Reposer le couteau me paraît une première solution. Mais on n’est pas pour autant condamné à subir des remarques acerbes tous les jours… Pour des raisons multiples, les relations familiales peuvent être complexes et le fait d’avoir des choix différents (maternage, mode de vie écolo…) et peu partagés n’améliorent pas les choses dans une société qui nous invite sans cesse à rentrer dans la norme. Nous parlerons beaucoup des belle - mères parce qu’elles ont souvent mauvaise réputation (les pauvres !) mais n’importe quelle personne de votre famille ou de vos relations peut vous faire souffrir par ses commentaires intrusifs. Comment être soi-même sans entrer en conflit ? Reposer des limites sans se montrer cassant ? Vaste question à laquelle les lignes qui suivent n’entendent pas donner une réponse exhaustive…

Règle n°1 : chacun chez soi ! Il ne s’agit pas bien sûr de renier nos proches mais simplement de prendre conscience que nous (mon conjoint, mes enfants et moi) sommes une famille à part entière et que nous avons à choisir notre style de vie. Curieusement, les victimes d’entourage intrusif ont beaucoup de mal à se permettre ce libre arbitre, et ce pour de multiples raisons, quelques-fois inconscientes et souvent liées à des schémas d’enfance.  C’est pourquoi il arrive que nous donnions inconsciemment aux autres le droit d’être intrusifs. Se libérer de sa belle-mère passe donc parfois par une réflexion sur notre enfance, la façon dont nous avons vu les adultes ou les personnes qui incarnaient l’autorité… Une fois cet état des lieux fait, un peu d’action vous fera le plus grand bien. Là encore, c’est à chacun et en couple de mettre le curseur là où on le souhaite. Quel que soit notre style de vie, il reste fondamental de protéger ce qui fait l’intimité de la famille, à commencer par l’intimité du couple. Donc pas de confidences abusives (les amis sont là pour ça !) et des limites concrètes à poser (espacement des visites…).

Comment s’affirmer sans provoquer une tragédie familiale ? D’abord choisir le temps et le lieu : lorsque l’on est fatigué ou exaspéré, nos mots dépasseront toujours notre pensée. Il est donc préférable, surtout si l’on a un tempérament volcanique, de s’abstenir sur le moment pour prendre le temps de peser ses mots. Pour ne pas exploser, pourquoi ne pas utiliser un mantra ou insulter votre belle-mère dans votre tête ? Si ça vous soulage, n’importe quelle solution qui ne fera pas de victime collatérale sera la bonne ! Et quand vient le moment fatidique où il faut parler (à chacun de juger du moment opportun), une bonne vieille règle de communication non-violente s’impose : dites « je » ou « nous » si vous avez l’appui de votre conjoint. « Je me sens blessée par tes paroles » est infiniment plus facile à entendre que « tu me blesses ». Parce que vous avez le droit de ressentir ce que vous voulez mais que juger les autres génère automatiquement une réaction négative. Si vous faites face au déni de votre interlocuteur, ne vous découragez pas. Cela prouve que reconnaître ses torts est difficile (c’est son problème, pas le vôtre !) mais n’invalide pas votre propos. Ne niez pas sa bonne foi mais exprimez concrètement vos attentes. Les gens foncièrement méchants sont rares, les maladroits en revanche sont très nombreux, alors aidez-les ! Dites « je ne veux pas discuter avec toi de ceci ou cela… » Posez la limite et tenez-vous y ! Si le sujet revient, n’hésitez pas à rappeler vos propos d’une voix douce « tu sais, je t’en ai déjà parlé, je veux…».et changez de sujet tranquillement.

Ecoutez ce qu’elle dit et…ce qu’elle ne dit pas… Lorsqu’une belle-mère dit « Tiens Paul n’est pas propre à 20 mois ? Son père l’était à 16 ! », n’importe quelle belle-fille échaudée entend : « Espèce de mère incapable, ton fils n’est pas propre à 20 mois alors que le mien l’était à 16 ! ». Or ce que votre belle –mère disait était peut-être tout à fait autre chose : une question purement informative ou l’expression d’une réelle inquiétude? Une simple phrase peut donc être le fruit de bien des motivations intérieures impossibles à découvrir toutes. Donc plutôt que d’attraper une migraine à les chercher ou un ulcère à l’estomac à force de contenir sa colère, il vaut peut-être mieux se rappeler quelques règles élaborées par des chercheurs en communication (et oui, supporter votre belle- mère vous vaudra bientôt quelques diplômes universitaires !)

