Visites post-naissance : oser suivre son instinct
Par Grandir Autrement le lundi 21 mars 2011, 16:58 - Témoignages - Lien permanent
Complément web au N28
Mette S-J, trois enfants : « Mon mari a été bouleversé par la naissance de notre première fille. Il est tombé malade pendant deux jours : il avait besoin de « digérer » son arrivée ! Le troisième jour, il est venu nous voir, et a fondu en larmes devant le berceau. On se tenait la main, je pleurais moi aussi. Je sentais que c'était un moment très fort, que notre famille se rencontrait vraiment pour la première fois. Quelle émotion... A ce moment-là, la porte s'est ouverte, et une collègue de travail est arrivée en disant « C'est moi ! ». Le moment s'est arrêté, je me suis sentie terriblement frustrée... D'ailleurs ma fille s'est mise à pleurer ! Évidemment, je n'ai pas du tout profité de cette visite... Pour les deux naissances suivantes, j'ai demandé à mes parents de venir de Suède, mon pays natal, pour s'occuper des aînées, mais les visites à l'hôpital ont été réservées à mon mari. Mes parents et nos amis rencontraient le bébé à mon retour à la maison. J'ai senti que ces longs moments à trois, juste nous deux et le bébé, nous permettaient de faire connaissance d'une façon privilégiée. Nous n'avions à nous occuper de rien d'autre que d'être ensemble »
Nathalie W, enceinte de 7 mois et demi : « J'ai signifié à ma famille et à mes amis que nous ne souhaiterions pas de visites avant un certain temps, mais je ne me sens pas du tout comprise. J'ai l'impression que tous sont persuadés qu'il s'agit d'une lubie de femme enceinte et que je changerais d'avis quand le bébé sera là... Mon beau-père me dit que la joie se partage, que c'est égoïste de notre part. Ca me laisse vraiment désemparée. J'aimerais qu'on prenne soin de moi, qu'on me respecte en tant que future mère, plutôt que de commencer à me critiquer. J'ai vraiment envie de vivre ça, peut-être seulement une journée, et j'ai du mal à comprendre pourquoi on me le reproche déjà »
Marie et Bruno, dont les témoignages suivent, sont mari et femme et partagent donc la même expérience.
Marie S, un enfant : « J'ai accouché à la maison et avait annoncé avant la naissance que nous resterions quelques jours tous les trois. Notre famille n'a pas fait de commentaires, même si je ne suis pas sûre qu'ils aient compris. Nos amis, eux, nous ont complètement soutenus, certains nous ont même déposés des paniers repas devant la porte, avec des petits mots adorables. Nous avons vécu dans une bulle, nous n'avons pas bougé de la chambre dans laquelle notre fils est né, c'était un moment hors du temps, unique. Quand la rencontre avec les grands-parents s'est faite, dix jours après la naissance, l'amour était évident : quelques jours d'attente ne sont rien quand une relation va durer toute la vie... »
Bruno S, un enfant : « J'avoue que je n'ai jamais compris l'urgence avec laquelle on venait voir les bébés à peine sortis du ventre de leur mère. Passer de bras en bras, entendre des voix fortes et des odeurs auxquelles ils ne sont pas habitués, ils n'en ont pas besoin, n'est-ce pas ? Moi je pense qu'ils sont mieux avec leur maman, ses bras, ses seins, et au calme ! A mon avis, les personnes qui tiennent à venir voir un nouveau-né sur le champ le font pour se faire plaisir, pas dans l'intérêt du bébé. Tout ça était tellement clair que pour moi que j'ai eu l'impression de faire passer notre message très facilement, sans heurts. Et ce que nous avons vécu, ma femme, mon fils et moi, n'a fait que me conforter dans cette vision »
Julie L-B, trois enfants : « Nos parents ont serré les dents quand nous leur avons parlé de notre choix. En fait, nous avions fait une liste de naissance atypique : pour un troisième enfant, on n'a pas vraiment besoin de matériel, alors nous avons demandé des repas, un coup de main pour le ménage et les courses, et aussi... du calme ! Nous avons appelé pour annoncer la naissance quelques heures après ; nous avons rappelé au bout d'une semaine pour dire qu'ils pouvaient venir. Ils sont arrivés ensemble, en un temps record ! Nous avions eu tout notre temps pour rencontrer notre fille, j'étais reposée, et nous avons pu les accueillir avec plaisir. Des mois plus tard, j'en ai reparlé avec ma mère : elle m'a raconté qu'à chaque naissance (nous sommes six enfants !), sa belle-mère s'installait à son chevet pendant des jours entiers. Ma mère n'a jamais osé lui dire que ça ne lui convenait pas. Elle a beaucoup pleuré, m'a félicitée d'avoir su prendre cette décision, d'avoir choisi un compagnon qui me soutienne. Ca a été un moment très intense : rien que pour ça, ça aurait valu le coup... Pour ma part, je sais que, pour l'avoir vécu, que je pourrais soutenir ma fille quoi qu'elle choisisse, quand ce sera à son tour de devenir maman »
Cécile B, un enfant, enceinte de cinq mois : « Mon premier accouchement reste un très mauvais souvenir : une équipe soignante vraiment pas sympa, une péridurale que je ne souhaitais pas et que je n'aurais jamais acceptée s'ils ne m'avaient pas mis une telle pression, et dans le couloir, ma mère, ma grand-mère et ma sœur, qui attendaient que j'accouche pour voir le bébé avant de reprendre le train... Les jours suivants, j'ai eu jusqu'à dix personnes dans la chambre en même temps ! J'ai fait une dépression post-partum et je crois que ces conditions d'accouchement si éloignées de ce que je souhaitais n'y sont pas pour rien. Pour cette grossesse, je suis vraiment décidée à mettre toutes les chances de mon côté : je bénéficie d'un suivi global avec une sage-femme qui accompagne les AAD, je pense donc accoucher à la maison, et j'ai l'intention de n'informer de la naissance que lorsque je me sentirais prête à voir du monde - contrairement à la première fois où j'ai prévenu de mon départ à la maternité, ce que je regrette encore ! Bref, cette fois, l'intimité et la tranquillité seront prioritaires pour moi, parce que j'ai trop souffert la première fois. Je veux me protéger, et protéger mon bébé : une maman dépressive, c'est difficile pour tout le monde... »
