Parmi toutes les activités et les rencontres qui seront proposées pour la Semaine Mondiale de l’Allaitement Maternel, Grandir Autrement se fait un plaisir d’attirer votre attention sur celles, originales et amusantes, que proposent Laurence et son compagnon, tous deux jeunes parents de Jeanne 2 ans et demi, et d’Emilien 1 mois et demi, enfants co-allaités.

A respectivement 28 et 30 ans, ces deux « extra-terrestres » se sont installés à Albi voilà un an avec leur fille et ont fait le tour des lieux d’accueil traditionnellement proposés aux parents et leurs enfants, sans trouver leur bonheur. « Nous n’avons pas trouvé d’association qui corresponde à cette mouvance bienveillante. L’offre était tout simplement inexistante sur Albi, » nous confie Laurence.

La machine est lancée : l’envie de proposer aux parents comme eux une alternative à ce qui existe de conventionnel et d’élargir l’offre faite aux familles dans le secteur d’Albi donnera naissance à l’association Libres Enfants du Tarn, qui a vu le jour fin juillet de cette année.

Rencontre avec ces deux aliens très humains et retour sur la SMAM 2014.

GA : D’où vient le nom de votre association ?

Laurence : Du livre « Libres enfants de Summerhill ». C’est un livre que j’aime beaucoup. En vérité, nous avons un projet d’IEF* avec notre fille Jeanne.

GA : L’association n’est pas seulement pro-allaitement. Elle revient aussi sur le portage, l’éducation non violente, l’hygiène infantile, la non-scolarisation… On peut dire que vous êtes des adeptes du « maternage proximal » ?

Laurence : En fait, pour moi, c’est un faisceau d’éléments qui se rencontrent. Quand on commence à réfléchir à l’éducation de nos enfants sous l’angle de la bienveillance, on se pose plus de questions. Est-ce réellement « non-violent » de lâcher son gamin dans une classe de 30 élèves, où il va être puni par la maîtresse, ou pas entendu dans ses demandes, où certaines choses vont le choquer… ? Cependant, il n’est pas nécessaire de cocher toutes les cases pour se sentir parents bienveillants. D’ailleurs, finit-on par devenir le stéréotype de la mère maternante ? C’est une question à soulever.

GA : Sur le blog, vous ne mâchez pas vos mots. Vous êtes très direct sur les choses qui vous interpellent, qui vous choquent. On pourrait même dire que vous êtes dans la dénonciation, par moment. Est-ce qu’on est toujours dans la bienveillance quand on juge le mode de fonctionnement des autres ?

Son compagnon : J’estime que ce n’est pas parce qu’on s’engage sur la voie d’une éducation bienveillante avec nos enfants qu’on doit perdre notre sens critique ou notre humour. C’est hypocrite de le prétendre.

Laurence : Quand je vois un petit recevoir une fessée au parc, ça m’interpelle. Avec mon compagnon, on échange un regard, on est gêné. Je n’irai pas intervenir, parce que ce n’est pas mon rôle, mais j’ai le droit de penser que c’est scandaleux. En 2006, un sondage révélait que 95% des français trouvaient la fessée « normale » ; ce chiffre me révolte. La dénonciation sert aussi à montrer l’absurde de ces situations et à faire avancer les choses.

GA : La SMAM 2014 approche à grand-pas. Vous proposez via l’association des choses très originales, comme les badges « lactivistes », que vous vendez 2 euros (http://libresenfantsdutarn.com/boutique/). Cette idée vous est venue comment ?

Laurence : Ce n’est pas la mienne ! « Lactivism » existe en anglais mais c’est vrai qu’on ne l’entend jamais en français, alors je l’ai repris en lactivisme. C’est un mélange entre activisme et lacté : les activistes de l’allaitement ! Et les badges sont une idée que j’ai piqué sur le blog de « Je suis une Seinte ». Elle proposait il y a un moment des badges très natures qui disaient : « J’allaite et je t’emmerde », simplement génial ! J’ai repris des slogans assez connus qu’on trouve sur internet et j’ai créé quatre badges à l’occasion de la SMAM.

