Témoignages : Jeu et violence
Par Grandir Autrement le lundi 17 mai 2010, 23:27 - Témoignages - Lien permanent
Complément web au Hors série n°6
« Les jouets que j'évite volontairement, ce sont toutes les armes et les jouets de guerre. Depuis qu'il va à l'école, Loïs a déjà appris à tirer sur les gens avec son doigt pour les "casser", je trouve que ça suffit ! Parfois, ce n'est pas évident d'échapper à ce type de jouets. Ma mère, par exemple, achète des pistolets et des armes. Je le laisse jouer avec chez elle, mais je n'en ramène pas chez nous. Là, il a deux épées et un bouclier que l'on m'a donnés. Je suis moins négative vis-à-vis des épées, d'autant qu'il aime bien Zorro, que l'on regarde ensemble (malgré les combats, c'est plutôt soft, Zorro, je trouve).
Un truc qui m'énerve plus, c'est, par exemple, le traiteur chinois à côté de chez nous. Il fait plein de pliages en papier (fleurs, avions, etc.) qui décorent son magasin et il en donne généralement un à chaque achat. Quand je suis seule, il me donne souvent une fleur ; mais, si Loïs est là, il lui donne systématiquement un pistolet en papier... Même si Loïs ne s'y intéresse pas beaucoup : l'autre jour, il me demandait si le pliage pouvait représenter une voiture de course si on le tenait à l'envers ! »
Marjorie M., un enfant
« C’est arrivé comme ça, sans que je m’y attende… Nous étions en vacances chez ma belle-sœur et son fils de 18 ans a montré un jeu vidéo de guerre à son oncle – mon mari – sur l’ordinateur. Mon petit bonhomme, en passant devant, car l’ordinateur se trouvait dans un lieu de passage, a été intrigué et s’est mis à regarder, d’abord de loin, puis s’est rapproché… Son père, s’en rendant compte, l’a alors arrêté. Mais Owayss, 8 ans, était vraiment intéressé, surtout par le fait que l’on puisse se déplacer dans un paysage : il a toujours aimé observer les plans et les cartes en déplaçant ses doigts dessus. Alors nous avons décidé de lui permettre d’explorer ce plan en 3D. Puis, il a commencé à poser des questions sur le but du jeu, et a voulu voir les différentes armes dont le joueur disposait. Là encore, nous avons répondu à ses interrogations qui semblaient plutôt techniques. Puis, il a voulu assister à une partie. Après discussion entre mon mari et moi-même, nous avons accepté : le jeu ne comportait pas de scènes où l’on voyait du sang. À partir de ce moment, sa passion pour les dinosaures a laissé place aux « armes ». Lors de nos promenades, il voyait – et voit encore – toutes sortes d’armes dans un simple bout de bois, qu’il a d’ailleurs collectionnées à la maison… Il aime jouer avec à la guerre contre des ennemis imaginaires ou ses amis, parents…
J’avoue que j’ai été gênée au début, mais son père aimant lui-même ce genre de jeux, tout en condamnant la violence dans la « vraie vie », je me suis rassurée en me disant que cela lui permettait sûrement d’assouvir un besoin que je ne pouvais pas comprendre. Je ne pense pas qu’il réalise vraiment ce pourquoi sont faites ces armes en réalité. Elles ne sont pour lui que jouets. À vrai dire, il est de nature très sensible et n’aime pas les histoires tristes ou violentes ; plus jeune il refusait de regarder « Le Roi lion » de Disney à cause de la cruauté de l’oncle Scar… De plus, cela nous a permis de faire des recherches sur les différentes armes et techniques de guerre à travers l’Histoire. Certains adultes sont choqués en l’entendant parler avec une telle simplicité et précision de telle ou telle arme. J’étais moi-même interloquée au début, mais connaissant bien mon fils, je sais qu’il n’y voit que l’aspect technique et non la violence qu’elles expriment et je me refuse de le faire culpabiliser à cause du regard inquiet de certains. Je pense que la violence peut s’exprimer aussi de cette façon : en ne laissant pas un enfant aller jusqu’au bout de ses centres d’intérêt. Tout est dans la discussion et le respect de l’autre. Nous lui avons bien expliqué que des gens pouvaient être choqués, car dans la réalité les armes tuent vraiment, et qu’il fallait par conséquent respecter cela en ne jouant pas à ce genre de jeux avec eux, ce qu’il a parfaitement compris. Nous avons comme principe de n'interdire à nos enfants que ce qui est dangereux physiquement, comme traverser tout seul jusqu'à un certain âge, se pencher seul à la fenêtre... Pour le reste, nous essayons toujours de trouver un juste milieu entre leurs envies/besoins et ce que nous pouvons accepter... À nous de répondre de façon adéquate à tous ceux qui ne comprendraient pas ! »
Rachida O., maman de trois enfants