Les experts sont unanimes : dans une conversation, 55% de la communication est non-verbale. Ce qui veut dire concrètement que l’on n’est jamais reçu comme on émet et que l’essentiel d’un message est bien souvent abandonné pour son interprétation. Que faire donc ? S’en tenir aux faits : elle vous parle de la propreté de Paul, c’est tout. Mais si elle a des arrière-pensées négatives ? Lui accorder le bénéfice du doute vous sera bénéfique : soit votre belle-mère n’avait pas de mauvaise intention et elle sera ravie de vous voir répondre de façon décontractée, soit elle voulait entrer en guerre et  votre calme la désarmera. Suivant la personnalité de votre belle-mère, vous pouvez moduler vos réponses : informations, explications. Si vous êtes convaincue de sa mauvaise foi, ne perdez pas votre temps à essayer de la convaincre, vous avez besoin de toute votre énergie pour rester sereine. La psychologie de votre belle-mère

Rassurez-vous, il ne s’agit pas d’allonger votre belle-mère sur le canapé du salon (d’ailleurs, elle vous l’a dit, il est moche !) mais de comprendre quelques mécanismes de son fonctionnement. Vous n’êtes pas obligé de ressentir tendresse ou compassion pour l’autre mais l’accueillir tel qu’il est permet de se positionner facilement (et ça c’est bon pour l’estime de soi et donc la sérénité !). D’abord se souvenir que les gens sont plus souvent blessés que méchants, donc que leur réaction ne nous concerne pas complètement.

Puis, si vous en avez l’opportunité, réfléchissez quelques minutes à ce que vous savez d’elle objectivement (les faits) et subjectivement (ce qu’elle vous en a dit ou que les autres vous ont dit). Juste 5 minutes, empêchez –vous de juger mais concentrez-vous sur ce qu’elle a ressenti et les choses positives que vous pouvez en déduire. Prenez les exemples qui vous braquent le moins possible et si c’est vraiment impossible, imaginez deux minutes que vous êtes son avocat. Dans ce qui vous heurte, accordez-lui le bénéfice du doute car il est très rare de connaître les motivations profondes de quelqu’un. Il ne s’agit pas de naïveté mais d’un parti-pris de sérénité. Et puis comme pour nos enfants, les schémas sont dévastateurs : décrétez que votre belle-mère est égoïste, vous la verrez comme telle et elle se comportera comme telle ; décrétez qu’elle ne vous est pas sympathique mais qu’elle a peut être des raisons d’agir de la sorte et vous verrez d’autres choses en elle. Pour entrez en contact avec elle, essayez de trouver des points communs. Peut –être y-a-t-il des choses anodines dont vous pouvez parler ou des choses qui l’intéressent auxquelles vous pouvez vous intéresser ? Au minimum, vous en avez en commun l’homme que vous vous partagez.

Et mon conjoint dans tout ça ? Dans le top ten des disputes conjugales, la belle-mère tient une place importante. En effet, on a beau adorer son conjoint, il nous arrive avec quelques bagages dont certains nous paraissent carrément inopportuns ! D’un autre côté, on a beau savoir que sa mère est caractérielle, il est parfois difficile de l’entendre de la bouche de l’autre sans se sentir humilié voire jugé. Dans le meilleur des cas, si l’incompatibilité est uniquement entre la belle-mère et la « pièce rapportée », le conjoint se sent pris entre deux feux. Que faire donc ? Là aussi, choisir le temps et le lieu pour en parler, dire « je », accepter que son conjoint ne ressente pas ce que nous ressentons mais lui demander de respecter notre ressenti. Et ensemble, établir une ligne de conduite, qui évidemment demandera des concessions de part et d’autre mais à la clé, la sérénité autour d’un gigot, ça se mérite !!! Pour aller plus loin…

Vous l’aurez remarqué, quand quelque chose nous agace, nous sommes très souvent dans la réaction, une sorte de passivité qui fait que notre conduite est dictée par l’autre : il m’agresse, je me mets en colère, action-réaction ! L’autre a donc pouvoir sur nous puisqu’il nous dicte indirectement notre conduite ! Réfléchir à notre comportement et à celui des autres permet donc de prendre une distance et de décider de sa conduite par soi-même en faisant l’économie de certains sentiments négatifs tels que la colère, la rancune et les  frustrations… Par ailleurs, au-delà des débats familiaux, il est intéressant de comprendre pourquoi l’approbation ou la désapprobation des autres revêt une telle importance pour nous. Certes, l’homme est selon les philosophes « un animal social » mais lorsque le regard des autres devient pesant et que nous sommes convaincus de l’intérêt de  nos choix, pourquoi ne pas travailler sur la confiance en soi ? Si vous savez dire « je ne sais pas » à votre belle- mère sans vous sentir anéantie, c’est que vous êtes sur la bonne voie ! Sur ce, je vous laisse, il faut que j’appelle une amie, ma belle-mère débarque demain et je me sens perdue !

Isabelle Lebrun