GA : Vous proposez aussi un concours d’anecdotes autour de l’allaitement (http://libresenfantsdutarn.com/jeu-concours-allaitement-s-m-a-m-2014/). Avez-vous vous-mêmes une anecdote drôle à nous faire partager concernant vos allaitements ?

Laurence : Oui ! Je pense que le plus « bizarre », c’est toutes ces fois où je me suis retrouvée à allaiter Jeanne en voiture. Il faut faire toute une gymnastique pour rester attachées, l’une comme l’autre, tout en donnant le sein. Et quand on s’arrête alors à un feu rouge et que les gens de la voiture d’à côté nous regardent, là, il y a beaucoup de surprise. C’est sûrement une scène surréaliste, pour eux.

GA : Cette idée-là vient de Marraines de lait, c’est bien cela ?

Laurence : Exactement. Je cherchais une nouvelle idée, comme les badges, quelque chose de ludique et d’interactif, et j’ai pensé à un concours. C’est là que j’ai trouvé le site de Marraine de lait, qui propose de publier toutes les anecdotes des mamans allaitantes, drôles ou pas, un peu sur le modèle de « Vie de Merde ». Par contre, il ne s’agit pas d’un concours. Ce blog marche toute l’année.

GA : Enfin, vous lancez une rencontre entre « parents extra-terrestres » autour de l’allaitement long. Qu’attendez-vous de ce rendez-vous ?

Laurence : Eh bien, l’association est très très jeune, alors nous n’avons pas d’attente particulière. Nous espérons recevoir dans notre salon deux ou trois familles, avec les papas et les enfants – pas juste les mamans – pour une conversation informelle. On pourra peut-être nous reprocher de nous adresser à une niche ; mais le but de notre réunion n’est pas de convaincre de l’allaitement, comme peuvent essayer de sensibiliser les hôpitaux ou les PMI. On souhaite plutôt se retrouver entre gens convaincus des bienfaits de l’allaitement, parce que souvent, une parentalité différente, bienveillante, va de paire avec une marginalisation, un isolement, et ça fait un bien fou d’être ensemble. C’est cela qu’on propose avec Libres enfants du Tarn.

GA : Vous pensez que c’est important d’être présent pour la SMAM, de proposer toutes ces choses qui se démarquent avec Libres enfants du Tarn ?

Laurence : J’ai constaté que pour la SMAM, en France, il y a énormément de choses organisées, par des associations notamment, mais ce sont surtout des initiatives entre parents ou pour les parents. Il n’y a pas assez de choses pour les professionnels, pas assez de formations, de rencontres, de sensibilisation. Combien d’allaitements sont ratés à cause de mauvais conseils d’un pédiatre, d’une sage-femme, d’un généraliste, d’un gynécologue ? Les PMI et les hôpitaux organisent des choses, mais c’est le serpent qui se mord la queue, car bien évidemment, elles vont défendre leurs professionnels, ces mêmes professionnels qui auraient bien besoin d’être mieux informés… A l’avenir, j’envisage d’aller voir des médecins et des pédiatres pour leur présenter des problèmes très simples, comme un épuisement face à un bébé qui ne dort pas, ou une difficulté dans mon allaitement. Je suis curieuse de savoir si on me conseillera de complémenter, de le « faire faire ses nuits », de le laisser pleurer, ou même de le passer directement au biberon. Je pense qu’avec ces fausses consultations, on peut attirer l’attention sur le problème, exemples à l’appui !

Pour plus d'informations sur cette jeune association, rendez-vous le samedi 18 octobre à 14h30 à Albi pour une rencontre entre parents ou bien directement sur le blog http://libresenfantsdutarn.com/presentation-de-lasso/ ou sur leur page FB.

  • IEF: Instruction En Famille.