Marie et Bruno, dont les témoignages suivent, sont mari et femme et partagent donc la même expérience.

Marie S, un enfant : « J'ai accouché à la maison et avait annoncé avant la naissance que nous resterions quelques jours tous les trois. Notre famille n'a pas fait de commentaires, même si je ne suis pas sûre qu'ils aient compris. Nos amis, eux, nous ont complètement soutenus, certains nous ont même déposés des paniers repas devant la porte, avec des petits mots adorables. Nous avons vécu dans une bulle, nous n'avons pas bougé de la chambre dans laquelle notre fils est né, c'était un moment hors du temps, unique. Quand la rencontre avec les grands-parents s'est faite, dix jours après la naissance, l'amour était évident : quelques jours d'attente ne sont rien quand une relation va durer toute la vie... »

Bruno S, un enfant : « J'avoue que je n'ai jamais compris l'urgence avec laquelle on venait voir les bébés à peine sortis du ventre de leur mère. Passer de bras en bras, entendre des voix fortes et des odeurs auxquelles ils ne sont pas habitués, ils n'en ont pas besoin, n'est-ce pas ? Moi je pense qu'ils sont mieux avec leur maman, ses bras, ses seins, et au calme ! A mon avis, les personnes qui tiennent à venir voir un nouveau-né sur le champ le font pour se faire plaisir, pas dans l'intérêt du bébé. Tout ça était tellement clair que pour moi que j'ai eu l'impression de faire passer notre message très facilement, sans heurts. Et ce que nous avons vécu, ma femme, mon fils et moi, n'a fait que me conforter dans cette vision »

Julie L-B, trois enfants : « Nos parents ont serré les dents quand nous leur avons parlé de notre choix. En fait, nous avions fait une liste de naissance atypique : pour un troisième enfant, on n'a pas vraiment besoin de matériel, alors nous avons demandé des repas, un coup de main pour le ménage et les courses, et aussi... du calme ! Nous avons appelé pour annoncer la naissance quelques heures après ; nous avons rappelé au bout d'une semaine pour dire qu'ils pouvaient venir. Ils sont arrivés ensemble, en un temps record ! Nous avions eu tout notre temps pour rencontrer notre fille, j'étais reposée, et nous avons pu les accueillir avec plaisir. Des mois plus tard, j'en ai reparlé avec ma mère : elle m'a raconté qu'à chaque naissance (nous sommes six enfants !), sa belle-mère s'installait à son chevet pendant des jours entiers. Ma mère n'a jamais osé lui dire que ça ne lui convenait pas. Elle a beaucoup pleuré, m'a félicitée d'avoir su prendre cette décision, d'avoir choisi un compagnon qui me soutienne. Ca a été un moment très intense : rien que pour ça, ça aurait valu le coup... Pour ma part, je sais que, pour l'avoir vécu, que je pourrais soutenir ma fille quoi qu'elle choisisse, quand ce sera à son tour de devenir maman »

Cécile B, un enfant, enceinte de cinq mois : « Mon premier accouchement reste un très mauvais souvenir : une équipe soignante vraiment pas sympa, une péridurale que je ne souhaitais pas et que je n'aurais jamais acceptée s'ils ne m'avaient pas mis une telle pression, et dans le couloir, ma mère, ma grand-mère et ma sœur, qui attendaient que j'accouche pour voir le bébé avant de reprendre le train... Les jours suivants, j'ai eu jusqu'à dix personnes dans la chambre en même temps ! J'ai fait une dépression post-partum et je crois que ces conditions d'accouchement si éloignées de ce que je souhaitais n'y sont pas pour rien. Pour cette grossesse, je suis vraiment décidée à mettre toutes les chances de mon côté : je bénéficie d'un suivi global avec une sage-femme qui accompagne les AAD, je pense donc accoucher à la maison, et j'ai l'intention de n'informer de la naissance que lorsque je me sentirais prête à voir du monde - contrairement à la première fois où j'ai prévenu de mon départ à la maternité, ce que je regrette encore ! Bref, cette fois, l'intimité et la tranquillité seront prioritaires pour moi, parce que j'ai trop souffert la première fois. Je veux me protéger, et protéger mon bébé : une maman dépressive, c'est difficile pour tout le monde... »

Mathilde M, un enfant : « Ma relation à ma mère est difficile, avec beaucoup de culpabilité et de non-dits. Quand je l'ai appelée pour lui annoncer la naissance, j'ai eu l'impression de passer un examen : est-ce que j'avais eu la péridurale ? Combien pesait le bébé ? Combien mesurait-il ? Le tout était très froid, j'avais l'impression de ne pas donner les bonnes réponses ! Après avoir raccroché, je me suis sentie déconnectée de mon bébé, incompétente. Je n'avais rien décidé avant la naissance, mais je me suis surprise moi-même : je l'ai rappelée pour lui dire que je ne voulais pas qu'elle vienne nous voir, que je lui ferais signe quand je serais prête. Je crois que j'ai senti à ce moment-là que j'avais un choix à faire entre rester une « mauvaise fille » ou devenir une « bonne mère », qu'être la mère de mon bébé passait par affirmer, enfin, ce que je voulais. Ca a été salvateur... »