Mathilde M, un enfant : « Ma relation à ma mère est difficile, avec beaucoup de culpabilité et de non-dits. Quand je l'ai appelée pour lui annoncer la naissance, j'ai eu l'impression de passer un examen : est-ce que j'avais eu la péridurale ? Combien pesait le bébé ? Combien mesurait-il ? Le tout était très froid, j'avais l'impression de ne pas donner les bonnes réponses ! Après avoir raccroché, je me suis sentie déconnectée de mon bébé, incompétente. Je n'avais rien décidé avant la naissance, mais je me suis surprise moi-même : je l'ai rappelée pour lui dire que je ne voulais pas qu'elle vienne nous voir, que je lui ferais signe quand je serais prête. Je crois que j'ai senti à ce moment-là que j'avais un choix à faire entre rester une « mauvaise fille » ou devenir une « bonne mère », qu'être la mère de mon bébé passait par affirmer, enfin, ce que je voulais. Ca a été salvateur... »


Commentaires
J'ai eu la chance (!) d'accoucher pendant la grippe A, en janvier 2010. Jusqu'à la veille de l'accouchement, les visites étaient interdites à la maternité. Comme nous avions déjà prévenu tous nos amis de l'impossibilité des visites, le jour de l'accouchement, nous nous sommes posé la question : à qui permettre de venir nous voir, papa, bébé et moi ? Finalement, nous avons "autorisé" seulement nos familles à venir nous voir, et heureusement ! C'était déjà difficile de gérer nos quelques visites avec la mise en place de l'allaitement ! Pas évident de sortir ses seins devant tout le monde, de faire bonne figure alors qu'on est fatigués... Finalement, nos amis sont venus rencontrer la petite à la maison, tranquillement, et cela a été beaucoup plus agréable je pense.
Merci Helenita pour ce témoignage. Un concours de circonstances qui apparemment était pour le mieux...
Je me retrouve dans nombres de ces témoignages... Demander à la famille de ne pas être présente pour cette première naissance a été difficile à faire admettre; l'habitude de venir à l'hôpital est bien ancrée, alors qu'elle est contraire aux besoins du nouveau-né et de la maman.
Pour ma part, j'ai eu un accouchement difficile, qui s'est cloturé en césarienne d'urgence - alors que j'avais prévu un projet de naissance (qui n'a pas été respecté), sans césarienne (j'ai cédé à la pression). Il me fallait aussi du temps pour "digérer" cet événement traumatisant, la colère, la déception.
Et voilà que le lendemain, encore dans les choux, avec une mise en place de l'allaitement, voilà ma mère et son compagnon, qui ont fait 300 km, et m'appelle à 5 min. de l'hôpital. Impossible de leur dire de repartir... Je n'ai pas pu donner le bébé à ma mère pour qu'elle le tienne dans ses bras. Elle ne m'a rien dit sur le moment, mais j'ai su que ça lui faisait mal. Mais impossible pour moi de le faire. On en a reparlé des mois plus tard, en pleurs au téléphone... Elle me pardonnait. Hum.. Difficile...
Merci Aurore de témoigner... Oui, tout ça a l'air difficile. Je trouve que tu as été courageuse de ne pas céder à la "pression ambiante" et de garder ton bébé contre toi si c'était ce dont tu avais besoin... Savais-tu que ta mère et son compagnon avaient prévu cette visite ? Comment se fait-il qu'ils n'aient pas appelé avant de partir ? Dans tous les cas, ça ne veut pas dire que ça aurait été plus simple...
J'espère que depuis tu t'es remise de ta colère, de ta déception, et de ce choc avec ta maman... Bon courage et bonne suite à votre famille.
Merci Marjorie!
Et non, en effet, ma mère m'a vraiment fait une visite surprise alors que j'avais bien précisé que je ne voulais pas de visite. Et pour cet effet de surprise, elle ne m'en a pas avertie... A mon avis aussi pour me mettre devant le fait accompli.
Oui, depuis, le temps a passé, nous avons pris le temps de gérer tout ça et de lâcher-prise, merci!
Merci pour cet article!
Pendant ma 1ère grossesse, mon conjoint et moi avions précisé que nous ne voulions pas de visites à la maternité. Les gens n'ont rien dit, sans vraiment accepter je pense. J'ai finalement accouché un lundi, ce qui m'a permis d'être tranquille toute la semaine, car pas possible à tout le monde de trouver le temps de venir !! De plus, ayant accouché à 11h25, nous n'avons commencé l'envoi de textos que vers 17h...histoire de rester dans notre bulle tous les 3 !
Pour notre deuxième, nous sommes partis à Toulouse pour l'accouchement (nous habitons en Bretagne), avec une amie sage-femme. Je pense qu'inconsciemment, nous mettions de la distance à tout ça. Les gens n'avaient pas d'autre choix que d'attendre notre retour à 4 !
C'est tellement bon de se découvrir doucement, sans "pollution" extérieure !!!
Même si ça ne plait pas à certaines personnes de votre entourage, osez dire NON aux visites si vous n'en avez pas envie ! C'est votre aventure, vos choix, vos envies ! Et c'est que du BONHEUR !!!!:-)