfants ont aussi grand besoin qu’on les protège de la surstimulation omniprésente de nos jours. Il est primordial qu'ils ne soient pas bousculés et ainsi déconnectés prématurément de leur sentiment naturel d’unité avec le monde. L’émerveillement, quand il est soigneusement honoré, se transforme en sentiment de révérence pour la vie et le monde : l’assurance que la vie est bonne et digne de respect.

Le fait de choisir de faire l’école à la maison avec la philosophie de notre choix est une option possible et peut être fort enrichissant pour nos enfants, même si elle peut sembler, a priori, une montagne infranchissable. L’éducation Waldorf est empreinte d’une compréhension particulière et profonde de l’être humain, notamment de méthodes pratiques permettant de nourrir et de soutenir chacun des aspects de l’humanité de l’enfant de façon harmonieuse. Elle répond à un besoin criant de notre époque : elle offre une stabilité et un sens manquants dans notre civilisation contemporaine fragmentée."

Catherine F., http://catherine-et-les-fees.blogspot.com 1 - Le témoignage est celui d'une maman québécoise.

Pour ce qui est de Waldorf, j'adore la façon dont la pédagogie considère l'apprentissage de l'écriture : faire des lettres des dessins qui prennent beaucoup d'espace avant d'entrer entre deux petites lignes, laisser une place importante aux contes fantastiques... Aussi, comme dans Montessori, on utilise principalement des matières naturelles dans les jeux. Je trouve que Waldorf est réellement conçu pour laisser le temps aux enfants d'être des enfants, rien n'est brusqué, le but n'est vraiment pas d'en faire des « grands » trop rapidement. Toutefois, la pédagogie Waldorf a tout son côté anthroposophique qui m'intéresse moins. Je comprends qu'au début du XXe siècle, la religion était omniprésente et qu'il se devait d'y avoir un espace pour cette dimension dans cette pédagogie, mais elle prend encore beaucoup de place. Il est toutefois facile d'en faire fi et de ne pas aborder ce sujet à la maison. Si les enfants ont des questions spirituelles, j'essaie de leur faire trouver leurs propres réponses en les questionnant et en les faisant réfléchir par eux-mêmes : je suis  davantage pour la philosophie que pour la religion.

Chloé, 23 ans, maman d'un garçon de 4 ans et d'une fille de 22 mois

Avant même de devenir parent, l'idée de mettre mon enfant à l'école en maternelle me paraissait aberrante. Peut-être, et même sûrement, à cause de mon propre vécu. Ce n'est pas forcément bien, mais malheureusement pour le coup, c'était comme ça. Depuis que mon fils est né, nos opinions là-dessus n'ont pas changé. Le voici arrivé à l'âge de la petite section de maternelle, je tente les méthodes d'apprentissage dites classiques. Cela coince, mon fils n'aime pas, et pire, bloque sur la parole. Je pense que je ne m'y prenais pas bien, mais, comme on n'a pas de mode d'emploi, ce n'est pas facile. Du coup, nous nous sommes penchés sur la pédagogie Montessori. Le bonheur !… sur le papier : même si effectivement, ça passait mieux, il y avait un manque, un quelque chose que je n'arrivais à saisir qui faisait que, moi, je n'adhérais pas tout à fait.

C'est mon beau-père qui m'a parlé de Steiner, il avait un livre et un petit guide d'eurythmie. Moui, pourquoi pas. Je prend les livres, mais ce n'est que récemment que j'ai réellement découvert ce qu'était cette pédagogie. Et là, d'un coup, c'était une évidence. Parce que, effectivement pour nous, le plus important n'est pas qu'il apprenne des chiffres, couleurs, etc., assis derrière son petit bureau, mais dans la pratique de tous les jours. J'ai mis des mois à mettre en place quelques activités Montessori et, avec Steiner, en deux semaines (et après avoir lu un merveilleux blog qui m'a fortement inspirée et encouragée), presque tout s'est mis en place. En deux semaines ,mon fils a emmagasiné plus de choses qu'en deux mois, il est plus à l'aise, heureux de venir faire de la cuisine, de s'occuper des animaux, plantes, de fabriquer des petites choses avec moi.

La pédagogie Steiner, c'est devenu pour moi une évidence, dans un monde où tout doit être rentabilisé au plus tôt. Dans un monde où l'on sort l'enfant trop tôt de sa bulle, lui laisser le temps de grandir, de rêver et, surtout, d'apprendre ce qu'est concrètement la vie est important. Prendre le temps de vivre, de le laisser grandir et surtout de l'accompagner. Il n'y a pas photo pour nous, entre un enfant qui apprend par cœur des choses dictées à l'école et un qui les vit, je choisis la seconde option. Je n'ai pas poussé trop loin mes recherches sur cette pédagogie, j'ai pris l'essentiel, l'appliquer à la lettre pour moi ne servirait à rien. Il faut ressentir les choses. Mon fils a des jouets maison, d'autres en bois, il a des voitures détaillées et d'autres figuratives.

C'est décidé, pas de maternelle pour mon loulou, on avancera avec un mélange Steiner, un brin Montessori, puis une touche de nous, jusqu'au C.P. J'ai déjà cherché tous les endroits et moments où l'on pourrait rencontrer d'autres enfants, ce qui me paraît essentiel. Après la maternelle, ça dépendra de mon fils, de ses envies et aussi de mon propre cheminement. S'il veut continuer à la maison et que je m'en sens capable, nous le ferons. Tout comme s'il préfère aller à l'école, que ce soit en C.P. ou avant, ce sera son choix et il sera respecté. Mes idéaux ne sont rien si mon fils n'a pas le choix.

Célia R., un enfant