Pour la sortie de notre Hors-Série numéro 8 sur le thème « accueillir bébé », Grandir Autrement vous propose, sur ce blog, quelques rencontres pleines de vie et de bonne humeur en relation avec les divers articles que vous aurez le loisir de parcourir dans ce prochain numéro. En continuité avec les pistes de réflexion que nous vous proposons dans le magazine sur l’hygiène de bébé, nous vous invitons à découvrir Isabelle, maman de 4 enfants et créatrice de sa propre marque de couches lavables, qui nous raconte son parcours, de ses toutes premières couches cousues main à son envie de continuer à changer le monde à travers ses créations. Alors, comment tout a-t-il commencé, en fait ?

GA : Lorsque vous êtes entrée dans l’aventure de la maternité, avec votre premier enfant, les couches lavables étaient-elles une évidence ?

Isabelle : Non, pas du tout ! Mon numéro 1 a 14 ans. A l’époque, les couches lavables n’étaient pas du tout à la mode, on n’en parlait pas, on ne savait même pas que ça existait. Il y avait bien ma mère qui me disait parfois : « De mon temps, je lavais tes couches ! », mais ça n’allait pas plus loin. J’ai commencé à choisir cette solution pour mon deuxième enfant, qui a 10 ans maintenant.

GA : Vous les avez tout de suite fabriquées ?

Isabelle : Oui. En fait, mon numéro deux a eu de gros problèmes de fuites. Toutes les couches jetables qu’on lui a essayées fuyaient, c’était infernal. La seule qui fonctionnait était une grande marque très connue dont le nom commence en H… Mais nous avions un budget familial serré, et nous ne pouvions pas acheter cette fameuse marque, car elle était très chère. Clairement, je n’avais pas les moyens. Alors j’ai commencé à coudre des couches lavables sur le modèle de ces jetables qui lui allaient ! Pour trouver mon matériel, j’ai dû faire preuve d’imagination. Par exemple, le pul qu’on utilise aujourd’hui pour l’extérieur des couches lavables n’existait pas, ou en tout cas pas en France. Il se trouvait sur internet sur des sites étrangers mais je ne me sentais pas capable de commander en anglais avec ma connexion internet à ses débuts. Alors j’ai trouvé ma solution : j’achetais des alaises en magasin, le plastique fin correspondait et je les découpais pour faire l’extérieur de mes couches !

GA : De sacrées péripéties ! De ces premières couches lavables à la commercialisation, que s’est-il passé ?

Isabelle : Pour mon numéro 3, qui a 6 ans, j’en ai fait des mieux ! Plus de textiles étaient accessibles par le net, j’ai commencé à me sentir à l’aise et à créer mon réseau. De fil en aiguille, j’en ai parlé autour de moi et je me suis retrouvée à en vendre… !

GA : D’où vient le nom de votre marque, Bébé Farceur ?

Isabelle : Oh, j’ai ce nom depuis longtemps. Je faisais de la couture pour mes amis : des tours de lit, des gigoteuses… et j’avais fait faire des étiquettes au nom de Bébé Farceur, je trouvais cela mignon. Quand j’ai commencé à me lancer plus sérieusement dans les couches, j’ai gardé ce nom. Le logo a évolué, par contre. J’avais choisi une photo de ma fille en train de tirer la langue mais je la remplace petit à petit par un papillon, sur le site, sur les étiquettes et sur les cartes de visite.

GA : Dix ans après les premières, vos couches continuent de changer. C'est un cheminement permanent ? D'où cela vient-il ?

Isabelle : Souvent, c’est la demande des gens, mais aussi les rencontres, les discussions entre mamans. Par exemple, on m’appelle pour me dire que bébé a grandi, qu’il fait plus pipi, et je crée des inserts plus épais et plus absorbants. J’essaie de nouvelles formes et je m’aperçois que telle forme est plus pratique qu’une autre au lavage, que c’est mieux si on n’a pas besoin de mettre la main dedans pour glisser l’insert. Et puis, mon petit dernier, numéro 4, est arrivé à la propreté et cela me donne aussi des idées pour l’accompagner dans son évolution, comme des culottes d’apprentissage.

GA : Et le mariage des couleurs, le choix des motifs, c’est un jeu, un passe-temps ?

Isabelle : En tant que fabricante de couches lavables, j’ai un accès plus privilégié que les particuliers et je peux avoir des fournitures différentes de chez Mme Tout-le-Monde. Je travaille avec des fournisseurs que je connais. Régulièrement, pour le choix des couleurs, je travaille au feeling quand les clients me font confiance. Assortir les couleurs et utiliser de nouveaux motifs permet aussi de garder le plaisir de coudre et de sortir d’une impression de répétition.

GA : En parlant tissus et fournisseurs, a-t-on des exigences concernant la qualité des textiles quand on fait des couches ?

Isabelle : Tous les tissus sont aux normes Oekotex. En fait, les fournisseurs sont obligés d’avoir ce label quand il s’agit de couches lavables ! Donc ils l’ont d’office et quand j’achète, ils m’envoient la photocopie de la certification du tissu. C’est important d’avoir une trace. Le produit final est au contact de la peau d’un tout-petit. Il y a plusieurs histoires au sujet de couches lavables chinoises qui passent outre ces certifications, qui ont de gros problèmes de qualité, mais qui se vendent à tout petit prix. Le consommateur non averti tombe dans le piège, et c’est bien dommage.

GA : Vous proposez aussi d’autres types de produits, comme les serviettes hygiéniques lavables ou les lingettes lavables. Le réutilisable, c’est important ?

Isabelle : Oui ! Je crois qu’on peut changer les choses à notre échelle, autour de nous. J’ai une anecdote avec mes lingettes lavables, d’ailleurs. A l’époque de mon deuxième enfant, j’étais nourrice agréée et j’avais convenu avec la maman d’un petit que je gardais que j’utiliserais des lingettes lavables avec son fils. Je les fournissais mais elle les lavait chez elle. Elle a eu d’autres enfants après celui-ci et elle a continué à utiliser des lingettes lavables avec eux. C’est une petite victoire, un mini pas vers un monde où on consommerait différemment.

GA : Alors les couches lavables ont un bel avenir devant elles.

Isabelle : Je l’espère. En tout cas, je crois en mes couches lavables. Je peux changer les choses à mon niveau, en sensibilisant les personnes proches de moi et en continuant de proposer des couches lavables aux parents qui se questionnent dans ce sens. Je ne veux pas arrêter car c’est important pour moi, et on a toujours le temps pour sa passion !

Un grand merci pour ce beau témoignage plein d’ondes positives à Isabelle et à sa famille. Vous pouvez la retrouver sur le site www.bebefarceur.com ou sur FB en tapant Isa Bébé Farceur.